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	<title>Transposition</title>
	<link>http://transposition-revue.org/</link>
	<description>Transposition. Musique et sciences sociales est une revue &#233;lectronique semestrielle, fond&#233;e &#224; l'initiative de jeunes chercheurs de l'EHESS ; elle b&#233;n&#233;ficie du soutien du Centre de Recherche sur les Arts et le Langage (EHESS/CNRS). Envisageant l'importance de la musique et des pratiques musicales dans l'organisation des soci&#233;t&#233;s, elle entend questionner la mani&#232;re dont celles-ci les pensent, les instituent et les mettent en sc&#232;ne. Elle veut ainsi se faire l'&#233;cho de l'ouverture de la musicologie aux autres disciplines des sciences sociales, tout en encourageant ces derni&#232;res &#224; s'int&#233;resser &#224; l'objet musical.</description>
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		<title>Transposition</title>
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		<title>06. Musique et th&#233;orie queer</title>
		<link>http://transposition-revue.org/Musique-et-theorie-queer,84</link>
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		<dc:date>2013-03-04T11:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Comit&#233; de r&#233;daction</dc:creator>


		<dc:subject>05. Pr&#233;sentation</dc:subject>

		<description>Musique et th&#233;orie queer [As the doctors drop the baby into an incubator, the mother looks up.] Patient : Is it a boy or a girl ? Obstetrician : Now, I think it's a little early to start imposing roles on it, don't you ? Monty Python's The Meaning of Life, Part I &#8211; The Miracle Of Birth, 1983. Le mot &#171; queer &#187; intrigue. Il &#233;voque dans l'imaginaire commun des mondes interlopes, sa sonorit&#233; m&#234;me est myst&#233;rieuse. Pourtant, son emploi n'a cess&#233; de s'&#233;tendre, et le terme renvoie aujourd'hui &#224; un ensemble (...)

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/Musique-et-theorie-queer" rel="directory"&gt;3. Musique et th&#233;orie queer&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://transposition-revue.org/mot/presentation" rel="tag"&gt;05. Pr&#233;sentation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Musique et th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;blockquote class=&quot;spip_poesie&quot;&gt;
&lt;div&gt;[&lt;i&gt;As the doctors drop the baby into an incubator, the mother looks up.&lt;/i&gt;]&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&lt;strong&gt;Patient&lt;/strong&gt; : Is it a boy or a girl ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&lt;strong&gt;Obstetrician&lt;/strong&gt; : Now, I think it's a little &lt;i&gt;early&lt;/i&gt; to start imposing roles on it, don't you ?&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;&lt;i&gt;Monty Python's The Meaning of Life&lt;/i&gt;, Part I &#8211; The Miracle Of Birth, 1983.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; queer &#187; intrigue. Il &#233;voque dans l'imaginaire commun des mondes interlopes, sa sonorit&#233; m&#234;me est myst&#233;rieuse. Pourtant, son emploi n'a cess&#233; de s'&#233;tendre, et le terme renvoie aujourd'hui &#224; un ensemble de ph&#233;nom&#232;nes socio-culturels traversant les multiples strates de nos soci&#233;t&#233;s. &#201;tonn&#233;-e par son succ&#232;s et surtout par le fait qu'il en soit venu &#224; repr&#233;senter une forme de &#171; chic culturel &#187;, le-la philosophe et activiste &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; Beatriz Preciado retrace l'histoire politique du terme. &#192; l'origine, le terme &#171; queer &#187; &#233;tait une insulte :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;En anglais, depuis son apparition au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le mot &#171; queer &#187; servait &#224; nommer la personne ou la chose qui, parce qu'elle &#233;tait inutile, difforme, fourbe ou excentrique, remettait en question le bon fonctionnement du jeu social. &#201;taient &#171; queer &#187; le tricheur, le voleur, l'ivrogne, la brebis galeuse [&#8230;] mais aussi tous ceux qui, de par leur particularit&#233; ou leur &#233;tranget&#233;, ne pouvaient pas &#234;tre imm&#233;diatement reconnus comme homme ou comme femme. [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='PRECIADO, Beatriz, &quot;Queer : historia de una palabra&quot;, in Parole de Queer 1, (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'injure n'avait pas un contenu sp&#233;cifique : elle semblait r&#233;unir en son sein tout ce qui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme d&#233;testable. Pour reprendre les mots de Preciado :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; queer &#187; ne semblait pas d&#233;finir une qualit&#233; de l'objet auquel il faisait r&#233;f&#233;rence. Il indiquait, par exemple, l'incapacit&#233; d'un locuteur &#224; trouver une cat&#233;gorie dans le domaine de la repr&#233;sentation qui puisse s'ajuster &#224; la complexit&#233; de ce que le mot pr&#233;tendait d&#233;finir. Ainsi, d&#232;s le d&#233;but, &#171; queer &#187; est davantage la marque d'une faille dans la repr&#233;sentation linguistique qu'un simple adjectif. [&#8230;] Ce qui, d'une certaine fa&#231;on, &#233;quivaut &#224; dire : ce que je nomme &#171; queer &#187; suppose qu'il y a un probl&#232;me dans mon syst&#232;me de repr&#233;sentation ; c'est une perturbation, une vibration &#233;trange dans le champ de ma visibilit&#233; qui doit &#234;tre caract&#233;ris&#233;e par l'injure. [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette perturbation semblait venir surtout de tous les corps qui &#233;chappaient &#224; l'institution h&#233;t&#233;rosexuelle et &#224; ses normes ; des corps qui, par leurs formes d'interaction et de production de plaisir, faisaient bouger les lignes de d&#233;marcation entre masculin et f&#233;minin, mais aussi entre organique et inorganique, animal et humain. &#201;taient consid&#233;r&#233;s comme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; les d&#233;viants : homosexuels et lesbiennes, travestis ou sadomasochistes. Le mot servait &#224; tracer une d&#233;limitation au sein de la sph&#232;re sociale : celui qui nommait l'autre &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; se pla&#231;ait lui-m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur de la sph&#232;re publique avec ses pairs h&#233;t&#233;rosexuels, tandis qu'il rel&#233;guait le &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; aux confins de l'humain, hors de l'espace social, condamn&#233; au secret et &#224; la honte. Cependant, comme le rappelle Preciado, &#171; l'histoire politique d'une injure est aussi l'histoire changeante de ses usages, de ses usagers et de ses contextes d'&#233;nonciation &#187; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Il se trouve justement qu'en moins de deux si&#232;cles, l'injure &#171; queer &#187; a chang&#233; d'usages, d'usagers et de contextes d'utilisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au milieu des ann&#233;es 1980, les activistes de groupes f&#233;ministes radicaux comme Lesbian Avengers ou Radical Furies d&#233;cid&#232;rent de se r&#233;approprier l'injure &#171; queer &#187; pour d&#233;finir leur terrain d'action : critique sociale et politique, intervention dans le champ culturel et r&#233;sistance &#224; la normalisation. Le sujet d'&#233;nonciation se trouve alors chang&#233; : ce n'est plus l'h&#233;t&#233;rosexuel qui traite l'autre de &#171; p&#233;d&#233; &#187; ou de &#171; gouine &#187;, mais l'homosexuel, la lesbienne ou le transsexuel qui s'auto-d&#233;nomme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, op&#233;rant une rupture intentionnelle avec la norme [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Cette absence de cat&#233;gorie sp&#233;cifique d'individu associ&#233;e au terme &#171; queer &#187; (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]. Il s'agit &#233;galement d'affirmer le caract&#232;re politique (pour ne pas dire policier) de la construction de notions comme celles d'homosexualit&#233; et d'h&#233;t&#233;rosexualit&#233;, puis de remettre en question leur l&#233;gitimit&#233; &#224; d&#233;limiter le champ social. Ainsi, dans nos soci&#233;t&#233;s contemporaines, le mot &#171; queer &#187; a cess&#233; d'&#234;tre une injure et un instrument de r&#233;pression sociale pour devenir un signe et un moyen de r&#233;sistance &#224; la normalisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans le domaine universitaire, un projet critique, h&#233;ritier de la tradition f&#233;ministe et anticoloniale, donna lieu &#224; la constitution d'un corpus de textes sign&#233;s par Teresa de Lauretis, Judith Butler, Eve Kosofsky Sedgwick ou Michael Wargner, pour ne citer que quelques-un.e.s des auteur.e.s. On commen&#231;a peu &#224; peu &#224; se r&#233;f&#233;rer &#224; ces textes en invoquant l'expression de &#171; th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; &#187; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Teresa de Lauretis fut la premi&#232;re &#224; utiliser l'expression &#171; th&#233;orie queer &#187;. (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]. Fortement influenc&#233;e par les travaux de Michel Foucault (son &lt;i&gt;Histoire de la sexualit&#233;&lt;/i&gt; et des concepts, celui de &#171; biopolitique &#187; en particulier) et le d&#233;constructionnisme derridien, cette th&#233;orie se fondait en partie &#8211; sans que cela constitue une tendance homog&#232;ne &#8211; sur l'analyse et la d&#233;construction des processus historiques et culturels ayant conduit &#224; l'invention du corps h&#233;t&#233;rosexuel blanc comme norme. Cette norme &#233;tait d&#233;sormais pr&#233;sent&#233;e comme une fiction occidentale dominante qui avait men&#233; &#224; l'exclusion des diff&#233;rences hors du champ de la repr&#233;sentation politique [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir par exemple : BUTLER, Judith, Gender Trouble. Feminism and the (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]. Comme l'affirme Beatriz Preciado :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;laborations de la th&#233;orie &#171; queer &#187; r&#233;alis&#233;es durant les ann&#233;es 1990 par Judith Butler ou par Eve K. Sedgwick ont r&#233;v&#233;l&#233; que les expressions, apparemment descriptives, &#171; c'est une fille &#187; ou &#171; c'est un gar&#231;on &#187;, prononc&#233;es au moment de la naissance (ou m&#234;me au moment de la visualisation du foetus lors de l'&#233;chographie) ne sont que des invocations performatives &#8211; plus proches des expressions contractuelles prononc&#233;es lors des rituels sociaux comme le &#171; oui, je le veux &#187; du mariage, que des &#233;nonc&#233;s descriptifs tels que &#171; ce corps a deux jambes, deux bras et une queue &#187;. Ces injonctions performatives sur le genre sont des &#233;l&#233;ments de langage charg&#233;s historiquement du pouvoir d'assigner au corps une identit&#233; sexuelle &#8211; masculin ou f&#233;minin &#8211; ainsi que de sanctionner les corps qui menacent la coh&#233;rence du syst&#232;me sexe/genre jusqu'au point de les soumettre &#224; des processus chirurgicaux de &#171; cosm&#233;tique sexuelle &#187; (diminution de la taille du clitoris, augmentation du p&#233;nis, fabrication de seins en silicone, ref&#233;minisation hormonale du visage, etc.). [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='PRECIADO, Beatriz, Manifiesto contra-sexual, Barcelona, Anagrama, 2011, p. (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce travail d'analyse critique radicale aboutit &#224; l'&#233;laboration de la notion de &#171; genre &#187; consid&#233;r&#233;e comme une construction sociale, historique et culturelle qui ne serait pas d&#233;termin&#233;e par une v&#233;rit&#233; ou un substrat naturel ou ontologique. Il donna naissance &#224; une r&#233;flexion sur les modes de subjectivit&#233; et d'identit&#233;, ainsi que sur la construction sociale et politique du sexe [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour ce qui est du contexte fran&#231;ais, il faut citer les travaux pr&#233;curseurs (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le domaine de l'esth&#233;tique n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; cette grille de lecture, utilis&#233;e notamment pour analyser la performativit&#233; des genres et les processus de production corporels de la masculinit&#233; et la f&#233;minit&#233;. L'introduction de ces nouvelles approches a favoris&#233; l'&#233;mergence d'&#233;tudes in&#233;dites, &#224; travers lesquelles se joue un double apport disciplinaire : l'historiographie artistique traditionnelle s'est vue enrichie par les outils issus de la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, tandis que les &#233;tudes &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; int&#233;graient peu &#224; peu des objets nouveaux &#224; leur champ d'investigation [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir par exemple les travaux de Mar&#237;a Mercedes Liska sur le tango queer. (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La r&#233;flexion portant sur l'objet &#171; musique &#187; n'est pas rest&#233;e &#224; l'&#233;cart, donnant lieu &#224; la cr&#233;ation de groupes de recherche et &#224; la publication d'ouvrages, d'articles et de th&#232;ses abordant des th&#233;matiques jusqu'alors relativement peu trait&#233;es, voire taboues, ayant souvent trait &#224; la construction des identit&#233;s sexuelles (voir &#224; ce propos les passages relatifs &#224; la New Musicology et au &lt;i&gt;gender studies&lt;/i&gt; dans l'&lt;a href=&quot;http://transposition-revue.org/Transferts-culturels-vecus&quot; class='spip_out'&gt;entretien avec Annegret Fauser&lt;/a&gt; publi&#233; dans ce num&#233;ro) [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir par exemple : KOESTENBAUM, Wayne, The Queen's Throat. Opera, (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]. D'un point de vue m&#233;thodologique, on pourrait affirmer que cette perspective a stimul&#233; un renouvellement th&#233;orique r&#233;cemment intervenu &#224; l'&#233;chelle internationale. Les m&#233;thodes &#171; traditionnelles &#187; issues de l'analyse musicale et de la musicologie historique se sont ouvertes &#224; l'histoire, &#224; la sociologie, &#224; la litt&#233;rature, &#224; l'esth&#233;tique ou encore &#224; l'anthropologie afin de mieux saisir le processus de construction de l'objet &#171; musique &#187; et sa dimension sociale dans toute leur complexit&#233;. Ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Transposition. Musique et sciences sociales&lt;/i&gt; entend ainsi participer &#224; ce renouveau disciplinaire en publiant dans ce dossier th&#233;matique des articles et des &#233;tudes de cas s'appuyant sur les th&#233;ories &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; &#8211; encore peu mobilis&#233;es en France &#8211; pour analyser diff&#233;rents champs et aspects du monde musical : ceux de la cr&#233;ation, de l'&#233;coute, de la typologie vocale et de la repr&#233;sentation musicale des genres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le dossier s'ouvre sur la traduction fran&#231;aise de l'article de Philip Brett (1937-2002) &#171; &lt;a href=&quot;http://transposition-revue.org/Musicalite-essentialisme-et&quot; class='spip_out'&gt;Musicality, Essentialism, and the Closet&lt;/a&gt; &#187;, paru dans le volume d&#233;sormais classique intitul&#233; &lt;i&gt;Queering the Pitch&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;The New Gay and Lesbian Musicology&lt;/i&gt;, et co-&#233;dit&#233; en 1994 par Elizabeth Wood, Gary C. Thomas et Brett lui-m&#234;me. Sp&#233;cialiste de l'&#339;uvre de William Byrd et de Benjamin Britten, Brett fut l'un des pr&#233;curseurs aux &#201;tats-Unis des &#233;tudes musicologiques gays et lesbiennes. Il participa, entre autres, &#224; la cr&#233;ation en 1989 de la Gay and Lesbian Study Group au sein de l'American Musicological Society [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir BRETT, Philip (compiled by), Benjamin Britten, Peter Grimes, New York, (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]. Dans cet article, fortement influenc&#233; par les travaux de Mary McIntosh, de David Halperin et surtout d'Eve Kosofsky Sedgwick (&lt;i&gt;Epistemology of the Closet&lt;/i&gt;), Brett compare le terme d'&#171; homosexualit&#233; &#187; &#224; celui de &#171; musicalit&#233; &#187;, en ce qu'ils peuvent renvoyer l'un comme l'autre &#224; la figure du &#171; d&#233;viant &#187; dans la culture occidentale moderne. Apr&#232;s avoir expos&#233; les discours de penseurs qui, depuis Platon et Aristote jusqu'aux psychanalystes post-lacaniens fran&#231;ais, ont pris leurs distances avec la musique sous le pr&#233;texte de son ambigu&#239;t&#233; morale &#8211; la musique risquant alors d'entra&#238;ner ceux qui la pratiquent sur le chemin de la d&#233;viance &#8211;, Brett rappelle les diverses tentatives effectu&#233;es pour ma&#238;triser ce danger &#224; travers les &#226;ges. Il commente ainsi les efforts fournis par l'acad&#233;misme pour affirmer la virilit&#233; dans le domaine de la musique. Des ph&#233;nom&#232;nes aussi divers que la rh&#233;torique de la transcendance de la musique absolue, la mise en avant des comp&#233;tences purement techniques dans l'enseignement musical, la promotion d'un canon exclusivement allemand ou la &#171; mise au placard &#187; de l'homosexualit&#233; de compositeurs comme Franz Schubert ou Britten, sont consid&#233;r&#233;s par Brett comme autant de d&#233;marches visant &#224; lier la musique au pouvoir et &#224; la hi&#233;rarchie, afin de la pr&#233;server de toute forme de d&#233;viance. R&#233;dig&#233; &#224; l'&#233;poque o&#249; la New Musicology &#233;tait en train de se forger, cet essai tr&#232;s repr&#233;sentatif du courant invite &#224; une prise de conscience : Brett tente de mettre en &#233;vidence les traits qui ont fa&#231;onn&#233; de mani&#232;re plus ou moins visible les institutions musicales, non seulement &#224; travers les programmes d'&#233;tudes et les fronti&#232;res disciplinaires, mais aussi en d&#233;terminant ce que doit &#234;tre la &#171; bonne musique &#187; et m&#234;me ce qui peut &#234;tre d&#233;fini comme &#233;tant de la musique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'article de Fred Everett Maus &#171; &lt;a href=&quot;http://transposition-revue.org/Classical-Concert-Music-and-Queer&quot; class='spip_out'&gt;Classical Concert Music and Queer Listening&lt;/a&gt; &#187; prend d'ailleurs comme point de d&#233;part deux textes issus de la New Musicology &#233;tasunienne, &lt;i&gt;Feminine Endings : Music, Gender, and Sexuality&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='McCLARY, Susan, Feminine Endings : Music, Gender, and Sexuality [1991], (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;] de Susan McClary et l'article de Suzanne G. Cusick &#171; On a Lesbian Relationship with Music : A Serious Effort Not to Think Straight &#187; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='CUSICK, Suzanne G., &#171; On a Lesbian Relationship with Music : A Serious (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;], qui ont ouvert des perspectives sur les rapports entre musique et sexualit&#233;. Maus s'appuie sur la discontinuit&#233; entre exp&#233;rience et comportement dans l'&#233;coute du concert classique &#8211; ph&#233;nom&#232;nes que McClary et Cusick avaient assimil&#233;s &#224; de puissantes oppositions culturelles entre &lt;i&gt;inner&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;outer&lt;/i&gt;, public et priv&#233; &#8211; afin de d&#233;terminer quels mod&#232;les d'&#233;coute pourraient d&#233;river des &#233;tudes sur la subjectivit&#233; sexuelle et offrir des &#233;l&#233;ments d'analyse alternatifs pour aborder l'&#233;coute passive ou active.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les rapports que l'on peut &#233;tablir entre musique et sexualit&#233; sont &#233;galement au c&#339;ur de l'article d'Esperanza Miyake &#171; &lt;a href=&quot;http://transposition-revue.org/Understanding-Music-and-Sexuality&quot; class='spip_out'&gt;Understanding Music and Sexuality through Ethnography : Dialogues between Queer Studies and Music&lt;/a&gt; &#187;. &#192; partir des th&#233;ories &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; sur la musique, Miyake explore la mani&#232;re dont pourraient &#234;tre conceptualis&#233;s les rapports entre musique et sexualit&#233;. Apr&#232;s avoir observ&#233; comment les questions de d&#233;sir et de plaisir entrent en jeu dans une telle relation et interrog&#233; celle-ci &#224; l'aide de termes &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;queerness&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;queering&lt;/i&gt;, Miyake soutient que nous devons construire d'autres modes de pens&#233;e pour l'aborder, modes de pens&#233;e qui comprennent mais ne se r&#233;sument pas aux questions de genre et d'&#233;rotisme. D'un point de vue m&#233;thodologique, Miyake privil&#233;gie la recherche ethnographique et invite les chercheurs &#224; utiliser cette forme de collecte de donn&#233;es empiriques, ainsi que les outils th&#233;oriques qu'elle mobilise, pour mener des &#233;tudes inspir&#233;es par la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; dans le domaine de la musique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce que proposent les deux textes suivants, fond&#233;s sur une approche ethnographique. L'article de Maria Katharina Wiedlack &#171; &lt;a href=&quot;http://transposition-revue.org/I-don-t-give-a-shit-where-I-spit&quot; class='spip_out'&gt;&#8220;I don't give a shit where I spit my phlegm&#8221; (Tribe 8). Rejection and Anger in Queer-Feminist Punk Rock&lt;/a&gt; &#187; explore le punk &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;-f&#233;ministe &#224; travers quelques exemples de &lt;i&gt;performers&lt;/i&gt; punk rock (Tribe 8, Agatha, Stag Bitten) et leurs productions artistiques. Par l'analyse de leur musique et la mobilisation de notions comme le rejet et la col&#232;re, Wiedlack montre que ces groupes utilisent le terme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; en tant que marque anti-identitaire et anti-sociale. Cette interpr&#233;tation est influenc&#233;e par la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; anti-relationnelle &#233;labor&#233;e par des auteurs comme Lee Edelman, qui d&#233;finissent le &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; comme une force n&#233;gative dans la sexualit&#233;, contrariant la coh&#233;rence psychique du sujet et emp&#234;chant par cons&#233;quent l'&#233;tablissement de relations sociales. Pour ces activistes punk &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;-f&#233;ministes, se d&#233;finir ainsi serait un moyen de r&#233;sister &#224; la misogynie de la culture &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; ainsi qu'&#224; celle des milieux de la contre-culture.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, dans &#171; &lt;a href=&quot;http://transposition-revue.org/Boy-Bands-Drag-Kings-and-the&quot; class='spip_out'&gt;Boy Bands, Drag Kings, and the Performance of (Queer) Masculinities&lt;/a&gt; &#187;, Jennifer Moos examine les potentialit&#233;s &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; de la culture des &lt;i&gt;boy bands&lt;/i&gt;. S'appuyant sur les textes de Judith Butler, Judith &#171; Jack &#187; Halberstam, et Gayle Wald, Moos propose une analyse de ces groupes, en prenant comme exemples les Backstreet Boys ou Take That, et conteste leur appartenance &#224; l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233;. Selon l'auteur, la culture des &lt;i&gt;boy bands&lt;/i&gt; offre un espace au d&#233;ploiement de masculinit&#233;s (&lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;) alternatives. Pour le d&#233;montrer, Moos int&#232;gre &#224; son &#233;tude les r&#233;interpr&#233;tations subculturelles de la masculinit&#233; des &lt;i&gt;boy bands&lt;/i&gt; pratiqu&#233;es par les troupes de &lt;i&gt;drag kings&lt;/i&gt; qui utilisent des strat&#233;gies d'exag&#233;ration et de parodie pour d&#233;construire de fa&#231;on ludique les notions d'identit&#233; de genre binaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'article de Rapha&#235;lle Legrand &#171; &lt;a href=&quot;http://transposition-revue.org/Orphee-baro-queer&quot; class='spip_out'&gt;Orph&#233;e baro/queer&lt;/a&gt; &#187; s'attache &#224; d&#233;construire le mythe d'Orph&#233;e &#224; travers l'histoire de ses multiples r&#233;actualisations lyriques, de Jacopo Peri &#224; Christoph Willibald Gluck. Apr&#232;s avoir montr&#233; comment les aspects les plus violents du mythe sont partiellement masqu&#233;s afin de les faire entrer dans le cadre d'un spectacle lyrique, Legrand &#233;tudie l'&#233;rotisme propre au personnage d'Orph&#233;e (inventeur de l'homosexualit&#233; d'apr&#232;s Ovide) et la misogynie croissante t&#233;moign&#233;e &#224; l'&#233;gard du personnage d'Eurydice. La seconde partie propose une interpr&#233;tation de l'&lt;i&gt;Orph&#233;e&lt;/i&gt; de Gluck, de la pluralit&#233; des tessitures utilis&#233;es (soprano, alto, t&#233;nor, baryton), variables selon les &#233;poques, et de l'id&#233;al du &#171; chanteur par excellence &#187;. Elle s'int&#233;resse &#233;galement &#224; la tradition du travesti initi&#233;e par Pauline Viardot, qui repr&#233;sente un r&#233;investissement du personnage d'Orph&#233;e, et enfin &#224; la rivalit&#233; mezzo/contre-t&#233;nor qui caract&#233;rise l'&#233;poque contemporaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La question de la vocalit&#233; et du genre est au centre de l'article pionnier d'Alexandros N. Constansis &#171; &lt;a href=&quot;http://transposition-revue.org/The-Female-to-Male-FTM-Singing&quot; class='spip_out'&gt;The Female-to-Male (FTM) Singing Voice and its Interaction with Queer Theory : Roles and Interdependency&lt;/a&gt; &#187;. S'appuyant sur l'endocrinologie, sur des sources m&#233;dicales et sur deux &#233;tudes de cas, Constansis &#233;tudie en d&#233;tail les possibilit&#233;s vocales de &#171; celles &#187; qui, dans un processus de r&#233;assignation sexuelle, deviendront des hommes. Comme l'affirme l'auteur, conna&#238;tre davantage les possibilit&#233;s sonores de la &#171; trans-vocalit&#233; &#187; aiderait sans doute &#224; s'affranchir du mod&#232;le binaire. La trans-vocalit&#233; pourrait alors devenir une forme de vocalit&#233; parmi d'autres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mythe d'Orph&#233;e est &#224; nouveau abord&#233; dans l'&#233;tude de cas d'Oliver C. E. Smith &#171; &lt;a href=&quot;http://transposition-revue.org/The-Cult-of-the-Diva-Rufus&quot; class='spip_out'&gt;&quot;The Cult of the Diva&quot; &#8211; Rufus Wainwright as Opera Queen&lt;/a&gt; &#187;. L'article analyse la mani&#232;re selon laquelle le chanteur explore l'(homo)sexualit&#233; dans ses productions musicales en s'appropriant la figure d'Orph&#233;e. Pour Smith, c'est un moyen utilis&#233; par Wainwright pour r&#233;interpr&#233;ter l'histoire culturelle, et r&#233;viser le st&#233;r&#233;otype p&#233;joratif qu'est l'&lt;i&gt;opera queen&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La publication d'un tel dossier rev&#234;t pour le comit&#233; de r&#233;daction de &lt;i&gt;Transposition. Musique et sciences sociales&lt;/i&gt; une importance scientifique particuli&#232;re : il semble en effet que les &#233;tudes sur le genre dans le domaine de la musique, en France, se soient pour le moment presque exclusivement int&#233;ress&#233;es &#224; la question de la place des femmes dans l'histoire de la musique, pour d&#233;noncer leur oubli syst&#233;matique et mettre en lumi&#232;re les pr&#233;suppos&#233;s &#171; virils &#187; et souvent misogynes de la construction de cette histoire. Il ne s'agit nullement pour nous de contester l'int&#233;r&#234;t &#233;pist&#233;mologique et social d'une telle approche de la question du genre, &#224; qui l'on souhaite de s'&#233;tablir durablement dans le paysage de la recherche fran&#231;aise et internationale. Cependant, cette entr&#233;e dans la question est une entr&#233;e possible parmi d'autres, puisque le genre se d&#233;cline de fa&#231;ons multiples et non pas uniquement sous la forme de l'opposition masculin / f&#233;minin. Les th&#233;ories du genre ont montr&#233; au cours des derni&#232;res d&#233;cennies que les cat&#233;gories d'&#171; homme &#187; et de &#171; femme &#187; ne sont pas les seules cat&#233;gories valables de l'analyse, et que cette construction binaire et exclusive de toute autre forme d'identit&#233; sexuelle a elle-m&#234;me une histoire que l'on peut retracer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les luttes sociales et politiques des groupes &#171; minoritaires &#187; ont abouti dans le courant du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; un &#233;largissement consid&#233;rable de la notion de genre, permettant en retour de questionner les diverses constructions de genre de mani&#232;re plus ouverte. Le terme &#171; queer &#187; renvoie sans doute plus que celui de &#171; genre &#187; &#224; cette ouverture radicale, ce qui, &#224; notre avis, transpara&#238;t dans les diverses th&#233;matiques abord&#233;es dans les articles que nous pr&#233;sentons ici (qui s'int&#233;ressent, sur un mode pragmatique, aux identit&#233;s homosexuelles, transsexuelles, ainsi qu'aux formes alternatives de masculinit&#233; et de f&#233;minit&#233;). Notons &#233;galement, par ailleurs, que ces articles portent pratiquement tous sur des sujets plus ou moins contemporains, ce qui semblerait signifier que le champ possible d'application de la cat&#233;gorie de &#171; queer &#187; correspond davantage &#224; l'&#233;poque contemporaine. Cette id&#233;e doit n&#233;anmoins &#234;tre nuanc&#233;e &#224; la lecture de l'article de Rapha&#235;lle Legrand, pour prendre un exemple, qui s'int&#233;resse aux repr&#233;sentations op&#233;ratiques du mythe d'Orph&#233;e &#224; travers les si&#232;cles, et qui d&#233;montre de mani&#232;re exemplaire que la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; peut finalement s'appliquer &#224; toutes les &#233;poques. Il s'agit donc d&#233;sormais de continuer &#224; d&#233;fricher le terrain ouvert par la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par le choix de la th&#233;matique de ce num&#233;ro, nous avons ainsi souhait&#233; contribuer &#224; la diffusion d'un courant de pens&#233;e, celui des &lt;i&gt;queer studies&lt;/i&gt;, qui ne s'est pour le moment pas vraiment &#233;tabli ni d&#233;velopp&#233; dans le cadre des &#233;tudes fran&#231;aises sur la musique (notons par exemple que sur les douze propositions d'articles re&#231;ues pour ce num&#233;ro, seules deux &#233;taient en langue fran&#231;aise). Alors qu'il semble aujourd'hui essentiel d'engager une r&#233;flexion pour penser les politiques et po&#233;tiques du genre &#8211; notamment au sein de la musicologie fran&#231;aise &#8211;, le recours &#224; la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, d&#233;j&#224; bien ancr&#233;e dans les pays anglo-saxons, semble indispensable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous voudrions conclure cet &#233;ditorial en remerciant chaleureusement les lecteurs et lectrices externes qui ont particip&#233; &#224; ce dossier : Marie-H&#233;l&#232;ne Bourcier, Susan Campos Fonseca, Lisa Colton, Freya Jarman, Kyrre Tromm Lindvig, Beatriz Preciado et Jodie Taylor.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;PRECIADO, Beatriz, &quot;Queer : historia de una palabra&quot;, in &lt;i&gt;Parole de Queer 1&lt;/i&gt;, en ligne : &lt;a href=&quot;http://paroledequeer.blogspot.com.es/2012/04/queer-historia-de-una-palabra-por.html&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://paroledequeer.blogspot.com.es/2012/04/queer-historia-de-una-palabra-por.html&lt;/a&gt;. Nous sommes responsables des traductions fran&#231;aises. Le d&#233;but de notre &#233;ditorial est largement inspir&#233; du texte de Preciado. Docteur en philosophie et disciple de Jacques Derrida et d'Agn&#232;s Heller, Preciado explore, &#224; partir d'une d&#233;finition biopolitique du corps, la production du genre, du sexe et de la sexualit&#233;, ces entit&#233;s &#233;tant envisag&#233;es comme des techniques sp&#233;cifiques de gouvernement des corps. Voir : PRECIADO, Beatriz, &lt;i&gt;Manifeste contra-sexuel&lt;/i&gt;, Paris, Balland, 2000 ; id., &lt;i&gt;Testo Junkie. Sexe, drogues et biopolitique&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 2008 ; id., &lt;i&gt;Pornotopie. Playboy et l'invention de la sexualit&#233; multim&#233;dia&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Cette absence de cat&#233;gorie sp&#233;cifique d'individu associ&#233;e au terme &#171; queer &#187; constituera l'un de ses signes distinctifs. Dans son livre &lt;i&gt;Saint Foucault. Towards a Gay Hagiography&lt;/i&gt;, David Halperin affirme ainsi : &#171; Queer is by definition whatever is at odds with the normal, the legitimate, the dominant. There is nothing in particular to which it necessarily refers. It is an identity without an essence. &#8220;Queer&#8221; then, demarcates not a positivity but a positionality &lt;i&gt;vis-&#224;-vis&lt;/i&gt; the normative [&#8230;] [Queer] describes a horizon of possibility whose precise extent and heterogeneous scope cannot in principle be delimited in advance. &#187; HALPERIN, David, &lt;i&gt;Saint Foucault : Towards a Gay Hagiography&lt;/i&gt;, New York, Oxford University Press, 1995, p. 62.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Teresa de Lauretis fut la premi&#232;re &#224; utiliser l'expression &#171; th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; &#187;. DE LAURETIS, Teresa, &#171; Queer Theory, Lesbian and Gay Studies : An Introduction &#187;, in &lt;i&gt;differences : A Journal of Feminist Cultural Studies&lt;/i&gt;, Vol. 3, N&#186; 2 (special issue), summer, 1991, p. iii-xviii. Pour une introduction &#224; la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; voir : TURNER, William B., &lt;i&gt;A Genealogy of Queer Theory&lt;/i&gt;, Philadelphia, Temple University Press, 2000 ou SULLIVAN, Nikki, &lt;i&gt;A Critical Introduction to Queer Theory&lt;/i&gt;, New York, New York University Press, 2003.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple : BUTLER, Judith, &lt;i&gt;Gender Trouble. Feminism and the Subversion of Identity&lt;/i&gt; [1990], New York, London, Routledge, 1999 ; SEDGWICK, Eve Kosofsky &lt;i&gt;Epistemology of the Closet&lt;/i&gt; [1990], Berkeley, University of California Press, 2008 ; WARNER, Michael, &lt;i&gt;Fear of a Queer Planet. Queer Politics and Social Theory&lt;/i&gt;, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1994.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;PRECIADO, Beatriz, &lt;i&gt;Manifiesto contra-sexual&lt;/i&gt;, Barcelona, Anagrama, 2011, p. 20. Nous sommes responsables de la traduction fran&#231;aise.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Pour ce qui est du contexte fran&#231;ais, il faut citer les travaux pr&#233;curseurs engag&#233;s par Didier Eribon, en particulier le colloque qu'il organisa en 1997 sur les &#233;tudes gay, lesbiennes et la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; au centre Pompidou, auquel particip&#232;rent Monique Witting et Eve Kosofsky Sedgwick (cf. &lt;i&gt;Les &#201;tudes gay et lesbiennes&lt;/i&gt;, Paris, Centre Pompidou, 1998) et le s&#233;minaire qu'il consacra &#224; ce m&#234;me sujet &#224; l'Ehess entre 1998 et 2004, o&#249; furent invit&#233;s des chercheurs tant am&#233;ricains que fran&#231;ais. Voir aussi les travaux de Marie-H&#233;l&#232;ne Bourcier : &lt;i&gt;Queer Zones&lt;/i&gt; [2001], Paris, Editions Amsterdam, 2006 et &lt;i&gt;Sexpolitiques : Queer Zones 2&lt;/i&gt;, Paris, La Fabrique, 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple les travaux de Mar&#237;a Mercedes Liska sur le tango &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;. LISKA, Mar&#237;a Mercedes, &#171; El tango como disciplinador de cuerpos ileg&#237;timos-legitimados &#187;, in &lt;i&gt;Trans. Revista Transcultural de M&#250;sica&lt;/i&gt;, N&#186; 13, 2009, en ligne : &lt;a href=&quot;http://www.sibetrans.com/trans/a53/el-tango-como-disciplinador-de-cuerpos-ilegitimos-legitimados&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://www.sibetrans.com/trans/a53/el-tango-como-disciplinador-de-cuerpos-ilegitimos-legitimados&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple : KOESTENBAUM, Wayne, &lt;i&gt;The Queen's Throat. Opera, Homosexuality, and the Mystery of Desire&lt;/i&gt;, New York, Poseidon Press, 1993 ; BRETT, Philipp, WOOD, Elizabeth, THOMAS, Gary C. (eds.), &lt;i&gt;Queering the Pitch&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;The New Gay and Lesbian Musicology&lt;/i&gt; [1994], New York, London, Routledge, 2006 ; SOLIE, Ruth A. (ed.), &lt;i&gt;Musicology and Difference : Gender and Sexuality in Music Scholarship&lt;/i&gt;, Berkeley, Los Angeles, London, University of California Press, 1995 ; FULLER, Sophie et WHITESELL, Lloyd (eds.), &lt;i&gt;Queer Episodes in Music and Modern Identity&lt;/i&gt;, Urbana, University of Illinois Press, 2002 ; HUBBS, Nadine, &lt;i&gt;The Queer Composition of American's Sound&lt;/i&gt;, Berkeley, Los Angeles, London, University of California Press, 2004 ; PERAINO, Judith A., &lt;i&gt;Listening to the Sirens. Musical Technologies of Queer Identity from Homer to Hedwig&lt;/i&gt;, Berkeley, Los Angeles, London, University of California Press, 2006 ; WHITELEY, Sheila et RYCENGA, Jennifer (eds.), &lt;i&gt;Queering the Popular Pitch&lt;/i&gt;, New York, London, Routledge, 2006 TONGSON, Karen, &lt;i&gt;Relocations : Queer Suburban Imaginaries&lt;/i&gt;, New York, New York University Press, 2011 ; JARMAN-IVENS, Freya, &lt;i&gt;Queer Voices : Technologies, Vocalities, and the Musical Flaw&lt;/i&gt;, New York, Palgrave Macmillan, 2011 ; TAYLOR, Jodie, &lt;i&gt;Playing it Queer : Popular Music, Identity and Queer World-making&lt;/i&gt;, Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, Peter Lang, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Voir BRETT, Philip (compiled by), &lt;i&gt;Benjamin Britten, Peter Grimes&lt;/i&gt;, New York, Cambridge University Press, 1983 et id., &lt;i&gt;Music and Sexuality in Britten. Selected Essays&lt;/i&gt;, Berkeley, Los Angeles, London, University of California Press, 2006. Apr&#232;s son d&#233;c&#232;s en 2002 a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;e la remise d'un prix annuel, le &#171; Philip Brett Award &#187; de l'American Musicological Society, qui prime les &#233;tudes musicologiques r&#233;alis&#233;es dans le domaine des &#233;tudes gays, lesbiennes, bisexuelles et transgenres/transsexuelles.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;McCLARY, Susan, &lt;i&gt;Feminine Endings : Music, Gender, and Sexuality&lt;/i&gt; [1991], Minneapolis, University of Minnesota Press, 2002. Pour un bilan de l'auteure concernant les vingt ans qui se sont &#233;coul&#233;s apr&#232;s la premi&#232;re publication du volume, voir McCLARY, Susan, &#171; Feminine Endings at Twenty &#187;, in &lt;i&gt;Trans. Revista Transcultural de M&#250;sica&lt;/i&gt;, N&#186; 15, Dossier : M&#250;sica y estudios sobre las mujeres / Music and Women's Studies, editores invitados / guest editors : CAMPOS FONSECA, Susan et LORENZO ARRIBAS, Josemi, 2011, en ligne : &lt;a href=&quot;http://www.sibetrans.com/trans/a348/feminine-endings-at-twenty&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://www.sibetrans.com/trans/a348...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;CUSICK, Suzanne G., &#171; On a Lesbian Relationship with Music : A Serious Effort Not to Think Straight &#187;, in BRETT, Philip, WOOD, Elizabeth et THOMAS, Gary C. (eds.), &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 67-83.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>29. Musicalit&#233;, essentialisme et placard</title>
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		<dc:date>2013-03-04T10:58:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>27. Traductions</dc:subject>
		<dc:subject>sexualit&#233;</dc:subject>
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		<description>Traduction de l'anglais par Sara Iglesias. Initialement publi&#233; sous le titre &quot;Musicality, Essentialism, and the Closet&quot;, in BRETT, Philipp, WOOD, Elizabeth, THOMAS, Gary C. (eds.), Queering the Pitch. The New Gay and Lesbian Musicology [1994], New York, London, Routledge, 2006, p. 9-26. En 1968, un an avant Stonewall et l'&#233;mergence d'une r&#233;sistance gaie, la sociologue Mary McIntosh publiait un article remarquable, &#171; The Homosexual Role &#187;, dans lequel elle adoptait un point de vue qui serait (...)

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/Musique-et-theorie-queer" rel="directory"&gt;3. Musique et th&#233;orie queer&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/homosexualite" rel="tag"&gt;homosexualit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction de l'anglais par Sara Iglesias.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Initialement publi&#233; sous le titre &quot;Musicality, Essentialism, and the Closet&quot;, in BRETT, Philipp, WOOD, Elizabeth, THOMAS, Gary C. (eds.), &lt;i&gt;Queering the Pitch. The New Gay and Lesbian Musicology&lt;/i&gt; [1994], New York, London, Routledge, 2006, p. 9-26.&lt;/strong&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='La premi&#232;re version de ce texte fut pr&#233;sent&#233;e au cours du deuxi&#232;me Sager (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En 1968, un an avant Stonewall et l'&#233;mergence d'une r&#233;sistance gaie, la sociologue Mary McIntosh publiait un article remarquable, &#171; The Homosexual Role &#187;, dans lequel elle adoptait un point de vue qui serait aujourd'hui qualifi&#233; d'anti-essentialiste [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Stonewall &#187; se r&#233;f&#232;re aux &#233;meutes &#224; New York City en juin 1969, lorsque les (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]. Faisant &#233;tat des difficult&#233;s que la science avait rencontr&#233;es &#224; imposer une conception pathologique de l'homosexualit&#233;, elle soutenait que&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;cette conception et le comportement qu'elle cautionne op&#232;rent une certaine forme de contr&#244;le social dans une soci&#233;t&#233; qui condamne l'homosexualit&#233;. En outre, son acceptation sans r&#233;serves critiques par les sciences sociales peut s'expliquer par le fait que ces derni&#232;res &#233;tudient l'homosexualit&#233; en tant que probl&#232;me social. Les scientifiques avaient tendance &#224; adopter le point de vue ordinaire dans l'identification m&#234;me du probl&#232;me, et ils furent impliqu&#233;s dans le processus de contr&#244;le social. [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='McINTOSH, Mary, &#171; The Homosexual Role &#187;, in Social Problems, Vol. 16, N&#176; 2, (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;gay studies&lt;/i&gt; ont poursuivi le d&#233;veloppement d'une approche anti-essentialiste &#224; partir d'une pouss&#233;e similaire venant de la critique f&#233;ministe du genre. Elle re&#231;ut le soutien puissant de Michel Foucault, dont la position a r&#233;cemment &#233;t&#233; r&#233;sum&#233;e par David Halperin :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Foucault a fait pour la &#171; sexualit&#233; &#187; ce que la critique f&#233;ministe avait fait pour le &#171; genre &#187; : il a d&#233;tach&#233; la &#171; sexualit&#233; &#187; des sciences physiques et biologiques (tout comme les f&#233;ministes avaient d&#233;tach&#233; le &#171; genre &#187; des faits de l'anatomie sexuelle, du dimorphisme sexuel), pour la penser plut&#244;t comme &#171; l'ensemble des effets produits dans les corps, les comportements, les rapports sociaux, par un certain dispositif relevant d'une technologie politique complexe &#187;. En dissociant la &#171; sexualit&#233; &#187; de la &#171; nature &#187;, il l'interpr&#233;ta comme un produit culturel. [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='HALPERIN, David M., One Hundred Years of Homosexuality and Other Essays on (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette approche pr&#233;sente &#233;videmment un probl&#232;me majeur. &#192; une &#233;poque o&#249; le discours public sur l'homosexualit&#233; est de plus en plus domin&#233; par une rh&#233;torique de droite, par le philistinisme institutionnalis&#233; et la panique face au SIDA, une conception de l'identit&#233; gaie &#8211; et qui plus est, des aspirations gaies &#8211; comme simple produit culturel semble faire le jeu de l'oppression : cette id&#233;e de produit n'implique-t-elle pas aussi la possibilit&#233; d'&#234;tre &#171; d&#233;-produit &#187;, effac&#233;, r&#233;duit au silence ? Les diff&#233;rentes recherches entreprises pour &#233;tablir une terminologie nouvelle n'&#233;tonnent donc gu&#232;re. Eve Kosofsky Sedgwick souligne la radicalit&#233; avec laquelle notre si&#232;cle r&#233;duit les cat&#233;gories sexuelles aux deux esp&#232;ces homosexuelle et h&#233;t&#233;rosexuelle (et surtout l'incoh&#233;rence des deux termes qui r&#233;sulte de cette cat&#233;gorisation). Elle propose les termes &#171; minorisant &#187; (&#171; &lt;i&gt;minoritizing&lt;/i&gt; &#187;) et &#171; universalisant &#187; (&#171; &lt;i&gt;universalizing&lt;/i&gt; &#187;) comme alternative au couple essentialiste/constructiviste, parce qu'ils r&#233;pondent &#224; la question : &#171; dans quelles vies la d&#233;finition de l'homo/h&#233;t&#233;rosexualit&#233; est-elle une question dont la centralit&#233; et la complexit&#233; sont continues et persistantes ? &#187; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='SEDGWICK, Eve Kosofsky, Epistemology of the Closet, Berkeley, University of (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;] Diana Fuss a r&#233;cemment tent&#233; de r&#233;habiliter l'essentialisme en affirmant que &#171; questionner l'essence, o&#249; qu'on la trouve, n'implique pas n&#233;cessairement son rejet &#187; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='FUSS, Diana, Essentially Speaking, New York, Routledge, 1989, p. (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]. Mais l'essentialisme entra&#238;ne de nouveaux dangers particuliers pour les gais dans un monde o&#249; le fantasme de l'ing&#233;nierie g&#233;n&#233;tique menace de devenir r&#233;alit&#233; : comme le souligne Sedgwick, aucun g&#233;n&#233;ticien ne parle de mani&#232;re positive des conditions biologiques favorisant l'engendrement de personnes gaies... [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='SEDGWICK, Eve Kosofsky, op. cit., p. 43.' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;] Et l'anti-essentialisme aura au moins activement contribu&#233; &#224; l'&#233;largissement des horizons de compr&#233;hension vis-&#224;-vis du mouvement gai. Car la substance m&#234;me de l'acceptation d'une identit&#233; gaie, dans la culture occidentale contemporaine, repose en partie sur le fait de cultiver un certain sens de la diff&#233;rence, de se soustraire &#224; la tendance qu'a le monde &lt;i&gt;straight&lt;/i&gt; de se projeter sur tout ce qu'il rencontre et de tout assimiler &#224; sa propre id&#233;e de lui-m&#234;me ; sur le fait de plut&#244;t choisir d'appr&#233;cier, d'explorer et d'essayer de comprendre des choses, des personnes et des id&#233;es diff&#233;rentes, et ce d'une fa&#231;on qui corresponde mieux &#224; la perception qu'elles ont d'elles-m&#234;mes. En d'autres termes, le jeu en vaut la chandelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans cet article, j'entends comparer le terme &#171; homosexualit&#233; &#187;, cette &#233;tiquette abstraite et minorisante du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle appliqu&#233;e &#224; tout un ensemble de pratiques, &#224; un autre mot qui se termine par le m&#234;me suffixe abstrayant en trois syllabes &#8211; un mot qui appara&#238;t pour la premi&#232;re fois dans l'&lt;i&gt;Oxford English Dictionary&lt;/i&gt; en 1853, soit une vingtaine d'ann&#233;es avant celui d'&#171; homosexualit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Le Tr&#233;sor de la langue fran&#231;aise (Paris, &#201;ditions du CNRS, 1971&#8211;) mentionne un (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]. Ce qui arrive lorsque l'on s&#233;pare &#171; musicalit&#233; &#187; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Les termes &#171; musicalit&#233; &#187; et &#171; musical &#187; sont utilis&#233;s ici dans leur acception (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;] de &#171; musique &#187;, est comparable &#224; ce qui arrive quand on s&#233;pare &#171; homosexualit&#233; &#187; (ou &#171; sexualit&#233; &#187;) de &#171; sexe &#187; : un attribut, un r&#244;le social, est extrait d'un terme aux significations socialement n&#233;goci&#233;es qui diff&#232;rent selon le contexte. L'&#233;tiquetage de ce r&#244;le peut avoir des cons&#233;quences frappantes. Pour citer encore McIntosh :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;La pratique de l'&#233;tiquetage social de personnes comme d&#233;viantes fait office de m&#233;canisme de contr&#244;le social de deux fa&#231;ons. Premi&#232;rement, elle aide &#224; &#233;tablir un seuil net, public et reconnaissable, entre le comportement admissible et le comportement inadmissible. Cela signifie qu'il est plus difficile de glisser vers un comportement d&#233;viant. Un premier pas dans une direction d&#233;viante &#233;voque imm&#233;diatement la possibilit&#233; d'un glissement total vers un r&#244;le d&#233;viant, entra&#238;nant toutes les sanctions que cela est susceptible de provoquer. Deuxi&#232;mement, l'&#233;tiquetage sert &#224; isoler les personnes au comportement d&#233;viant des autres, ce qui signifie que leurs pratiques d&#233;viantes et leur auto-justification face &#224; ces pratiques restent confin&#233;es &#224; un groupe relativement restreint. La cr&#233;ation du r&#244;le distinctif, m&#233;pris&#233; et sanctionn&#233; de l'homosexuel permet de maintenir la puret&#233; de la masse de la soci&#233;t&#233;, de la m&#234;me mani&#232;re que le traitement similaire de certaines cat&#233;gories de criminels aide &#224; maintenir le respect de la loi au sein du reste de la soci&#233;t&#233;. [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='McINTOSH, Mary, art. cit., p. 32.' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un remplacement de l'homosexualit&#233; par la musicalit&#233; para&#238;t peut-&#234;tre trop provocateur dans ce contexte, puisque l'identification et la d&#233;marcation du sens musical reposent plus sur des comp&#233;tences que sur le comportement. Bien qu'elle soit hautement &#171; distinctive &#187; et parfois &#171; m&#233;pris&#233;e &#187;, la caract&#233;ristique d'&#234;tre musicien ne renvoie pas &#224; un r&#244;le ouvertement &#171; puni &#187; mais plut&#244;t &#224; un r&#244;le privil&#233;gi&#233;. Je soutiendrai n&#233;anmoins qu'il s'agit d'un r&#244;le d&#233;viant &#8211; pour tous ceux et celles qui s'identifient &#224; cette &#233;tiquette, et pas seulement pour les personnes appartenant &#224; l'une des nombreuses branches de ce champ professionnel qui pratiquent une sexualit&#233; d&#233;viante.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'approche de la musicalit&#233; dans une perspective d'&#233;tiquetage nous permettra en outre, dans un premier temps, d'expliquer l'existence de quelques-uns de ces questionnements qui persistent autour de la musique et des identit&#233;s gaies. L'une et l'autre sont souvent associ&#233;es, et pas seulement dans l'imaginaire populaire : ce n'est certainement pas une co&#239;ncidence si parmi les nombreux codes anglophones d&#233;signant un homme homosexuel avant Stonewall (et m&#234;me depuis), &lt;i&gt;musical&lt;/i&gt; (&#171; Pensez-vous qu'il est &#8220;musical&#8221;... ? &#187;) figurait au m&#234;me rang que &lt;i&gt;friend of Dorothy&lt;/i&gt; (&#171; ami de Dorothy &#187;) et d'autres euph&#233;mismes d'initi&#233;s [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='Je remercie vivement Robert Dawidoff et Bryon Adams de m'avoir indiqu&#233; (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]. Ces codes n'affichaient pas l'hostilit&#233; ouvertement oppressive de termes tels que &lt;i&gt;faggot&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;fairy&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;nancy-boy&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;pansy&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;poof&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;sissy&lt;/i&gt; (nos &#171; p&#233;d&#233; &#187;, &#171; tapette &#187;, &#171; tantouze &#187; et autres &#171; p&#233;dale &#187;) [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Queer (litt&#233;ralement &#171; bizarre, suspect &#187;) a bien &#233;videmment &#233;t&#233; r&#233;habilit&#233; (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]. En r&#233;alit&#233;, au-del&#224; de la co&#239;ncidence de ces euph&#233;mismes, le rapport entre sens musical et identit&#233; gaie est assez malais&#233;. Toute lesbienne ou tout homme gai dot&#233;-e d'une conscience politique et cherchant &#224; s'&#233;tablir dans la profession musicale en conviendra g&#233;n&#233;ralement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Bien qu'elle ne soit pas mise au ban comme l'homosexualit&#233;, la musique a souvent &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e comme une chose dangereuse, un agent de l'ambigu&#239;t&#233; morale, risquant constamment d'entra&#238;ner ses praticiens dans une position de d&#233;viance. Telle &#233;tait la vision de Platon et d'Aristote. C'est leur h&#233;ritage qui instaura un doute moral et contamina la plupart des &#233;crits occidentaux sur la musique, de la peur de Saint Augustin d'&#234;tre plus &#233;mu par la voix que par les mots, aux attaques des calvinistes et aux ripostes des divers apologistes de la Renaissance. En filigrane, derri&#232;re les objections formul&#233;es &#224; l'encontre de la musique et le d&#233;bat &#233;thique qui l'entoure, appara&#238;t une longue tradition d'appr&#233;hension de la musique comme autre, irrationnelle, inexplicable.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aux &#233;poques m&#233;di&#233;vale et moderne, on d&#233;crivait commun&#233;ment l'effet de la beaut&#233; en musique comme &#171; ravissement &#187; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='Le terme utilis&#233; dans les textes anglais, ravishing, d&#233;signe &#224; la fois (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;] de l'esprit ou de l'&#226;me, m&#233;taphore qui aurait depuis longtemps m&#233;rit&#233; une &#233;tude. Dans son approche plus subjective, la psychologie de l'&#233;poque contemporaine tend &#224; consid&#233;rer que la musique, en court-circuitant les d&#233;fenses, rend le sujet plus r&#233;ceptif &#224; la fantaisie. Certains psychanalystes post-lacaniens fran&#231;ais sont all&#233;s plus loin en d&#233;veloppant l'id&#233;e que la voix de la m&#232;re serait une sorte d' &#171; enveloppe sonore &#187; dans laquelle baigne le nouveau n&#233; &#8211; un tapis de son, pens&#233; aussi comme &#171; le premier mod&#232;le d'un plaisir auditif &#187; ou comme un &#171; filet ombilical &#187;. Guy Rosolato sugg&#232;re &#171; que la musique trouve ses racines et sa nostalgie dans [cette] atmosph&#232;re originelle &#8211; &#224; nommer comme matrice sonore, maison bruissante &#8211; ou musique des sph&#232;res &#187; [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='ROSOLATO, Guy, &#171; La voix : entre corps et langage &#187;, in Revue fran&#231;aise de (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]. Il d&#233;crit ensuite comment l'enfant tente d'&#171; harmoniser &#187; avec sa m&#232;re, une fois sa propre voix diff&#233;renci&#233;e, et c'est cette diff&#233;renciation qui stimulerait finalement le &#171; r&#234;ve des retrouvailles &#187; avec un &#171; objet perdu &#187;. Kaja Silverman, qui lie cette th&#233;orie &#224; la castration symbolique du sujet, souligne l'ambivalence avec laquelle on per&#231;oit la voix maternelle. Inscrivant celle-ci au compte de la cat&#233;gorie lacanienne des &#233;l&#233;ments que le sujet distingue en premier de son propre &#234;tre &#8211; les excr&#233;ments, le sein maternel, le regard de la m&#232;re &#8211; mais dont &#171; l'alt&#233;rit&#233; &#187; n'est pas fortement marqu&#233;e, elle &#233;crit :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;elle est ou aim&#233;e [&#8230;] comme ce qui peut combler tous les manques [&#8230;] ou m&#233;pris&#233;e et rejet&#233;e comme ce qu'il y a de plus abject, de plus intol&#233;rable culturellement &#8211; comme le repr&#233;sentant forc&#233; de tout ce qui, au sein de la subjectivit&#233; masculine, est incompatible avec la fonction phallique et qui menace de r&#233;v&#233;ler la domination discursive comme un id&#233;al impossible. [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='SILVERMAN, Kaja, op. cit., p. 86.' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si le plaisir musical peut effectivement &#234;tre li&#233; &#224; cette exp&#233;rience fondamentale, celle-ci peut, &#224; un autre niveau, fournir une explication possible de l'ambivalence des soci&#233;t&#233;s patriarcales envers ce plaisir. Non-verbale m&#234;me lorsqu'elle est li&#233;e &#224; des paroles, stimulus physique lorsqu'elle d&#233;clenche la danse, r&#233;sistant aux tentatives de lui octroyer ou de discerner en elle une signification pr&#233;cise, la musique repr&#233;sente cette part de notre culture per&#231;ue comme f&#233;minine et, par cons&#233;quent, dangereuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est inutile d'&#233;num&#233;rer les nombreuses tentatives de ma&#238;triser ce danger &#224; travers les &#226;ges. L'id&#233;e que ces efforts rel&#232;veraient d'un pass&#233; obscur est d&#233;mentie de mani&#232;re tr&#232;s nette partout autour de nous &#8211; que l'on songe aux tentatives de r&#233;glementer l'industrie de la diffusion de la musique populaire ou au best-seller d'Allan Bloom, &lt;i&gt;L'&#194;me d&#233;sarm&#233;e&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='BLOOM, Allan, The Closing of the American Mind, New York, Simon and (...)' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;]. Cependant, les tentatives d'instrumentaliser la musique pour renforcer l'ordre patriarcal, d'anesth&#233;sier les auditeurs par ses effets et de la d&#233;f&#233;miniser, sont largement port&#233;es par le milieu musical lui-m&#234;me, et tout particuli&#232;rement par ses institutions &#233;ducatives. L'auditeur attentif aura remarqu&#233; la synecdoque habituelle, que j'emploie de mani&#232;re ironique : la &#171; musique &#187; dont je parle est celle du mod&#232;le dominant de l'&#233;ducation musicale anglo-am&#233;ricaine, la musique de l'Occident europ&#233;en. L'&#233;l&#233;vation de cette musique sp&#233;cifique au rang de &#171; s&#233;rieuse &#187; et la d&#233;valuation d'autres sortes de musique font &#233;videmment partie du processus dont je parle ici.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Examinons un instant les modes op&#233;ratoires de l'auto-r&#233;gulation. Pour la simple raison qu'elle ne transmet pas directement une signification sp&#233;cifique, la musique, &#224; la fin du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle, ne se laissa pas enr&#244;ler aussi facilement dans un programme rationaliste, masculin et h&#233;t&#233;rosexiste que, par exemple, la litt&#233;rature ou le th&#233;&#226;tre. Dans ce domaine, Sue-Ellen Case, en r&#233;sumant Michael Bronski, distingue &#171; le naturalisme et le r&#233;alisme comme des strat&#233;gies pour pr&#233;server la fiction de l'accusation de r&#234;verie, d'imagination ou de masturbation, et pour assigner un but utilitariste &#224; la production litt&#233;raire &#8211; celui de l'enseignement moral &#187; [&lt;a href='#nb17' class='spip_note' rel='footnote' title='CASE, Sue-Ellen, &#171; Towards a Butch-Femme Aesthetic &#187;, in HART, Lynda (&#233;d.), (...)' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;]. Naturalisme et r&#233;alisme ne fonctionnent pas de la m&#234;me mani&#232;re en musique. L'&#233;tude riche et rigoureuse que fit Carl Dahlhaus de ces cat&#233;gories dans la musique du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle ne peut livrer qu'un mod&#232;le th&#233;orique, un &#171; id&#233;al-type &#187; qui embrasse un certain nombre de ph&#233;nom&#232;nes observ&#233;s sans syst&#232;me et dans des conjonctions diff&#233;rentes (des &#233;l&#233;ments tels que la simple peinture sonore, l'imitation musicale de l'intonation et du rythme vocaux, le d&#233;veloppement d'une &#171; prose &#187; musicale, l'utilisation de m&#233;lodies populaires ou d'un ton folklorisant, ou encore l'opposition entre une esth&#233;tique du vrai et une esth&#233;tique du beau) [&lt;a href='#nb18' class='spip_note' rel='footnote' title='DAHLHAUS, Carl, Musikalischer Realismus. Zur Musikgeschichte des 19. (...)' id='nh18'&gt;18&lt;/a&gt;]. &#192; part le dernier, aucun de ces ph&#233;nom&#232;nes n'a de dimension particuli&#232;rement utilitariste ou p&#233;dagogique, et &#171; l'accusation de r&#234;verie, d'imagination ou de masturbation &#187; pourrait bien &#234;tre &#8211; et a probablement &#233;t&#233; &#8211; port&#233;e &#224; l'encontre de cet art si li&#233; &#224; la transcendance, au sublime, au sentimental et &#224; &#171; cette aspiration infinie qui est l'essence du romantisme &#187;, pour le dire avec les mots c&#233;l&#232;bres d'E.T.A. Hoffmann [&lt;a href='#nb19' class='spip_note' rel='footnote' title='HOFFMANN, E.T.A., &#171; La Musique instrumentale de Beethoven &#187;, in Kreisleriana, (...)' id='nh19'&gt;19&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est de Hoffmann et de sa g&#233;n&#233;ration que nous vient l'id&#233;e de la sup&#233;riorit&#233; de la musique instrumentale, sup&#233;riorit&#233; qui r&#233;sulte pr&#233;cis&#233;ment de son manque de sp&#233;cificit&#233; : &#171; n'est-ce point pour cela qu'il r&#233;ussit moins dans la musique vocale &#187;, poursuit Hoffmann, &#171; qui ne conserve pas ce caract&#232;re d'aspiration impr&#233;cise, mais traduit l'&#233;cho, dans l'infini, des &#233;motions qu'expriment les mots ? &#187; [&lt;a href='#nb20' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh20'&gt;20&lt;/a&gt;] Ce fut donc l'esprit m&#234;me du romantisme qui mit la musique absolue sur un pi&#233;destal dont m&#234;me la th&#233;&#226;tralit&#233; mystique de Wagner ne l'a jamais d&#233;log&#233;e. R&#233;alisme et naturalisme n'&#233;taient ainsi gu&#232;re qualifi&#233;s pour servir de correctifs &#224; la musique, mises &#224; part quelques exceptions (comme les aspects d&#233;crits par Dahlhaus, ou le v&#233;risme op&#233;ratique). Promus par l'esth&#233;tique d'Eduard Hanslick, ce furent plut&#244;t l'abstraction, le formalisme et l'organicisme qui offrirent la meilleure issue pour sauver la musique de sa propre irrationalit&#233;. Lorsqu'arriva le modernisme, il ne fit qu'intensifier le principe d'abstraction en &#233;liminant de la musique toute trace d'&#171; expression &#187; mim&#233;tique, encourageant toujours plus avant sa transformation en une forme pure et sch&#233;matique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'initiation &#224; cette id&#233;ologie largement allemande de l'absolu est un &#233;l&#233;ment central de ce que signifie devenir un musicien dans la tradition occidentale. Notre soci&#233;t&#233; con&#231;oit habituellement le but de l'&#233;ducation musicale comme la concr&#233;tisation du potentiel d'une qualit&#233; inh&#233;rente et peut-&#234;tre h&#233;r&#233;ditaire : le &#171; don &#187;. En r&#233;alit&#233;, comme Henry Kingsbury l'a si admirablement d&#233;montr&#233;, le don pour la musique, et m&#234;me la &#171; musicalit&#233; &#187; en soi, d&#233;pendent inextricablement des rapports de pouvoir dans les conservatoires o&#249; ils sont n&#233;goci&#233;s et, en un mot, construits [&lt;a href='#nb21' class='spip_note' rel='footnote' title='KINGSBURY, Henry, Music, Talent, and Performance. A Conservatory Cultural (...)' id='nh21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Mais la fonction d'organe de contr&#244;le du syst&#232;me des conservatoires, vou&#233; &#224; sa propre pr&#233;servation, ne diff&#232;re gu&#232;re de celle d'autres institutions culturelles qui entra&#238;nent des jeunes identifi&#233;s comme &#171; dou&#233;s &#187; &#224; quelque activit&#233; ritualis&#233;e &#8211; l'exemple le plus &#233;vident &#233;tant certainement les sports-spectacles. La mani&#232;re dont des valeurs culturelles sont grav&#233;es dans les programmes musicaux des arts lib&#233;raux &#171; acad&#233;miques &#187;, dans le but de cr&#233;er une compr&#233;hension sp&#233;cifique de ce qu'est la musique, peut nous livrer des &#233;claircissements encore plus int&#233;ressants.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Esquissons simplement les exp&#233;riences universitaires d'une &#233;tudiante dans les pr&#233;misses de son curriculum. Les premiers cours qu'elle suivra seront probablement la pratique musicale et la classe d'harmonie. Les exercices choisis pour la pratique musicale proviendront certainement du canon de la musique germanique (de Bach &#224; Brahms), g&#233;n&#233;ralement privil&#233;gi&#233; dans le cursus. L'acquisition de capacit&#233;s se fonde sur l'entente tacite concernant la sup&#233;riorit&#233; de ce r&#233;pertoire : c'est ici que l'id&#233;ologie du &#171; chef-d'&#339;uvre &#187; est insuffl&#233;e pour la premi&#232;re fois et de mani&#232;re tr&#232;s efficace. La classe d'harmonie continuera de promouvoir l'abstraction teutonne, prenant vraisemblablement comme ingr&#233;dient principal un choral &#224; quatre voix de J.S. Bach. Peut-&#234;tre admettra-t-on pour un instant mon point de vue sur ces op&#233;rations douteuses que le ma&#238;tre a fait subir &#224; une s&#233;rie de m&#233;lodies simples et sans d&#233;fense pour les rendre finalement presque m&#233;connaissables, croulant sous un appareil harmonique souvent excessif. Vus sous cet angle, les chorals deviennent un paradigme de l'appropriation patriarcale de la musique. D'aucuns resteront sceptiques vis-&#224;-vis de cette argumentation ; on conviendra n&#233;anmoins que, en concentrant dans l'espace de phrases relativement courtes et r&#233;guli&#232;res un grand ensemble d'harmonies chromatiques qui sont d'habitude &#233;tendues sur un temps plus long et ench&#226;ss&#233;es dans une texture pour les rendre int&#233;ressantes, ces &#339;uvres tendent fortement vers l'abstraction. L'&#233;tudiante, qui est rarement renseign&#233;e sur le contexte historique et esth&#233;tique de ces arrangements de m&#233;lodies d'hymnes, absorbe cette technique comme &#171; normale &#187; plut&#244;t que comme la densification d'&#233;laboration harmonique qu'elle est en r&#233;alit&#233;. Elle est ainsi encourag&#233;e &#224; penser ces pi&#232;ces comme des organismes miniatures. Toutes les conditions sont r&#233;unies pour les &#233;normit&#233;s du syst&#232;me schenk&#233;rien, pour qui les chefs-d'&#339;uvre sont, pour ainsi dire, des chorals de Bach &#224; grande &#233;chelle, ou &#171; prolong&#233;s &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si notre &#233;tudiante est inscrite dans une facult&#233; qui consid&#232;re la musique comme un ph&#233;nom&#232;ne mondial, elle vivra probablement les cours d'ethnomusicologie comme une sorte de soulagement par rapport au r&#233;gime de l'histoire, de la th&#233;orie et de la composition de la musique occidentale qui suit les enseignements de base esquiss&#233;s plus haut ; et c'est probablement ce qu'ils sont. Cependant, dans l'&#233;tat actuel des choses, l'ethnomusicologie est toujours associ&#233;e dans l'imaginaire commun &#224; l'&#233;tude de formes et de peuples primitifs. Appliqu&#233; &#224; des traditions musicales hautement d&#233;velopp&#233;es, telles que les traditions indienne ou japonaise, ce terme refl&#232;te une certaine condescendance. Aussi r&#233;flexive que soit la d&#233;marche, elle n'en sera pas moins toujours accompagn&#233;e de cette impression tenace d'appropriation et de contr&#244;le, de l'ombre du fouet postcolonial dans la main du ma&#238;tre. Je commence &#224; comprendre pourquoi j'ai r&#233;solument ignor&#233; les lois de la mode musicologique en &#233;tudiant la musique de mes propres tribus (c'est-&#224;-dire des Anglais et des homosexuels, dans la mesure o&#249; l'imaginaire am&#233;ricain arrive &#224; les distinguer). Dans un article consacr&#233; &#224; des approches r&#233;centes en ethnomusicologie, Bruno Nettl d&#233;crit chacune d'elles en observant leur pertinence dans le cas o&#249; leur objet d'&#233;tude serait le D&#233;partement de Musique de l'Universit&#233; de l'Illinois [&lt;a href='#nb22' class='spip_note' rel='footnote' title='NETTL, Bruno, &#171; Mozart and the Ethnomusicological Study of Western Culture. (...)' id='nh22'&gt;22&lt;/a&gt;]. D&#233;tail int&#233;ressant, son observateur est pr&#233;sent&#233; comme un Martien. Ce subterfuge rh&#233;torique semble trahir malgr&#233; lui le jeu de l'ethnomusicologie comme action d'une personne sup&#233;rieure sur une personne inf&#233;rieure &#8211; et il ne faut pas moins qu'un extraterrestre pour agir sur les institutions musicales des &#201;tats-Unis. La f&#233;tichisation des grands compositeurs et du chef-d'&#339;uvre par l'historiographie musicale est remplac&#233;e par une perspective r&#233;ellement culturelle, mais l'amour de la transcription et l'id&#233;alisation du terrain rendent souvent l'ethnomusicologie aussi positiviste que l'histoire de la musique &#8211; et le recours fr&#233;quent au jargon sp&#233;cialiste r&#233;v&#232;le un d&#233;sir de mystification et d'abstraction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Face &#224; de tels programmes, couvrant des domaines si larges de la musicologie, il n'est gu&#232;re &#233;tonnant que le f&#233;minisme, les &lt;i&gt;gay studies&lt;/i&gt; et les points de vue gai et lesbien aient tant tard&#233; &#224; &#233;merger. M&#234;me aujourd'hui, alors que les remparts de la musicologie traditionnelle voient constamment les batteries de termes comme &#171; homophobie &#187;, &#171; misogynie &#187;, &#171; travestissement &#187; ou &#171; aspirations homosociales &#187; sonner l'assaut, les &#233;tudes gaies et lesbiennes men&#233;es par des chercheurs gais et des chercheuses lesbiennes restent rares. Le lancement de ce travail est entrav&#233; par notre manque de connaissances concernant les exp&#233;riences sociales de ces compositeurs dont on sait ou soup&#231;onne qu'ils entretenaient des relations sexuelles ou &#233;motionnelles fortes avec des personnes de leur propre sexe. Lors de la conf&#233;rence de l'American Musicological Society &#224; Baltimore en 1988, Maynard Solomon entreprit la description de l'univers et de l'exp&#233;rience homosexuels de Schubert &#224; Vienne &#224; l'aube du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle [&lt;a href='#nb23' class='spip_note' rel='footnote' title='SOLOMON, Maynard, &#171; Franz Schubert and the Peacocks of Benvenuto Cellini &#187;, (...)' id='nh23'&gt;23&lt;/a&gt;]. Susan McClary est la premi&#232;re &#224; avoir appliqu&#233; cette approche &#224; sa musique, dans un article publi&#233; dans ce volume [&lt;a href='#nb24' class='spip_note' rel='footnote' title='La version originale de l'article pr&#233;sent a paru dans le volume Queering the (...)' id='nh24'&gt;24&lt;/a&gt;]. L'unique compositeur de cette &#233;poque au sujet duquel on avait le droit de &#171; savoir &#187; est Tcha&#239;kovski. Mais le fait que l'on d&#233;voile la sexualit&#233; du compositeur russe tout en brouillant prudemment les pistes (ou feignant l'ignorance) concernant celle de Schubert, a certainement &#224; voir avec la mani&#232;re dont on traite la musique dans l'enseignement sup&#233;rieur : comme un art masculin &#224; pr&#233;dominance germanique. Un compositeur russe avait le droit d'&#234;tre homosexuel &#8211; pensez-vous, un artiste approchant de si pr&#232;s la ma&#238;trise teutonne devait probablement m&#234;me &#234;tre homosexuel, puisque cela permettait de pointer du doigt le caract&#232;re exotique, d&#233;cadent et eff&#233;min&#233; de sa musique comme une mise en garde (tout comme j'avais moi-m&#234;me &#233;t&#233; mis en garde durant ma jeunesse). Il s'agit de pr&#233;server &#224; tout prix le canon germanique central dans sa puret&#233;. La dissimulation de l'homosexualit&#233; de Schubert, sa &#171; mise au placard &#187; en quelque sorte, rel&#232;ve du m&#234;me type de d&#233;ni que celui qui consiste &#224; fermer les yeux sur l'antis&#233;mitisme de Wagner.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au vingti&#232;me si&#232;cle, l'homosexualit&#233; a acquis une pr&#233;sence tellement importante dans la musique que son effacement par le silence de la part de la musicologie positiviste constitue une grave faute intellectuelle. &#192; part quelques grands pr&#234;tres du modernisme comme Schoenberg, Berg, Webern, Stravinski ou Bart&#243;k, beaucoup de compositeurs majeurs &#233;taient, dans l'ensemble, homosexuels &#8211; ou, comme dans le cas sp&#233;cifique d'Ives, tellement en proie &#224; la panique homosexuelle qu'ils font partie du m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne social. Et pourtant, il fallut attendre l'ann&#233;e 1991 pour voir para&#238;tre la premi&#232;re &#233;tude documentaire pr&#233;cise et sans d&#233;tours sur la condamnation de Henry Cowell &#224; une longue peine de prison (avec travaux forc&#233;s) &#224; San Quentin, pour avoir &#233;t&#233; jug&#233; comme l'un des principaux coupables dans une affaire impliquant des rapports sexuels homosexuels [&lt;a href='#nb25' class='spip_note' rel='footnote' title='HICKS, Michael, &#171; The Imprisonment of Henry Cowell &#187;, in Journal of the (...)' id='nh25'&gt;25&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il faut souligner que ni Solomon, l'auteur de l'article sur Schubert, ni Michael Hicks, qui r&#233;alisa les recherches si m&#233;ticuleuses sur le cas Cowell, ne sont gais. Comme l'indique Lawrence Mass dans un entretien qu'il a men&#233; avec moi dans les pages de &lt;i&gt;Christopher Street&lt;/i&gt; en 1987 et qui a r&#233;cemment &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; dans l'un de ses ouvrages [&lt;a href='#nb26' class='spip_note' rel='footnote' title='MASS, Lawrence, Homosexuality as Behavior and Identity. Dialogues of the (...)' id='nh26'&gt;26&lt;/a&gt;], les homosexuels &#8211; et notamment ceux qui consid&#232;rent la dissimulation de leur sexualit&#233; comme de la &#171; discr&#233;tion &#187; ou qui font la distinction entre &#171; art &#187; et &#171; vie &#187; &#8211; risquent d'&#234;tre parmi les premiers &#224; rejeter de tels efforts comme ind&#233;sirables ou &#224; les balayer d'un revers de la main comme superflus. L'on pourrait m&#234;me aller plus loin : la pr&#233;sence d'homosexuels qui ne s'identifient pas enti&#232;rement comme gais &#224; des positions de pouvoir dans le milieu musical est, comme me l'a fait remarquer le compositeur britannique Nicola LeFanu, en partie responsable des difficult&#233;s que rencontrent des voix alternatives &#224; se faire entendre, par exemple celles des femmes compositrices [&lt;a href='#nb27' class='spip_note' rel='footnote' title='Les Henry Wood Promenade Concerts, festival de concerts &#224; forme ouverte (...)' id='nh27'&gt;27&lt;/a&gt;]. C'est aussi l'une des raisons (mais pas la seule) pour laquelle les points de vue gai et lesbien ont mis si longtemps &#224; atteindre la musicologie et la critique musicale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Afin de mieux saisir ce ph&#233;nom&#232;ne de d&#233;sengagement de la part de certains homosexuels vis-&#224;-vis des questions concernant l'identit&#233; gaie et l'oppression des homosexuels et des femmes en musique, revenons d'abord encore &#224; McIntosh. En la citant, je voudrais une nouvelle fois remplacer ou accoler les termes &#171; musical &#187; / &#171; homosexuel &#187; et &#171; musicalit&#233; &#187; / &#171; homosexualit&#233; &#187; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de remarquer que des homosexuels appr&#233;cient et soutiennent eux-m&#234;mes l'id&#233;e selon laquelle l'homosexualit&#233; serait une condition. Car de la m&#234;me mani&#232;re qu'une cat&#233;gorisation rigide emp&#234;che les acteurs de passer &#224; la d&#233;viance, elle semble &#233;galement fermer toutes les possibilit&#233;s de repasser du c&#244;t&#233; de la normalit&#233;, &#233;liminant ainsi l'&#233;l&#233;ment du choix angoissant. Elle semble justifier le comportement d&#233;viant de l'homosexuel comme appropri&#233; &#224; son groupe, la cat&#233;gorie homosexuelle. La d&#233;viance peut ainsi &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme l&#233;gitime pour l'homosexuel, ce qui lui permet de persister dans son comportement sans rejeter les normes de la soci&#233;t&#233;. [&lt;a href='#nb28' class='spip_note' rel='footnote' title='McINTOSH, Mary, art. cit., p. 34.' id='nh28'&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait effectivement le cas de la plupart des homosexuels avant Stonewall. Afin de se rendre compte des raisons pour lesquelles les choses n'ont pas beaucoup chang&#233; dans le domaine musical depuis cette &#233;poque, de comprendre pourquoi les expressions de l'identit&#233; gaie et d'une volont&#233; de lib&#233;ration en musique se restreignent surtout aux fanfares et aux chorales, il suffit de se rendre compte de la puissance qu'a acquise la construction de la musicalit&#233; dans l'univers de la &#171; musique classique &#187;. Les musiciens en g&#233;n&#233;ral, et particuli&#232;rement les musicien-ne-s gais et lesbiennes, participent &#224; un contrat social qui ne leur accorde une certaine d&#233;viance r&#233;confortante qu'au prix du sacrifice souvent douloureux de leur autod&#233;termination. La situation est comparable, sans &#234;tre identique, bien entendu, &#224; celle de la femme qui &#233;change une partie de son individualit&#233; pour l'autorit&#233; et le statut qu'offrent le mariage et la maternit&#233; dans une soci&#233;t&#233; patriarcale. Mais la d&#233;viance de la norme et la perte d'individualit&#233; ne sont pas les seuls enjeux ici. D'un autre point de vue (dans le sillon d'Allan Bloom), ce contrat garantit aussi un statut d'&#233;lite, en &#233;change d'une sorte de marchandise : la boh&#232;me, &#171; lieu respectable pour la marginalit&#233; [&#8230;], devait justifier ses pratiques peu orthodoxes par ses succ&#232;s intellectuels et artistiques &#187; [&lt;a href='#nb29' class='spip_note' rel='footnote' title='BLOOM, Allan, op. cit., p. 235. Je remercie Fred Maus de m'avoir encourag&#233; &#224; (...)' id='nh29'&gt;29&lt;/a&gt;]. Mais Sedgwick montre que dans l'analyse de Bloom, ce succ&#232;s n'acquiert toute sa puissance et ne d&#233;ploie tout son potentiel qu'&#224; travers le processus homo-&#233;rotique/homophobe qui stimule le d&#233;sir tout en le r&#233;primant : le musicien est pris en plein c&#339;ur de la double contrainte &#233;rotique du placard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;D&#233;viance r&#233;confortante et statut d'&#233;lite : pourquoi tant de personnes sont-elles pr&#234;tes &#224; leur sacrifier tant de choses ? Le ph&#233;nom&#232;ne est certainement li&#233; &#224; un aspect de la musique que j'avais consciemment &#233;vit&#233; jusque-l&#224; : l'interpr&#233;tation. C'est l'interpr&#233;tation musicale qui inspire et convainc la plupart des futurs musiciens de choisir cette voie. M&#234;me s'ils deviennent par la suite musicologues, critiques ou compositeurs, c'est le plus souvent le piano, un autre instrument ou le chant qui fait na&#238;tre en eux l'attirance pour la musique. La musique est une matrice parfaite pour ext&#233;rioriser des &#233;motions. Elle constitue un outil particuli&#232;rement appr&#233;ci&#233; pour ceux et celles qui peinent &#224; exprimer leurs sentiments dans la vie quotidienne, puisque cette &#233;motion-l&#224; est ind&#233;termin&#233;e et d&#233;tach&#233;e de tout contexte concret. Le piano, par exemple, peut ainsi devenir un moyen pr&#233;cieux pour des enfants qui souffrent de toutes sortes de difficult&#233;s avec leur p&#232;re et/ou leur m&#232;re, et les aidera &#224; s'exprimer, &#224; se livrer ou &#224; communiquer. Pour des enfants gais, qui subissent souvent un enfermement &#233;motionnel total face &#224; la r&#233;probation d'une part &#233;l&#233;mentaire de leur vie sensible par leurs parents et par la soci&#233;t&#233;, la musique est une v&#233;ritable bou&#233;e de sauvetage. Mais dans notre soci&#233;t&#233; on ne peut adopter pleinement le r&#244;le construit du musicien qu'en reconnaissant &#224; la fois sa d&#233;viance et les normes de cette soci&#233;t&#233;. Le privil&#232;ge immens&#233;ment attractif d'une vie sensible et expressive qu'offrent les formes plus exclusives de la pratique artistique s'acquiert au prix de l'accord tacite de non seulement &#171; persister dans [la d&#233;viance] sans rejeter les normes de la soci&#233;t&#233; &#187;, mais encore de tenir ce r&#244;le d'une fa&#231;on qui, tacitement, renforce ces normes. Pour reprendre les termes de ma deuxi&#232;me citation de McIntosh, l'exposition publique de nos sentiments a pour fonction de permettre au reste de la soci&#233;t&#233; de conserver son &#233;tat de convenance et de retenue. Ces conditions ne s'appliquent en outre pas uniquement aux lesbiennes et aux gais de la profession. &lt;i&gt;Tous&lt;/i&gt; les musiciens, ne l'oublions pas, sont des p&#233;d&#233;s dans le jargon du vestiaire hommes. D'o&#249; l'immense effort investi par la musicologie et par certains types de composition dans la comp&#233;titivit&#233;, la rigueur, la ma&#238;trise et dans toutes ces qualit&#233;s r&#233;v&#233;lant l'angoisse de castration qui est si forte dans notre profession d&#233;viante. C'est bien &#224; cela que se r&#233;f&#232;re Ned Rorem lorsqu'il dit qu'il se sent plus discrimin&#233; en tant qu'artiste qu'en tant qu'homosexuel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'importance de la panique homosexuelle dans le milieu musical est &#233;videmment un ph&#233;nom&#232;ne plus profond que ne le sugg&#232;re la perspective de l'&#233;tiquetage. Dans son ouvrage r&#233;cent sur &lt;i&gt;L'&#233;pist&#233;mologie du placard&lt;/i&gt;, Sedgwick discerne une impasse dynamique entre les visions universalisante et minorisante de la d&#233;finition homo/h&#233;t&#233;rosexuelle (par exemple, entre la vision ouverte de la possibilit&#233; sexuelle chez Freud et le &#171; troisi&#232;me sexe &#187; ou les mod&#232;les s&#233;paratistes gais), ainsi qu'entre s&#233;paratisme et transitivit&#233; des st&#233;r&#233;otypes du genre homosexuel (par exemple entre l'image du gai ultra-masculin et la &#171; folle &#187;). Sedgwick rel&#232;ve ces ambigu&#239;t&#233;s et tensions dans un ouvrage qui est en premier lieu le projet d'une critique litt&#233;raire concentr&#233;e sur la fin du dix-neuvi&#232;me et le d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle. Son travail a si consid&#233;rablement fait avancer notre perception de l'importance centrale de la d&#233;finition sexuelle (ou du manque de d&#233;finition sexuelle) dans la culture moderne, qu'il appelle des applications &#224; d'autres domaines. La musique constitue un terrain particuli&#232;rement fertile pour un tel projet. Elle est une enclave au sein de notre soci&#233;t&#233; &#8211; une confr&#233;rie ou cons&#339;urie d'amoureux, amoureux de musique, unis par une forme de communication directe qu'on appelle langage dans une analogie imparfaite, &#171; le &#187; langage des sentiments. Dans un lieu si secret, les incoh&#233;rences et drames du placard peuvent s'ext&#233;rioriser de mani&#232;re particuli&#232;rement r&#233;v&#233;latrice et suggestive, du simple fait de l'absence de discours verbal rationnel.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Consid&#233;rons un instant l'exemple de Benjamin Britten et de son rapport au ph&#233;nom&#232;ne du &#171; secret de polichinelle &#187;, un ph&#233;nom&#232;ne si crucial par rapport aux tensions qui entourent l'identit&#233; homosexuelle, m&#234;me (et peut-&#234;tre surtout) apr&#232;s Stonewall. Comme le signale D.A. Miller, le secret en soi, cet instrument par excellence du placard, peut faire office de&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;pratique subjective qui &#233;tablit les oppositions priv&#233;/public, int&#233;rieur/ext&#233;rieur, sujet/objet, et qui garantit l'inviolabilit&#233; du premier terme de chacune de ces oppositions. Et contrairement &#224; ce que l'on pourrait penser, le ph&#233;nom&#232;ne du &#171; secret de polichinelle &#187; ne fait pas s'&#233;crouler ces bin&#244;mes et leurs effets id&#233;ologiques ; il t&#233;moigne au contraire de leur remont&#233;e fantasmatique. Dans un m&#233;canisme qui rappelle la n&#233;gation freudienne, nous savons parfaitement que le secret est connu de tous, mais nous devons n&#233;anmoins persister &#224; le garder, si absurde que ce soit. [&lt;a href='#nb30' class='spip_note' rel='footnote' title='MILLER, D. A., The Novel and the Police, Berkeley, University of California (...)' id='nh30'&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est ce ph&#233;nom&#232;ne du secret de polichinelle qui, paradoxalement, mit l'identit&#233; sexuelle de Britten sur le devant de la sc&#232;ne tout au long de sa vie. Le fait de d&#233;savouer si explicitement son identit&#233; homosexuelle, alors qu'elle &#233;tait universellement connue par une sorte de bouche &#224; oreille, lui permettait de man&#339;uvrer avec succ&#232;s dans les eaux de la soci&#233;t&#233; britannique. Ce reniement ne rendait pas seulement possible d'afficher ouvertement sa relation avec Peter Pears, mais aussi de composer pour lui et d'ex&#233;cuter avec lui des chansons dont les textes c&#233;l&#233;braient l'homo&#233;rotisme sans aucune ambigu&#239;t&#233;. De plus, il lui permettait de revenir encore et encore, dans ses op&#233;ras, sur l'exp&#233;rience sociale de l'oppression homosexuelle, sur les liens affectifs et &#233;rotiques entre hommes, voire sur la p&#233;d&#233;rastie de l'amour homme-gar&#231;on. Cette posture lui offrait en outre des avantages sociaux et &#233;conomiques qui lui ouvrirent la voie d'une brillante carri&#232;re d'entrepreneur, une relation cordiale avec la famille royale et une collection des plus importantes distinctions honorifiques de son pays.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour un compositeur, l'une des cl&#233;s principales du succ&#232;s r&#233;side dans l'observation pr&#233;cise de son environnement et dans la mise en place d'une interaction inventive avec lui &#8211; que ce soit un Josquin apprenant &#224; jouer avec les attentes de la cour &#224; la fin du quinzi&#232;me si&#232;cle ou un compositeur am&#233;ricain d'apr&#232;s-guerre profitant de la mode obscurantiste privil&#233;gi&#233;e par les cercles acad&#233;miques des ann&#233;es 1950 et 1960. Britten exploita une caract&#233;ristique particuli&#232;re de la soci&#233;t&#233; britannique, qui tol&#232;re toutes sortes de d&#233;viance et d'ambigu&#239;t&#233; sociales tant qu'elles ne sont pas nomm&#233;es, qu'elles ne deviennent pas publiques et qu'elles ne portent pas atteinte &#224; la norme comportementale. Afin de saisir pourquoi non seulement l'homosexualit&#233; de Britten, mais aussi le succ&#232;s dont il jouissait malgr&#233; celle-ci cr&#233;&#232;rent des tensions consid&#233;rables, notre analyse doit d&#233;passer le niveau des attaques grossi&#232;res comme on en trouve dans les cahiers de conversation de Craft et Stravinsky contre les &#171; compositeurs c&#233;libataires &#187; [&lt;a href='#nb31' class='spip_note' rel='footnote' title='En commentant Le Dernier Sauvage de Menotti, Stravinski aurait dit : &#171; (...)' id='nh31'&gt;31&lt;/a&gt;]. On d&#233;couvrira alors un curieux ensemble de termes critiques, contradictoires mais tous lourdement charg&#233;s de sens. D'un c&#244;t&#233;, la musique de Britten fut caract&#233;ris&#233;e comme &#171; pure ing&#233;niosit&#233; &#187;, &#171; diablement rus&#233;e &#187; ; de l'autre, on l'accusait de sensiblerie. Derri&#232;re ces deux postures se cache, &#233;videmment, la fascination secr&#232;te pour l'homosexualit&#233; de Britten : les deux &#233;tiquettes constituent l'envers des oppositions binaires ma&#238;trise/ruse et sinc&#233;rit&#233;/sensiblerie, qui figurent au nombre de ces bin&#244;mes pl&#233;thoriques identifi&#233;s par Sedgwick comme &#171; couples &#233;pist&#233;mologiquement charg&#233;s, condens&#233;s dans les figures du &#8219;placard' et du &#8219;coming out' &#187; [&lt;a href='#nb32' class='spip_note' rel='footnote' title='SEDGWICK, Eve Kosofsky, op. cit., p. 72.' id='nh32'&gt;32&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Par ailleurs, les critiques adopt&#232;rent une strat&#233;gie d'approche des th&#232;mes op&#233;ratiques de Britten qui visait &#224; masquer, &#224; contredire ou &#224; ridiculiser leur contenu homosexuel. Ce qui est v&#233;ritablement stup&#233;fiant dans la premi&#232;re r&#233;ception de &lt;i&gt;Grimes&lt;/i&gt; par les critiques musicaux, &#233;tant donn&#233;e l'absence d'informations sp&#233;cifiques quant &#224; la nature interne du protagoniste principal, c'est leur incapacit&#233; &#224; y reconna&#238;tre une all&#233;gorie de l'oppression ; &#224; peine une g&#233;n&#233;ration plus tard, on m&#233;connut davantage encore l'enjeu pour y voir le th&#232;me d'une relation p&#233;d&#233;raste d'amour-haine, dont le compositeur avait consciencieusement et consciemment effac&#233; toute trace du livret. Lorsque, un quart de si&#232;cle plus tard, &lt;i&gt;Mort &#224; Venise&lt;/i&gt; fut cr&#233;&#233;, l'all&#233;gorie devint cependant le seul moyen de neutraliser le puissant &#171; Je t'aime &#187; qu'Aschenbach lance &#224; Tadzio &#224; l'apog&#233;e du premier acte. Ainsi les critiques se ru&#232;rent sur l'all&#233;gorie apollino-dionysiaque par laquelle Mann avait lui-m&#234;me voil&#233; quelques questionnements centraux. N&#233;anmoins cette strat&#233;gie ne parvint pas &#224; survivre au paragraphe 28 de la Loi du Gouvernement Local de 1988. Les Comit&#233;s d'&#233;ducation du Kent et du Sussex, dans un coup de th&#233;&#226;tre qui d&#233;montra combien il est facile de d&#233;chirer le voile du secret de polichinelle, annul&#232;rent une repr&#233;sentation de &lt;i&gt;Mort &#224; Venise&lt;/i&gt;, programm&#233;e pour des &#233;l&#232;ves dans le cadre d'une tourn&#233;e de la compagnie Glyndebourne, parce qu'ils craignaient qu'un tel &#233;v&#233;nement ne soit re&#231;u comme une promotion de l'homosexualit&#233;, contrevenant ainsi &#224; la loi.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_119 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://transposition-revue.org/local/cache-vignettes/L392xH549/10000000000002660000035AC8C61775-2-c497b.jpg' width='392' height='549' alt=&quot;&quot; style='height:549px;width:392px;' /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Eh bien, Benjamin Britten et Peter Pears se sont connus quand ils &#233;taient assez jeunes... et comme ils s'entendaient tr&#232;s bien, ils ont d&#233;cid&#233; de s'associer et de travailler ensemble. &#199;a a perdur&#233; tr&#232;s longtemps. Quand Lord Britten est mort, la Reine envoya un t&#233;l&#233;gramme de condol&#233;ances &#224; Sir Peter... &#187; Carte postale &#233;dit&#233;e par l'Organisation pour l'Action Lesbienne et Gay (OLGA), avec la l&#233;gende suivante : &#171; Le paragraphe 28 du projet de Loi du Gouvernement Local d&#233;clare que : les autorit&#233;s locales ne doivent pas financer ou &#8220;promouvoir intentionnellement&#8221; l'homosexualit&#233;, et que les &#233;coles publiques ne doivent pas promouvoir &#8220;l'acceptation de l'homosexualit&#233; comme pr&#233;tendue relation familiale&#8221;. &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Comme je l'avais signal&#233; dans un &#233;change de lettres publi&#233; dans la presse &#224; l'&#233;poque, en faisant repr&#233;senter cet op&#233;ra, les autorit&#233;s auraient en fait rendu de grands services aux extr&#233;mistes du gouvernement, tant il semble pr&#233;venir le public contre l'homosexualit&#233; ou la p&#233;d&#233;rastie &#224; grand renfort de st&#233;r&#233;otypes : vous vous abaisserez jusqu'&#224; n'importe quelle indignit&#233; (telle que vous peindre le visage) pour attirer votre jeune proie, et vous mourrez seul, dans l'exclusion et la d&#233;tresse [&lt;a href='#nb33' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. les &#233;changes entre Howard Rogers et moi-m&#234;me dans la rubrique &#171; Letters &#187; (...)' id='nh33'&gt;33&lt;/a&gt;]. L'ironie de la chose est que, dans la vie r&#233;elle, Britten remplissait &#224; merveille tous les crit&#232;res conventionnels d'un mod&#232;le pour la jeunesse du Kent et de l'East Sussex, qu'elle soit gaie, lesbienne ou h&#233;t&#233;rosexuelle. Il menait une vie fructueuse, constructive, sociale, bien ordonn&#233;e, avec un partenaire tout aussi productif que lui. En tant que citoyen de classe moyenne dont le dur labeur &#233;tait couronn&#233; de succ&#232;s, et qui accessoirement contribuait de mani&#232;re non n&#233;gligeable &#224; l'invisible balance des paiements de son pays, il &#233;tait un v&#233;ritable mod&#232;le de citoyennet&#233; thatch&#233;rienne, mis &#224; part sa sexualit&#233; et son pacifisme. Avec Aschenbach, Britten cr&#233;a son double, la face cach&#233;e de la personne qu'&#224; un certain point il avait toujours imagin&#233; &#234;tre. Si &lt;i&gt;Mort &#224; Venise&lt;/i&gt; est un testament, un dernier t&#233;moignage personnel, comme le soutiennent bon nombre de commentateurs, l'&#339;uvre t&#233;moigne alors non pas du pouvoir de l'amour, mais du pouvoir des effets caract&#233;ristiques qu'exerce sur la personnalit&#233; la dynamique de l'homosexualit&#233; cach&#233;e, du placard.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Reste &#224; savoir &#224; quoi a servi le num&#233;ro d'&#233;quilibriste de Britten pour &#233;crire une musique qui communiquait directement une vision de la soci&#233;t&#233; du point de vue d'un homosexuel au placard, si vingt ans plus tard, la collusion entre le placard et le r&#244;le du musicien reste pratiquement inalt&#233;r&#233;e, mise &#224; part (et m&#234;me malgr&#233;) l'h&#233;catombe subie par notre communaut&#233; par le sida. &#192; quoi bon tous ces messages cod&#233;s sur l'oppression homosexuelle et la p&#233;d&#233;rastie, s'ils n'ont fait qu'intensifier le d&#233;ni de leur signification et consolider l'&#233;tablissement de cet universalisme et de ce transcendantalisme qui font de la musique classique occidentale un faible ersatz de religion dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, et qui la coupent de toute signification ? Qu'a-t-on gagn&#233; avec ce &#171; mod&#232;le de discr&#233;tion &#187; que Britten observait, et que des musiciens respectent encore aujourd'hui, s'il n'est bon qu'&#224; asseoir la culture dominante en confinant l'homosexualit&#233; &#224; la sph&#232;re priv&#233;e tout en la rendant vaguement pr&#233;sente dans le discours public en tant qu'alternative inconcevable ? Combien d'entre nous ont su offrir quelque chose de mieux &#224; n'importe quel-le adolescent-e musicien-ne qui pense &#234;tre un cas particulier parce qu'il ou elle se sent diff&#233;rent-e, seul-e et honteux/-se ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce sont des questions qu'une musicologie gaie et lesbienne ne devrait jamais perdre de vue. Elles ont des implications beaucoup plus larges que l'on ne pourrait penser au premier abord. La collusion entre la musicalit&#233; et le placard a par exemple &#233;t&#233; intensifi&#233;e par le mythe essentialiste selon lequel la cr&#233;ativit&#233; musicale proviendrait de l'&#171; &#233;ternel f&#233;minin &#187; r&#233;sidant dans l'homme. L'appropriation du f&#233;minin et la privatisation de &#171; la muse &#187; par la figure du compositeur masculin &#8211; qui refl&#232;te donc d'une mani&#232;re singuli&#232;re le topos de l'&#226;me de femme enferm&#233;e dans un corps d'homme (pour se r&#233;f&#233;rer &#224; l'expression c&#233;l&#232;bre de Karl Heinrich Ulrichs) &#8211; semble souvent exiger une quantit&#233; suppl&#233;mentaire d'&#233;nergie employ&#233;e &#224; restabiliser la fa&#231;ade de masculinit&#233;. Cette combinaison fatale contribue &#224; son tour &#224; augmenter la misogynie l&#233;gendaire de la profession ; misogynie repr&#233;sent&#233;e notamment par certains musiciens homosexuels, tel Aaron Copland [&lt;a href='#nb34' class='spip_note' rel='footnote' title='Dans un hommage &#224; sa professeure de composition Nadia Boulanger pour le (...)' id='nh34'&gt;34&lt;/a&gt;]. Sous cet aspect, Charles Ives a peut-&#234;tre au moins le m&#233;rite d'avoir toujours &#233;t&#233; explicite concernant son pr&#233;judice contre les compositeurs homosexuels et les compositrices europ&#233;ens. Le fait que les termes qu'il emploie ne distinguent pas ces deux cat&#233;gories &#8211; en jouant pr&#233;cis&#233;ment sur et de la liminarit&#233; des sexes emprunt&#233;e au mod&#232;le de l'&#171; inversion &#187; d'Ulrichs &#8211; montre &#224; quel point homophobie et misogynie sont entrelac&#233;es, et comment la lutte contre la reconnaissance des femmes &#224; certaines positions du champ musical est &#233;troitement li&#233;e &#224; la panique homosexuelle [&lt;a href='#nb35' class='spip_note' rel='footnote' title='La domination masculine qui a connu une si grande long&#233;vit&#233; dans le domaine (...)' id='nh35'&gt;35&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis que j'ai l&#233;g&#232;rement gratt&#233; la surface du secret de polichinelle de Britten en frappant poliment &#224; la porte de son placard, l'ann&#233;e de la mort du compositeur, je suis de plus en plus persuad&#233; que le r&#244;le d&#233;di&#233; et particulier auquel renvoie le terme &#171; musicalit&#233; &#187; est comparable et li&#233; au r&#244;le de l'homosexualit&#233; dans nos soci&#233;t&#233;s (du moins celles de la Grande Bretagne et de l'Am&#233;rique du Nord, dans lesquelles j'ai longtemps v&#233;cu) [&lt;a href='#nb36' class='spip_note' rel='footnote' title='Mon texte &#171; Britten and Grimes &#187; (in Musical Times, Vol. 118, N&#186; 1618, 1977, (...)' id='nh36'&gt;36&lt;/a&gt;]. Les deux &#233;tiquettes sont redoutables. Elles sont les outils du contr&#244;le social, d&#233;guis&#233;s dans un cas en &#171; don &#187;, en &#171; condition &#187; dans l'autre. Et elles sont d&#233;su&#232;tes. En dehors des institutions de la musique classique, le terme de &#171; compositeur &#187;, par exemple, n'a plus gu&#232;re de pertinence en tant qu'&#233;tiquette contemporaine face &#224; la nouvelle vari&#233;t&#233; des modes de production musicale et dans un contexte o&#249; l'id&#233;ologie construite autour d'une unique puissance cr&#233;atrice (masculine) perd sa force, tout comme la conception de l'&#171; art &#187; en tant qu'activit&#233; humaine r&#233;serv&#233;e &#224; une &#233;lite. Il est fort douteux par ailleurs que dans les rituels sociaux d'une musique domin&#233;e par des questions de personnalit&#233;, de m&#233;dias et de marketing, une &#171; musicalit&#233; &#187; d&#233;finie par quelques professeurs de conservatoire ait encore le m&#234;me r&#244;le &#224; jouer que par le pass&#233; [&lt;a href='#nb37' class='spip_note' rel='footnote' title='M&#234;me la BBC publie maintenant un beau mensuel illustr&#233; (avec un disque en (...)' id='nh37'&gt;37&lt;/a&gt;]. De la m&#234;me mani&#232;re, le terme &#171; homosexuel &#187;, avec ses connotations essentialistes m&#233;dicalis&#233;es, n'est plus apte &#224; embrasser la richesse et la vari&#233;t&#233; des formes de d&#233;sir pour le m&#234;me sexe qui se manifestent dans les diff&#233;rentes classes sociales, groupes ethniques et tranches d'&#226;ge, et m&#234;me dans les diff&#233;rents contextes locaux au sein du monde occidental. Une musicologie gaie et lesbienne se devra d'interroger sans cesse ces deux termes lors de ses recherches sur notre histoire, de sa recherche &lt;i&gt;de&lt;/i&gt; notre histoire, lorsqu'elle propose de nouvelles th&#233;ories de la musique et qu'elle d&#233;veloppe une nouvelle p&#233;dagogie. Ce n'est pas la preuve mais le droit &#224; son interpr&#233;tation que nous devons revendiquer. &#171; La question &#233;tait, et est toujours &#187;, dit Neil Bartlett du proc&#232;s de 1895 dans son ouvrage &#233;mouvant sur Oscar Wilde : &#171; Qui parle, et quand, et pour qui, et pourquoi. &#187; [&lt;a href='#nb38' class='spip_note' rel='footnote' title='BARLETT, Neil, Who Was That Man. A Present for Mr. Oscar Wilde, Londres, (...)' id='nh38'&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;La premi&#232;re version de ce texte fut pr&#233;sent&#233;e au cours du deuxi&#232;me Sager Symposium au Swarthmore College en mars 1990 ; la seconde &#224; la premi&#232;re session sur &#171; Les compositeurs et la sexualit&#233; &#187; de la conf&#233;rence annuelle de l'American Musicological Society &#224; Oakland en novembre 1990. Je souhaite remercier les nombreuses personnes qui m'ont &#233;crit au sujet de ce texte ou qui m'ont fait des suggestions. Je l'ai r&#233;dig&#233; &#224; partir de mon point de vue personnel en tant que gai masculin et ne tentais pas d'explorer les relations entre la musicalit&#233; et l'exp&#233;rience lesbienne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Stonewall &#187; se r&#233;f&#232;re aux &#233;meutes &#224; New York City en juin 1969, lorsque les patrons d'un bar gai ripost&#232;rent aux harc&#232;lements policiers. Ces &#233;v&#233;nements marquent la naissance du mouvement de lib&#233;ration gai.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;McINTOSH, Mary, &#171; The Homosexual Role &#187;, in &lt;i&gt;Social Problems&lt;/i&gt;, Vol. 16, N&#176; 2, automne 1968, r&#233;&#233;dition in &lt;i&gt;The Making of the Modern Homosexual&lt;/i&gt;, Kenneth PLUMMER (&#233;d.), Londres, Hutchinson, 1981, p. 32.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;HALPERIN, David M., &lt;i&gt;One Hundred Years of Homosexuality and Other Essays on Greek Love&lt;/i&gt;, New York, Routledge, 1990, p. 7. Version fran&#231;aise : &lt;i&gt;Cent ans d'homosexualit&#233; et autres essais sur l'amour grec&lt;/i&gt;, traduit de l'am&#233;ricain par Isabelle Ch&#226;telet, Paris, EPEL, 2000.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;SEDGWICK, Eve Kosofsky, &lt;i&gt;Epistemology of the Closet&lt;/i&gt;, Berkeley, University of Berkeley, 1990, p. 40. Version fran&#231;aise : &lt;i&gt;&#201;pist&#233;mologie du placard&lt;/i&gt;, traduit de l'am&#233;ricain par Maxime Cervulle, Paris, &#201;d. Amsterdam, 2008. Elle ajoute l'observation lucide que &#171; les cadres th&#233;oriques permettant actuellement de s'interroger sur les origines ou le d&#233;veloppement de l'identit&#233; gaie [sont] tous d&#233;j&#224; structur&#233;s par le projet ou le fantasme occidental implicite et trans-individuel visant l'annihilation de cette identit&#233; &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;FUSS, Diana, &lt;i&gt;Essentially Speaking&lt;/i&gt;, New York, Routledge, 1989, p. xiv.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;SEDGWICK, Eve Kosofsky, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 43.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Le &lt;i&gt;Tr&#233;sor de la langue fran&#231;aise&lt;/i&gt; (Paris, &#201;ditions du CNRS, 1971&#8211;) mentionne un emploi du terme fran&#231;ais datant de 1835.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Les termes &#171; musicalit&#233; &#187; et &#171; musical &#187; sont utilis&#233;s ici dans leur acception de sens musical naturel, de forte disposition pour la musique, de la qualit&#233; d'&#171; &#234;tre musicien &#187;, sans implications concernant un &#233;ventuel talent ou &#171; don &#187; technique [NdT].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;McINTOSH, Mary, &lt;i&gt;art. cit.&lt;/i&gt;, p. 32.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Je remercie vivement Robert Dawidoff et Bryon Adams de m'avoir indiqu&#233; d'autres euph&#233;mismes musicaux (&#171; Est-ce qu'il joue dans l'orchestre ? &#187;, &#171; Est-ce qu'il chante dans la chorale ? &#187;). Inutile de dire qu'aucun d'entre nous ne conna&#238;t l'origine de ces expressions. Robert Dawidoff a &#233;galement attir&#233; mon attention sur le roman &lt;i&gt;Despised and Rejected&lt;/i&gt; d'A.T. Fitzroy (Londres, C.W. Daniel, 1918 ; nouvelle &#233;dition Londres, GMP Publishers, 1988). Son traitement ouvert de ce que l'un des premiers critiques de l'ouvrage appela &#171; anormalit&#233; des sentiments &#187; est remarquable et permet &#224; ses personnages d'&#233;lucider bien des codes communs. Ainsi le h&#233;ros, le compositeur tourment&#233; Dennis, &#233;crit-il &#224; son amie lesbienne Antoinette : &#171; Lorsque j'&#233;tais &#224; l'&#233;cole, j'&#233;tais terrifi&#233; de mon talent musical ; je le ha&#239;ssais et fis tout pour l'&#233;touffer, parce que je pensais que c'&#233;tait cela qui me rendait diff&#233;rent des autres gar&#231;ons. Je ne voulais &#224; aucun prix &#234;tre &#8220;diff&#233;rent&#8221;... &#187; (p. 78) Le livre t&#233;moigne de l'influence d'Edward Carpenter, non seulement dans les questions concernant la sexualit&#233; (&#171; qu'avait imagin&#233; la nature en lui donnant l'&#226;me d'une femme dans le corps d'un homme ? &#187; [p. 107]), mais aussi dans les relations qu'il &#233;tablit entre l'oppression des homosexuels et celle des Juifs, des Irlandais, des femmes et de la classe ouvri&#232;re ; il fut interdit pour son plaidoyer fervent en faveur du pacifisme, autre caract&#233;ristique de l'ouvrage. L'auteure &#233;tait Rose Allatini, mari&#233;e durant vingt ans au compositeur Cyril Scott avant de le quitter pour fonder un nouveau m&#233;nage &#224; Rye avec une femme, comme l'indique Jonathan Cuthill dans sa pr&#233;face instructive &#224; l'&#233;dition de 1988.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Queer&lt;/i&gt; (litt&#233;ralement &#171; bizarre, suspect &#187;) a bien &#233;videmment &#233;t&#233; r&#233;habilit&#233; pour des raisons politiques. &lt;i&gt;Faggot&lt;/i&gt; (&#171; p&#233;d&#233; &#187;) s'utilise souvent dans un contexte auto-d&#233;pr&#233;ciatif parmi des hommes gais &#8211; mais son usage tr&#232;s r&#233;pandu et indiff&#233;renci&#233; dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine comme &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; terme &#224; travers lequel les membres de n'importe quel groupe expriment leur m&#233;pris pour les membres d'un autre groupe, et vice-versa, indique &#224; quel point l'homophobie est le d&#233;nominateur commun (qui passe souvent inaper&#231;u) dans des situations de haine et d'agression.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Le terme utilis&#233; dans les textes anglais, &lt;i&gt;ravishing&lt;/i&gt;, d&#233;signe &#224; la fois l'enl&#232;vement et la violence sexuelle [NdT].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh14' id='nb14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;ROSOLATO, Guy, &#171; La voix : entre corps et langage &#187;, in &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de psychanalyse&lt;/i&gt;, Vol. 38, N&#176; 1, 1974, p. 81-82. L'article est cit&#233; par Kaja Silverman qui ajoute le commentaire int&#233;ressant que &#171; la voix maternelle enveloppe non seulement l'enfant d'un voile rassurant et protecteur, elle le baigne &#233;galement dans une m&#233;lodie c&#233;leste dont l'&#233;quivalent terrestre le plus proche est l'op&#233;ra &#187; (SILVERMAN, Kaja, &lt;i&gt;The Acoustic Mirror. The Female Voice in Psychanalysis and Cinema&lt;/i&gt;, Bloomingon, Indiana University Press, 1988, p. 84-85). Le chapitre 3, traitant de &#171; la fantaisie de la voix maternelle &#187;, &#233;tablit l'&#233;tat de la recherche dans ce domaine. Cf. aussi GORBMAN, Claudia, &lt;i&gt;Unheard Melodies. Narrative Film Music&lt;/i&gt;, Bloomington, Indiana University Press, 1987, p. 60-63.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh15' id='nb15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;SILVERMAN, Kaja, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 86.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh16' id='nb16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;BLOOM, Allan, &lt;i&gt;The Closing of the American Mind&lt;/i&gt;, New York, Simon and Schuster/Touchstone, 1987. Version fran&#231;aise : &lt;i&gt;L'&#194;me d&#233;sarm&#233;e&lt;/i&gt;, traduit de l'am&#233;ricain par Paul Alexandre, Paris, Julliard, 1987.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh17' id='nb17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;CASE, Sue-Ellen, &#171; Towards a Butch-Femme Aesthetic &#187;, in HART, Lynda (&#233;d.), &lt;i&gt;Making a Spectacle. Feminist Essays on Contemporary Women's Theatre&lt;/i&gt;, Ann Arbor, University of Michigan Press, 1989, p. 287, 288 &lt;i&gt;et passim&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh18' id='nb18' class='spip_note' title='Notes 18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;DAHLHAUS, Carl, &lt;i&gt;Musikalischer Realismus. Zur Musikgeschichte des 19. Jahrhunderts&lt;/i&gt;, Munich, Piper, 1982. Pour une critique du mod&#232;le dahlhausien, cf. GOSSETT, Philip, &#171; Carl Dahlhaus and the &#8220;Ideal Type&#8221; &#187;, in &lt;i&gt;Nineteenth-Century Music&lt;/i&gt;, Vol. 13, N&#186; 1, 1989, p. 49-56.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh19' id='nb19' class='spip_note' title='Notes 19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;HOFFMANN, E.T.A., &#171; La Musique instrumentale de Beethoven &#187;, in &lt;i&gt;Kreisleriana&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Albert B&#233;guin, pr&#233;face d'Andr&#233; Schaeffner, Paris, Gallimard, 1949, p. 73.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh20' id='nb20' class='spip_note' title='Notes 20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh21' id='nb21' class='spip_note' title='Notes 21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;KINGSBURY, Henry, &lt;i&gt;Music, Talent, and Performance. A Conservatory Cultural System&lt;/i&gt;, Philadelphia, Temple University Press, 1988.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh22' id='nb22' class='spip_note' title='Notes 22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;NETTL, Bruno, &#171; Mozart and the Ethnomusicological Study of Western Culture. An Essay in Four Movements &#187;, in Katherine BERGERON et Philip V. BOHLMAN (&#233;ds.), &lt;i&gt;Disciplining Music. Musicology and its Canons&lt;/i&gt;, Chicago, University of Chicago Press, 1992, p. 137-155.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh23' id='nb23' class='spip_note' title='Notes 23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;SOLOMON, Maynard, &#171; Franz Schubert and the Peacocks of Benvenuto Cellini &#187;, in &lt;i&gt;Nineteenth-Century Music&lt;/i&gt;, Vol. 12, N&#186; 3, 1989, p. 193-206.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh24' id='nb24' class='spip_note' title='Notes 24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;La version originale de l'article pr&#233;sent a paru dans le volume &lt;i&gt;Queering the Pitch. The New Gay and Lesbian Musicology&lt;/i&gt;, &#233;d. par Philip BRETT, Elizabeth WOOD et Gary C. THOMAS, New York, London, Routledge, 1994 ; Brett se r&#233;f&#232;re &#224; l'article de Susan McClary &#171; Constructions of Subjectivity in Schubert's Music &#187;, p. 205-233 [NdT].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh25' id='nb25' class='spip_note' title='Notes 25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;HICKS, Michael, &#171; The Imprisonment of Henry Cowell &#187;, in &lt;i&gt;Journal of the American Musicological Society&lt;/i&gt;, Vol. 44, N&#186; 1, 1991, p. 92-119.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh26' id='nb26' class='spip_note' title='Notes 26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;MASS, Lawrence, &lt;i&gt;Homosexuality as Behavior and Identity. Dialogues of the Sexual Revolution&lt;/i&gt;, Volume II, New York, Haworth Press, 1990, p. 36-54.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh27' id='nb27' class='spip_note' title='Notes 27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Les Henry Wood Promenade Concerts, festival de concerts &#224; forme ouverte transmis chaque &#233;t&#233; par la BBC de l'Albert Hall londonien, n'a pas am&#233;lior&#233; son taux &#233;pouvantablement bas de femmes parmi les compositeurs jou&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh28' id='nb28' class='spip_note' title='Notes 28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;McINTOSH, Mary, &lt;i&gt;art. cit.&lt;/i&gt;, p. 34.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh29' id='nb29' class='spip_note' title='Notes 29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;BLOOM, Allan, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 235. Je remercie Fred Maus de m'avoir encourag&#233; &#224; d&#233;velopper l'id&#233;e du &#171; contrat social &#187; en suivant le sillon de l'analyse que fait Sedgwick de Bloom. SEDGWICK, Eve Kosofsky, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 54-59).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh30' id='nb30' class='spip_note' title='Notes 30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;MILLER, D. A., &lt;i&gt;The Novel and the Police&lt;/i&gt;, Berkeley, University of California Press, 1988, p. 206.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh31' id='nb31' class='spip_note' title='Notes 31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;En commentant &lt;i&gt;Le Dernier Sauvage&lt;/i&gt; de Menotti, Stravinski aurait dit : &#171; L'id&#233;e de la femelle pr&#233;datrice a peut-&#234;tre du potentiel, bien que &#8211; je pense au ballet de Mr. Robbins autour de ce th&#232;me, sur la musique de mon Concerto pour orchestre &#224; cordes &#8211; ce soit surtout vrai pour des compositeurs c&#233;libataires [&lt;i&gt;bachelor composers&lt;/i&gt;] comme Britten, Henze, Tcha&#239;kovski et Menotti. &#187; STRAVINSKI, Igor, CRAFT, Robert, &lt;i&gt;Themes and Episodes&lt;/i&gt;, New York, Alfred A. Knopf, 1967, p. 100-101.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh32' id='nb32' class='spip_note' title='Notes 32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;SEDGWICK, Eve Kosofsky, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 72.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh33' id='nb33' class='spip_note' title='Notes 33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Cf. les &#233;changes entre Howard Rogers et moi-m&#234;me dans la rubrique &#171; Letters &#187; du &lt;i&gt;Musical Times&lt;/i&gt;, Vol. 130, N&#176; 1758, ao&#251;t 1989, p. 450-451, et 131, n&#176; 1763, janvier 1990, p. 10-11. Ce qui m'incita &#224; m'exprimer dans ce cadre, c'&#233;tait l'affirmation de Mr. Rogers, en suivant l'argumentation expliqu&#233;e ci-dessus, &#171; qu'&lt;i&gt;en r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; l'op&#233;ra traite de la crise v&#233;cue par la personnalit&#233; cr&#233;atrice d'Aschenbach, ce n'est pas un guide &#8220;L'homosexualit&#233; facile&#8221; &#187; (je souligne).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh34' id='nb34' class='spip_note' title='Notes 34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Dans un hommage &#224; sa professeure de composition Nadia Boulanger pour le &lt;i&gt;Harper's Magazine&lt;/i&gt;, octobre 1960, p. 49-51, r&#233;&#233;dition in NEULS-BATES,Carol (&#233;d.), &lt;i&gt;Women in Music&lt;/i&gt;, New York, Harper &amp; Row, 1982), Copland d&#233;clare : &#171; Puisqu'elle composait, quoique dans une mesure tr&#232;s restreinte, il faut bon gr&#233;, mal gr&#233; la compter parmi cette cat&#233;gorie peu enviable des compositrices. Tout le monde sait que les brillants exploits des femmes chanteuses ou instrumentalistes n'ont pas d'&#233;quivalent dans le domaine de la composition... Serait-il possible qu'il y ait un &#233;l&#233;ment myst&#233;rieux dans la nature de la cr&#233;ativit&#233; musicale qui n'est pas compatible avec la nature de l'esprit f&#233;minin ? Et pourtant, il y a aujourd'hui plus de compositrices actives que jamais... &#187; (p. 240-242) Britten, qui n'aurait jamais affich&#233; une telle m&#233;chancet&#233; gratuite sous forme imprim&#233;e, traita n&#233;anmoins une grande partie des caract&#232;res f&#233;minins de ses op&#233;ras avec peu de sympathie : cf. McDONALD, Ellen, &#171; Women in Benjamin Britten's Operas &#187;, in &lt;i&gt;Opera Quarterly&lt;/i&gt;, Vol. 4, N&#176; 3, 1986, p. 83-101.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh35' id='nb35' class='spip_note' title='Notes 35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;La domination masculine qui a connu une si grande long&#233;vit&#233; dans le domaine de la composition dans la musique classique occidentale, illustre particuli&#232;rement bien la situation que Greg Bredbeck identifie dans son diagnostique th&#233;orique provocateur de la &#171; p&#233;d(&#233;rast)agogie &#187; (en se basant sur les travaux de David Halperin, Luce Irigaray et Teresa de Lauretis) : &#171; La pr&#233;sence d'un seul genre auto-reproducteur (homme) englobe &#224; la fois la diff&#233;rence des genres et la diff&#233;rence sexuelle. &#187; (BREDBECK, Greg, &#171; Analyzing the Classroom. On the Impossibility of a Queer Pedagogy &#187;, in George E. HAGGERTY et Bonnie ZIMMERMAN (&#233;ds.), &lt;i&gt;Professions of Desire. Lesbian and Gay Studies in Literature&lt;/i&gt;, New York, The Modern Language Association of America, 1995, p. 172.)&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh36' id='nb36' class='spip_note' title='Notes 36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Mon texte &#171; Britten and Grimes &#187; (in &lt;i&gt;Musical Times&lt;/i&gt;, Vol. 118, N&#186; 1618, 1977, p. 955-1000, r&#233;&#233;dition in &lt;i&gt;Benjamin Britten : Peter Grimes&lt;/i&gt;, Cambridge, Cambridge University Press, 1983, p. 180-189), fut pr&#233;sent&#233; pour la premi&#232;re fois &#224; la rencontre de l'American Musicological Society &#224; Washington D.C. en novembre 1976.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh37' id='nb37' class='spip_note' title='Notes 37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;M&#234;me la BBC publie maintenant un beau mensuel illustr&#233; (avec un disque en bonus), le &lt;i&gt;BBC Music Magazine&lt;/i&gt;. Le premier &#233;ditorial (en septembre 1992) attira sp&#233;cialement l'attention sur la rubrique &#171; Shopfront and Diversions &#187;, &#171; qui vous tiendra au courant de nouveaux produits, de l'&#233;ducation musicale, du march&#233; du travail, etc. &#187; (p. 5). La station de radio &#171; Classic FM &#187;, lanc&#233;e &#233;galement en septembre 1992, combine musique classique et un mode de pr&#233;sentation de disc-jockeys britanniques de musique l&#233;g&#232;re (bavardage irr&#233;fl&#233;chi, mots &#233;trangers mal prononc&#233;s) qui est toujours inhabituel aux &#201;tats-Unis, o&#249; les voix affect&#233;es et la prononciation pr&#233;cieuse des animateurs soulignent le caract&#232;re snob et haut-de-gamme du produit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh38' id='nb38' class='spip_note' title='Notes 38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;BARLETT, Neil, &lt;i&gt;Who Was That Man. A Present for Mr. Oscar Wilde&lt;/i&gt;, Londres, Serpent's Tail, 1988, p. 149.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>16. Orph&#233;e baro/queer</title>
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		<description>Cet article propose une analyse &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; de l'un des personnages les plus significatifs de l'op&#233;ra baroque, Orph&#233;e, &#224; travers des oeuvres lyriques de compositeurs comme Peri, Caccini, Monteverdi, Landi, Rossi, Louis Lully, Telemann et Gluck. Dans un premier temps, on observera comment le mat&#233;riau mythique puis&#233; dans Ovide et Virgile est resserr&#233; et moralis&#233; afin de se couler dans les convenances du genre lyrique. La violence &#224; l'encontre des femmes, ou exerc&#233;e par elles, tout comme la bisexualit&#233; d'Orph&#233;e sont voil&#233;es mais subsistent &#224; l'&#233;tat de sous-texte intelligible. Elles servent d'ailleurs &#224; construire Orph&#233;e en tant qu'&#171; homme &#187;, pour reprendre la position de Wittig. Dans cette &#171; technologie du genre &#187; (T. de Lauretis), les d&#233;nouements heureux ou malheureux des op&#233;ras orphiques &#233;clairent les repr&#233;sentations h&#233;t&#233;rosexuelles ou homosexuelles du personnage, depuis le n&#233;o-platonisme de la Renaissance jusqu'aux Lumi&#232;res. Aujourd'hui, les interpr&#233;tations sc&#233;niques de ces op&#233;ras mettent en oeuvre une v&#233;ritable &#171; performance de genre &#187; (J. Butler) de par la multiplicit&#233; des tessitures attribu&#233;es &#224; Orph&#233;e (baryton, t&#233;nor, alto ou soprano castrato, mezzo-soprano f&#233;minin et contre-t&#233;nor) et l'&#233;ventualit&#233; du travesti. L'actuelle comp&#233;tition entre les chanteuses et les chanteurs pour le r&#244;le-titre de l'op&#233;ra de Gluck se fonde sur une m&#233;connaissance de la place des femmes dans les distributions de l'&#233;poque baroque et sur la construction d'un v&#233;ritable mythe &#224; partir de la figure historique du castrat. Quoi qu'il en soit, les op&#233;ras orphiques du r&#233;pertoire offrent encore un terrain propice pour faire entendre des voix subversives.

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/Lully-Louis" rel="tag"&gt;Lully (Louis)&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&quot;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&quot; id=&quot;outil_sommaire&quot;&gt; &lt;div class=&quot;cs_sommaire_inner&quot;&gt; &lt;div class=&quot;cs_sommaire_titre_avec_fond&quot;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&quot;Le mat&#233;riau mythique&quot; href=&quot;http://transposition-revue.org/spip.php?page=backend&amp;lang=fr#le_materiau_mythique&quot;&gt;Le mat&#233;riau mythique&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&quot;La fabrique d&amp;#39;Orph&#233;e&quot; href=&quot;http://transposition-revue.org/spip.php?page=backend&amp;lang=fr#la_fabrique_d_orphee&quot;&gt;La fabrique d'Orph&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&quot;Orph&#233;e plurivoque&quot; href=&quot;http://transposition-revue.org/spip.php?page=backend&amp;lang=fr#orphee_plurivoque&quot;&gt;Orph&#233;e plurivoque&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;sent d&#232;s l'origine du genre de l'op&#233;ra, le personnage d'Orph&#233;e hante le monde lyrique baroque, de Peri &#224; Gluck. Les deux &#339;uvres orphiques les plus jou&#233;es sur nos th&#233;&#226;tres actuellement &#8211; &lt;i&gt;L'Orfeo&lt;/i&gt; de Monteverdi et surtout &lt;i&gt;Orfeo ed Euridice&lt;/i&gt; de Gluck &#8211; ont fix&#233; dans les m&#233;moires l'histoire du po&#232;te-chanteur de Thrace, de son amour fou pour Eurydice et de son chant plus fort que la mort. Pourtant, cette histoire &#224; premi&#232;re vue exemplaire d'un amour conjugal h&#233;t&#233;rosexuel comporte des zones troubles qui participent &#233;galement &#224; son succ&#232;s. Le mythe antique met en r&#233;alit&#233; en sc&#232;ne une guerre des sexes dont la violence a d&#251; &#234;tre &#233;dulcor&#233;e pour les spectacles de l'&#233;poque moderne, sans que le public lettr&#233; d'alors n'en oublie les implications. Chaque r&#233;actualisation lyrique du mythe travaille le mat&#233;riau de la fable pour &#233;laborer, &#224; travers de multiples Orph&#233;es, une repr&#233;sentation des rapports entre sexes, de sexualit&#233;s explicites ou implicites, variable en fonction du contexte culturel et politique, des commanditaires, du lieu de cr&#233;ation. Par ailleurs, le corps m&#234;me des interpr&#232;tes se r&#233;v&#232;le capital dans la repr&#233;sentation sonore de celui qui appara&#238;t comme le chanteur par excellence : cr&#233;&#233; par un &lt;i&gt;alto castrato&lt;/i&gt;, l'Orph&#233;e de Gluck, par exemple, a pu &#234;tre chant&#233;, de 1762 &#224; nos jours, par des hommes et par des femmes, et dans toutes les tessitures. Les m&#233;tamorphoses vocales et corporelles d'Orph&#233;e recouvrent de puissants enjeux dont il s'agira ici d'esquisser quelques traits.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour mettre en perspective dramaturgie et sc&#233;nographie, personnage musico-textuel et &#171; corps sonore &#187; de l'interpr&#232;te, pour interroger la construction d'Orph&#233;e comme paradigme de l'&#171; homme &#187; chanteur mais diffract&#233; en multiples variables sexuelles et perform&#233; par des voix diverses &#8211; dont des voix de femmes &#8211;, une approche par le biais de la th&#233;orie &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, dans une perspective f&#233;ministe, m'a sembl&#233;e heuristique. Si elle peut para&#238;tre parfois anachronique, notamment dans la terminologie [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Si la pens&#233;e queer &#8216;provoque' au sens &#233;tymologique o&#249; elle &#8216;invite &#224; sortir' (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;], elle permet de mettre &#224; jour ce qu'il y a d'&#233;trange (de &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;) dans les op&#233;ras baroques [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='&#171; Baroque &#187; veut dire &#171; bizarre &#187;, donc queer...' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;] et dans leurs mises en sc&#232;ne actuelles : une tension particuli&#232;rement visible ici entre les repr&#233;sentations h&#233;t&#233;ronorm&#233;es et androcentr&#233;es et les subversions de la norme, tension qui conf&#232;re au spectacle lyrique une part secr&#232;te de sa s&#233;duction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il s'agira d'abord d'analyser les diverses interpr&#233;tations du mat&#233;riau mythique dont se sont inspir&#233;s librettistes et compositeurs. D'un op&#233;ra &#224; l'autre, Orph&#233;e est fa&#231;onn&#233; en tant qu'&#171; homme &#187; par ses relations aux autres personnages de l'intrigue (Eurydice, Arist&#233;e, les Bacchantes). Son orientation sexuelle est mise en lumi&#232;re par les diff&#233;rentes repr&#233;sentations possibles de sa fin (sa vie et sa mort apr&#232;s la perte de son &#233;pouse), une simple transposition des r&#233;cits antiques &#233;tant impossible &#224; l'&#233;poque moderne, pour des raisons tant esth&#233;tiques que morales. Dans ces distorsions cr&#233;atives, on peut d&#233;celer une v&#233;ritable &#171; technologie du genre &#187; (pour reprendre le terme appliqu&#233; au cin&#233;ma par Teresa de Lauretis) [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir DE LAURETIS, Teresa, &#171; La technologie du genre &#187; et &#171; Culture populaire, (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;], une production culturelle qui par le biais d'images, de personnages et d'actions qu'elle met en sc&#232;ne contribue &#224; construire les rapports sociaux de sexe des spectatrices et spectateurs, &#224; fabriquer du &#171; genre &#187;. Cette technologie est &#224; l'&#339;uvre tant dans le po&#232;me, l'intrigue et la dramaturgie des op&#233;ras que dans la musique elle-m&#234;me : la tessiture d'un personnage d&#233;fini comme le chanteur par excellence ne peut &#234;tre que d&#233;terminante et conditionner largement, selon les lieux et les &#233;poques, la repr&#233;sentation d'Orph&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; cette approche historique se superposera celle des interpr&#233;tations actuelles des op&#233;ras orphiques baroques, principalement sur le plan des distributions vocales. On peut analyser en termes de &#171; performance de genre &#187; (selon l'expression de Judith Butler) [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir BUTLER, Judith, Trouble dans le genre. Le F&#233;minisme et la subversion de (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;] les incarnations diverses de la masculinit&#233; complexe d'Orph&#233;e, tant par des hommes que par des femmes. Les r&#244;les con&#231;us par un Rossi ou par un Gluck pour des castrats ne seront pas interpr&#233;t&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on par une femme travestie (mezzo-soprano) ou par un homme (contre-t&#233;nor). Le sexe des interpr&#232;tes, leur tessiture, leur costume, leur gestique infl&#233;chiront l'intrigue premi&#232;re des op&#233;ras orphiques et orienteront leur r&#233;ception.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Aujourd'hui comme hier, l'histoire d'Orph&#233;e, comme toute celle de l'op&#233;ra dont il semble l'all&#233;gorie, est-elle bien toujours celle de la &#171; d&#233;faite des femmes &#187; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='CL&#201;MENT, Catherine, L'Op&#233;ra ou la d&#233;faite des femmes, Paris, Grasset, (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;] pour reprendre le titre de Catherine Cl&#233;ment ? Contribue-t-elle &#224; cette d&#233;faite en la repr&#233;sentant inlassablement dans une &#171; technologie du genre &#187; qu'il est ais&#233; de percer &#224; jour ? Ou peut-on d&#233;celer dans les &#171; performances de genre &#187; actuelles d'autres intrigues et d'autres r&#233;cits ? Telle est la question que la figure inaugurale et plurivoque d'Orph&#233;e nous invite &#224; soulever.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot; id=&quot;le_materiau_mythique&quot;&gt;&lt;a title=&quot;Sommaire&quot; href=&quot;http://transposition-revue.org/spip.php?page=backend&amp;lang=fr#outil_sommaire&quot; class=&quot;sommaire_ancre&quot;&gt; &lt;/a&gt;Le mat&#233;riau mythique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les principales sources des op&#233;ras orphiques que sont les &lt;i&gt;G&#233;orgiques&lt;/i&gt; de Virgile et les &lt;i&gt;M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt; d'Ovide [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='VIRGILE, Les G&#233;orgiques, trad. Maurice Rat, Paris, Garnier-Flammarion, 1967, (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;] ne se bornent pas &#224; narrer l'&#233;pisode du voyage aux Enfers et de l'&#233;chec du chantre thrace dans sa tentative d'en ramener son &#233;pouse : il faut relire les r&#233;cits complets des deux po&#232;tes latins, notamment en ce qui concerne la mort d'Eurydice et celle d'Orph&#233;e, pour comprendre le travail de reconstruction du mythe dans les op&#233;ras baroques et l'impact du texte et du sous-texte, de ce qui est choisi et de ce qui est tu.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eurydice succombe brutalement &#224; la morsure d'un serpent peu apr&#232;s ses noces, mais cette mort, selon Virgile, n'est pas accidentelle : c'est en fuyant l'apiculteur Arist&#233;e, qui la poursuivait pour la violer, que la nymphe s'approcha sans y prendre garde d'une hydre hantant le fleuve qu'elle longeait. Le couple Orph&#233;e-Eurydice s'&#233;largit ainsi en relation triangulaire, laquelle s'inscrit dans un cycle du miel dont Arist&#233;e est le h&#233;ros [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='D&#201;TIENNE, Marcel, &#171; Orph&#233;e au miel &#187;, in Quaderni Urbinati di Cultura Classica, (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]. En insistant sur le tort fait par Arist&#233;e &#224; Orph&#233;e, Virgile s'int&#233;resse aux protagonistes masculins et laisse au second plan Eurydice dont le point de vue n'est pas &#233;voqu&#233;. La nymphe est pourtant la victime des deux hommes : elle meurt une premi&#232;re fois suite &#224; la violence d'Arist&#233;e, une seconde fois par l'incapacit&#233; d'Orph&#233;e (acc&#232;s de folie chez Virgile, manque de confiance, chez Ovide) &#224; se contenir pour se soumettre aux conditions des divinit&#233;s infernales et la sauver.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s la perte d&#233;finitive d'Eurydice, Orph&#233;e renonce aux femmes et se retire dans des contr&#233;es sauvages, o&#249; il charme par son chant les b&#234;tes et les arbres. Ovide le pr&#233;sente comme l'inventeur de l'homosexualit&#233; masculine, ou &#224; tout le moins comme celui qui introduisit en Thrace cette forme de sexualit&#233;. C'est la seconde face, plus ou moins voil&#233;e &#224; l'&#233;poque baroque mais bien pr&#233;sente dans les esprits, de la sexualit&#233; d'Orph&#233;e : le mari constant passionn&#233;ment attach&#233; &#224; une seule femme devient l'amant de jeunes gar&#231;ons puis, toujours selon Ovide, retrouve apr&#232;s sa mort et pour toujours Eurydice au royaume des ombres. Appara&#238;t alors un Orph&#233;e bisexuel, un Orph&#233;e &#224; la sexualit&#233; changeante selon les vicissitudes de sa vie.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Virgile et Ovide &#233;voquent enfin la vengeance collective des femmes : les nymphes compagnes d'Eurydice font mourir les abeilles d'Arist&#233;e tandis que les M&#233;nades, pour punir Orph&#233;e de son d&#233;dain des femmes, le lapident, le d&#233;p&#232;cent et dispersent ses membres. La t&#234;te et la lyre du chantre thrace roulent dans les flots de l'H&#232;bre, pleurant encore, la premi&#232;re &#233;chouant sur le rivage de Lesbos devenue depuis terre de po&#233;sie, la seconde m&#233;tamorphos&#233;e en une constellation selon une tradition rapport&#233;e par Hygin dans ses &lt;i&gt;Astronomica&lt;/i&gt;. La description de la mort d'Orph&#233;e chez Ovide est particuli&#232;rement impressionnante en ce qu'elle oppose deux mondes sonores, l'un apollinien, l'autre dionysiaque. Tant que le fils d'Apollon chante en s'accompagnant de sa lyre, les projectiles des Bacchantes ne peuvent l'atteindre. Mais lorsque les cris, les frappements de mains, les tambourins et les fl&#251;tes de ses adversaires couvrent le chant d'Orph&#233;e, la magie cesse et il reste d&#233;sarm&#233;. C'est cependant l'image du chanteur solitaire et victorieux, s'accompagnant de sa lyre aux portes des Enfers, qui reste principalement dans les versions lyriques du mythe d'Orph&#233;e, et non cette &#171; m&#233;lomachie &#187; le montrant vaincu par une musique collective, f&#233;minine et principalement percussive.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour finir, Ovide rapporte la punition des Bacchantes par Bacchus lui-m&#234;me, qui les m&#233;tamorphose en arbres. Par une collusion &#233;trange, Bacchus prend le parti du chanteur apollinien et inflige &#224; ses meurtri&#232;res le sort r&#233;serv&#233; &#224; Daphn&#233;, transform&#233;e en laurier alors qu'elle fuyait, telle Eurydice fuyant Arist&#233;e, la violence sexuelle d'Apollon. Tandis que les dieux m&#226;les Bacchus et Apollon font cause commune, les mortelles, poursuivies comme poursuivantes, se trouvent r&#233;unies en une m&#234;me malheureuse destin&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le lien entre les deux r&#233;cits n'est pas fortuit : fils d'Apollon, Orph&#233;e est repr&#233;sent&#233; comme lui avec une couronne de lauriers, accompagnant son chant &#224; la lyre ou &#224; la cithare, au point qu'il est parfois difficile de les distinguer dans l'iconographie. Ce n'est donc pas un hasard si les premiers op&#233;ras rapprochent les deux mythes : souhaitant &#233;voquer le pouvoir surnaturel de la musique, dans les deux premiers livrets de l'histoire, Ottavio Rinuccini fournit au chanteur-compositeur Jacopo Peri, d&#232;s 1598, une &lt;i&gt;Dafne&lt;/i&gt; (dont la musique est perdue) puis une &lt;i&gt;Euridice&lt;/i&gt;, cr&#233;&#233;e &#224; Florence en 1600 pour les f&#234;tes du mariage de Marie de M&#233;dicis et d'Henri IV. Ces textes furent &#233;galement mis en musique par Marco da Gagliano (&lt;i&gt;Dafne&lt;/i&gt;, 1608) et par Giulio Caccini (&lt;i&gt;Euridice&lt;/i&gt;, publi&#233;e en 1600) et inspir&#232;rent Alessandro Striggio et Claudio Monteverdi pour leur &lt;i&gt;Orfeo&lt;/i&gt; mantouan de 1607.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot; id=&quot;la_fabrique_d_orphee&quot;&gt;&lt;a title=&quot;Sommaire&quot; href=&quot;http://transposition-revue.org/spip.php?page=backend&amp;lang=fr#outil_sommaire&quot; class=&quot;sommaire_ancre&quot;&gt; &lt;/a&gt;La fabrique d'Orph&#233;e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pour chacun des nombreux op&#233;ras orphiques de l'&#233;poque baroque, depuis l'&lt;i&gt;Euridice &lt;/i&gt;de Peri (1600) jusqu'&#224; l'&lt;i&gt;Orfeo ed Euridice &lt;/i&gt;de Gluck (1762) [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='STERNFELD, Frederick, &#171; Orpheus, Ovid and Opera &#187;, in Journal of the Royal (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;], le mat&#233;riau mythique est soumis &#224; un certain nombre d'op&#233;rations : choix entre les diff&#233;rentes versions des &#233;pisodes, focalisation sur certains moments du r&#233;cit, transformation ou r&#233;&#233;laboration du d&#233;nouement. Il s'agit en premier lieu de &#171; moraliser &#187; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour reprendre le titre de l'Ovide moralis&#233;, anonyme du d&#233;but du XIVe si&#232;cle (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;] le mat&#233;riau antique : Orph&#233;e, revu au filtre du n&#233;o-platonisme d'un Marsile Ficin ou de la franc-ma&#231;onnerie des Lumi&#232;res, devient une all&#233;gorie : descendu aux Enfers comme le Christ, d&#233;membr&#233; comme Osiris, Orph&#233;e est un sage et un proph&#232;te, soumettant la nature par son chant. L'homosexualit&#233; d'Orph&#233;e doit correspondre &#224; une &#233;thique misogyne propre &#224; l'humanisme de la Renaissance et du premier baroque ou, au contraire, &#234;tre soigneusement censur&#233;e. Une autre op&#233;ration consiste &#224; passer de la narration po&#233;tique &#224; la repr&#233;sentation sc&#233;nique : l'incarnation par des corps chantants, mais aussi les contraintes dramaturgiques (pr&#233;sence ou absence d'un personnage, fonction du ch&#339;ur, efficacit&#233; sc&#233;nique du d&#233;nouement), les apports d'autres genres th&#233;&#226;traux &#8211; la pastorale pour les premiers op&#233;ras toscans, la tragi-com&#233;die pour les spectacles du XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la trag&#233;die classique fran&#231;aise pour le &lt;i&gt;dramma per musica&lt;/i&gt; du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. En outre, un r&#233;seau intertextuel serr&#233; relie tous ces spectacles. L'&lt;i&gt;Euridice&lt;/i&gt; de Rinuccini et Peri trouve ses racines dans de nombreux interm&#232;des de cour convoquant le chantre thrace, au premier chef &lt;i&gt;La Fabula di Orfeo &lt;/i&gt;de Politien, jou&#233;e &#224; Mantoue lors d'un banquet en 1480 [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='PIRROTTA, Nino, POVOLEDO, Elena, Li due Orfei : da Poliziano a Monteverdi, (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]. L'&lt;i&gt;Euridice &lt;/i&gt;elle-m&#234;me servira de mod&#232;le aux op&#233;ras suivants, qui proposeront des variations multiples autour des potentialit&#233;s lyriques du mythe, chaque mise en sc&#232;ne, chaque mise en musique produisant un nouvel Orph&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; travers ces processus de moralisation, de dramatisation, d'intertextualit&#233;, la fabrique d'Orph&#233;e est &#224; la fois production d'un personnage d'op&#233;ra et production de l'all&#233;gorie m&#234;me de l'op&#233;ra, tant la figure du chanteur thrace est li&#233;e &#224; l'origine du genre lyrique. On pourra s'interroger sur cette production d'une figure masculine (dont la sexualit&#233;, le sexe m&#234;me, sont red&#233;finis par chacune de ses re-pr&#233;sentations) et du r&#233;seau de relations complexes que celle-ci entretient avec les personnages f&#233;minins pr&#233;sents dans l'intrigue (Eurydice, les Bacchantes). C'est en effet &#224; travers ces relations aux &#171; femmes &#187; qu'Orph&#233;e se constitue en tant qu'&#171; homme &#187;. Car, pour citer Monique Wittig, &#171; &#8220;les femmes&#8221; et &#8220;les hommes&#8221; sont le r&#233;sultat de relations &#187; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='WITTIG, Monique, La Pens&#233;e straight, Paris, Balland, 2001, p. (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;], de discours, de repr&#233;sentations, qui fondent et reproduisent une hi&#233;rarchie et une domination. Ils n'existent pas en dehors de cette relation violente. C'est donc par ses marges que nous allons aborder la figure plurivoque d'Orph&#233;e, c'est &#224; dire du point de vue des personnages qui l'entourent.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;1. &#192; qui profite la mort d'Eurydice ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Commen&#231;ons par la mort d'Eurydice. La version virgilienne rendant Arist&#233;e responsable de ce d&#233;c&#232;s n'est pas toujours reprise, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne reste pas dans les m&#233;moires, d'autant que le fatal &#233;v&#233;nement a g&#233;n&#233;ralement lieu hors-sc&#232;ne, pr&#233;sent&#233; sous la forme d'un r&#233;cit, afin de ne pas contrevenir aux r&#232;gles th&#233;&#226;trales de l'&#233;poque qui interdisaient la repr&#233;sentation de la mort en sc&#232;ne. Ainsi, dans l'&lt;i&gt;Euridice &lt;/i&gt;de Rinuccini et Peri, la messag&#232;re qui d&#233;crit Eurydice dansant sur la prairie au milieu de ses compagnes avant d'&#234;tre mordue par un serpent se nomme Dafne, et ce nom suffit &#224; superposer &#224; l'image bucolique du livret celle d'une poursuite mortelle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Arist&#233;e appara&#238;t cependant dans l'&lt;i&gt;Orfeo &lt;/i&gt;de Francesco Buti et Luigi Rossi, cr&#233;&#233; &#224; Paris en 1647. Dans cette &lt;i&gt;tragicomedia&lt;/i&gt; en trois actes de style romain accumulant dans un spectacle grandiose sc&#232;nes comiques et &#233;pisodes path&#233;tiques, la mort d'Eurydice n'intervient qu'&#224; la fin du second acte. De nombreuses sc&#232;nes sont consacr&#233;es aux plaintes du berger &#233;conduit, moqu&#233; par son confident le Satyre et soutenu par V&#233;nus qui se d&#233;guise m&#234;me en vieille femme pour tenter de d&#233;voyer Eurydice. L'Arist&#233;e virgilien est scind&#233; en deux personnages : le berger et le Satyre, le premier pr&#233;sent&#233; comme un amoureux respectueux, le second poursuivant Eurydice pour l'enlever (avec l'assentiment et pour le compte d'Arist&#233;e) et causant ainsi sa mort. La violence sexuelle d'Arist&#233;e prend ici la forme monstrueuse du Satyre. Cependant, c'est &#224; Arist&#233;e que l'ombre irrit&#233;e d'Eurydice reprochera sa triste destin&#233;e et c'est lui, dans la version de Buti, qu'elle poussera &#224; la folie et au suicide [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='Plus que dans les paroles chant&#233;es, c'est dans le synopsis distribu&#233; aux (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un avatar inattendu d'Arist&#233;e appara&#238;t dans la trag&#233;die en musique fran&#231;aise que Louis Lully (fils de Jean-Baptiste Lully) composa sur un livret de Michel Du Boullay en 1690 et qui connut un &#233;chec complet &#224; l'Acad&#233;mie royale de musique de Paris. Le livret fut repris par Georg Philipp Telemann en 1726, &#224; Hambourg, sous le titre &lt;i&gt;Die wunderbare Best&#228;ndigkeit der Liebe : oder Orpheus&lt;/i&gt; [&lt;i&gt;Orph&#233;e ou la Merveilleuse constance de l'amour&lt;/i&gt;], dans une version plurilingue int&#233;grant &#224; la traduction allemande de Du Boullay des passages en fran&#231;ais et en italien, selon la tradition en vigueur au Theater am G&#228;nsemarkt [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='TELEMANN, Georg Philipp, Die wunderbare Best&#228;ndigkeit der Liebe : oder (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]. Coulant le mythe dans la structure de l'op&#233;ra fran&#231;ais, o&#249; g&#233;n&#233;ralement les amours d'un jeune couple sont contr&#233;es par de puissants rivaux, Du Boullay a imagin&#233; une reine de Thrace nomm&#233;e Orasie, amoureuse d'Orph&#233;e et quelque peu sorci&#232;re. Model&#233;e sur l'arch&#233;type du personnage f&#233;minin &#171; &#224; baguette &#187; &#8211; emploi courant dans la trag&#233;die &#8211; qu'est la M&#233;d&#233;e du &lt;i&gt;Th&#233;s&#233;e&lt;/i&gt; de J.-B. Lully [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='footnote' title='LEGRAND, Rapha&#235;lle, &#171; Baguettes et mouchoirs : les h&#233;ro&#239;nes des trag&#233;dies en (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;], Orasie suscite contre Eurydice un serpent mortel. Ce transfert de la culpabilit&#233; d'Arist&#233;e sur un personnage f&#233;minin [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='footnote' title='Probablement r&#233;miniscence de l'op&#233;ra de Buti et Rossi, o&#249; le serpent avait &#233;t&#233; (...)' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;] trouve un &#233;cho euph&#233;mis&#233; dans le sort de Silvia, messag&#232;re de &lt;i&gt;L'Orfeo&lt;/i&gt; de Monteverdi et qui, pleine de remords d'avoir annonc&#233; la fatale nouvelle, se mue en oiseau nocturne et se voue &#224; la p&#233;nitence au fond d'une caverne.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Orfeo ed Euridice&lt;/i&gt; de Calzabigi et Gluck, on ne sait de quoi Eurydice p&#233;rit, mais cette mort, la descente aux Enfers et la tentative infructueuse d'Orph&#233;e de sauver son &#233;pouse prennent la couleur d'une &#233;preuve quasi-ma&#231;onnique. Au premier acte, tout en incitant Orph&#233;e &#224; partir pour le royaume des morts, l'Amour lui impose d&#233;j&#224; des conditions (ne pas regarder Eurydice, ne pas parler, contenir ses d&#233;sirs), et c'est l'Amour encore, au d&#233;nouement, qui, ressuscitant Eurydice, d&#233;clare &#224; Orph&#233;e qu'il a suffisamment souffert pour prouver sa constance.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Estomp&#233;es ou euph&#233;mis&#233;es, les circonstances violentes de la premi&#232;re mort d'Eurydice perdurent sous la forme d'une culpabilit&#233; plus ou moins identifi&#233;e dont il s'agit de d&#233;charger Arist&#233;e pour la faire assumer &#224; des personnages non-&#171; hommes &#187; : monstre semi-animal (le Satyre), &#171; femmes &#187; (Orasie, Silvie) ou dieux sages &#233;prouvant Orph&#233;e pour son bien. L'&#171; homme &#187; Orph&#233;e ne se construit plus dans la relation triangulaire virgilienne o&#249; la question de la mort d'Eurydice devait se r&#233;gler entre &#171; hommes &#187; dont l'un avait &#233;t&#233; d&#233;poss&#233;d&#233; par l'autre de son bien (&lt;i&gt;sa &lt;/i&gt;&#171; femme &#187;) et que l'on pouvait apaiser avec une contrepartie (des sacrifices). Il se construit, gr&#226;ce &#224; cette mort parfaitement instrumentalis&#233;e, dans sa d&#233;cision d'aller chercher Eurydice aux Enfers et la mise &#224; l'&#233;preuve du pouvoir de son chant sur le royaume des ombres. C'est la mort violente d'Eurydice (et dont la violence est autant que possible d&#233;masculinis&#233;e) qui nourrit cette part de la masculinit&#233; d'Orph&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;2. Eurydice parle ou se tait&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y aurait beaucoup &#224; dire sur la pr&#233;sence ou l'absence d'Eurydice dans les op&#233;ras orphiques : dans &lt;i&gt;L'Orfeo&lt;/i&gt; de Striggio et Monteverdi, elle est pr&#233;sente au premier acte et ne r&#233;appara&#238;t fugitivement qu'au cinqui&#232;me. Dans &lt;i&gt;Orfeo ed Euridice&lt;/i&gt; de Calzabigi et Gluck, on ne l'aper&#231;oit qu'&#224; la fin du deuxi&#232;me acte et elle ne chante qu'au troisi&#232;me et dernier acte. Si dans l'&lt;i&gt;Orfeo&lt;/i&gt; de Buti et Rossi le personnage est r&#233;ellement autonome (montr&#233; dans ses effusions avec Orph&#233;e comme dans ses d&#233;m&#234;l&#233;s avec Arist&#233;e, assumant personnellement sa vengeance en revenant tourmenter son tourmenteur et le pousser au suicide), si dans &lt;i&gt;Orph&#233;e&lt;/i&gt; de Du Boullay et Louis Lully Eurydice meurt dans les bras d'Orph&#233;e apr&#232;s de longs adieux (model&#233;s sur ceux d'&lt;i&gt;Alceste&lt;/i&gt; de Quinault et J.-B. Lully), il s'agit l&#224; d'exceptions. La pesante absence d'Eurydice, renforc&#233;e par sa mort hors-sc&#232;ne, souligne le manque pour Orph&#233;e et semble &#224; certains moments r&#233;duire la jeune femme &#224; un pur fantasme. Il faut cependant &#233;couter Eurydice lorsqu'elle parle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Eurydice amoureuse est d'abord celle qui trouve sa joie &#224; &#233;couter le chant d'Orph&#233;e (&lt;i&gt;Euridice&lt;/i&gt; de Rinuccini et Peri) ou m&#234;me seulement &#224; contempler le bonheur d'Orph&#233;e (&lt;i&gt;L'Orfeo&lt;/i&gt; de Striggio et Monteverdi), comme on peut l'entendre dans les sc&#232;nes initiales de ces premiers op&#233;ras. Si dans l'&lt;i&gt;Orfeo&lt;/i&gt; de Buti et Rossi elle exprime clairement son d&#233;sir pour son futur &#233;poux, elle appara&#238;t souvent comme un personnage totalement subordonn&#233; et dont la subordination participe &#224; la construction d'Orph&#233;e en tant qu'&#171; homme &#187;. N&#233;anmoins, la repr&#233;sentation sc&#233;nique lui donne n&#233;cessairement plus de chair que les narrations antiques, o&#249; l'on entend &#224; peine sa voix. Que dit Eurydice lors de l'&#233;chec d'Orph&#233;e, lorsqu'elle meurt pour la seconde fois ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Chez Virgile, Eurydice reproche &#224; Orph&#233;e l'acc&#232;s de folie qui l'a fait se retourner vers elle ; chez Ovide, elle ne se plaint pas, ne peut pas se plaindre, souligne le po&#232;te, d'avoir &#233;t&#233; trop aim&#233;e. C'est cette perspective que reprennent Striggio et Monteverdi, Du Boullay et Louis Lully. Chez ces auteurs, Orph&#233;e se retourne car il n'entend pas Eurydice le suivre (l'Orph&#233;e de Monteverdi est en outre tenaill&#233; par le d&#233;sir sexuel). C'est le silence d'Eurydice qui le remplit de doute et le force &#224; chercher &#224; la voir. Chez Calzabigi et Gluck, c'est tout l'inverse. L'Eurydice des Lumi&#232;res est bien l&#224; et parle trop. Elle n'est plus subordonn&#233;e, mais ses initiatives &#8211; in-subordonn&#233;es justement &#8211; sont catastrophiques : par son incompr&#233;hension, ses questions, sa jalousie, la v&#233;ritable sc&#232;ne qu'elle fait &#224; Orph&#233;e, sa faiblesse (elle s'&#233;vanouit presque de douleur), elle oblige le chanteur &#224; commettre l'irr&#233;parable. C'est elle qui assume la responsabilit&#233; de l'&#233;chec d'Orph&#233;e et l'en d&#233;charge du m&#234;me coup. Les d&#233;fauts de cette Eurydice la construisent en tant que &#171; femme &#187; et construisent par contraste Orph&#233;e en tant qu'&#171; homme &#187;, dans un m&#234;me mouvement de repr&#233;sentation de la diff&#233;rence sexuelle, forc&#233;ment hi&#233;rarchis&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;3. Orph&#233;e &#171; h&#233;t&#233;rosexuel &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Int&#233;ressons-nous maintenant aux d&#233;nouements des op&#233;ras orphiques que les librettistes ont imagin&#233;s en usant avec libert&#233; du mat&#233;riau h&#233;t&#233;rog&#232;ne des sources antiques &#8211; d&#233;membrement d'Orph&#233;e par les Bacchantes, apoth&#233;ose de sa lyre, retrouvailles avec Eurydice dans le monde des morts &#8211; et en optant, selon les cas, pour le &lt;i&gt;lieto fine&lt;/i&gt; ou la catastrophe tragique. En effet, la fonction t&#233;l&#233;ologique du d&#233;nouement construit les personnages qui y trouvent, dans tous les sens du terme, leur fin. Tout comme sa relation aux autres personnages du mythe, la fin d'Orph&#233;e le construit en tant qu'&#171; homme &#187;. Mais au-del&#224; de cette coh&#233;rence dramaturgique interne, il ne faut pas oublier que le d&#233;nouement d'un spectacle aussi dispendieux v&#233;hicule &#233;galement les intentions de ses commanditaires. La fin d'Orph&#233;e est porteuse de signification politique. Enfin, si l'on poursuit l'id&#233;e d'une all&#233;gorie de l'op&#233;ra lui-m&#234;me &#224; travers ce personnage, la fin d'Orph&#233;e est &#233;galement une repr&#233;sentation de la finalit&#233; du genre lyrique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Compos&#233;e pour des noces royales, l'&lt;i&gt;Euridice&lt;/i&gt; de Rinuccini et Peri contrevient &#224; la tradition mythique pour finir par l'heureuse r&#233;union des deux protagonistes, dans le cadre bucolique qu'il-elle avaient quitt&#233;. De ce mariage florentin de la trag&#233;die grecque r&#234;v&#233;e par les humanistes et de la pastorale dramatique, na&#238;t une figure masculine victorieuse, dont les exploits sont couronn&#233;s par le mariage. Ce paradigme des op&#233;ras baroques &#233;rige un &#171; homme &#187; exceptionnel en figure centrale de l'op&#233;ra, un &#171; homme &#187; constitu&#233; comme tel par sa vaillance et par l'obtention d'une &#171; femme &#187; d&#233;sir&#233;e (&#224; l'inverse de l'op&#233;ra romantique b&#226;ti sur la mort finale de l'h&#233;ro&#239;ne). Ce mod&#232;le s'affine au si&#232;cle suivant &#224; travers la r&#233;forme m&#233;tastasienne et les figures princi&#232;res, valeureuses et vertueuses, qu'elle hypostasie. &#192; ce titre, &lt;i&gt;Orfeo ed Euridice&lt;/i&gt; de Calzabigi et Gluck, cr&#233;&#233; pour la f&#234;te de l'empereur Fran&#231;ois Ier, &#233;poux de l'imp&#233;ratrice Marie-Th&#233;r&#232;se, se situe dans la tradition trac&#233;e par Rinuccini et Peri : si l'&#339;uvre renouvelle l'esth&#233;tique de l'op&#233;ra, sa fonction reste bien celle d'un spectacle baroque, et l'amour conjugal dont elle fait l'&#233;loge r&#233;pond parfaitement &#224; la morale pr&#233;conis&#233;e par Marie-Th&#233;r&#232;se.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Orph&#233;e moralis&#233;, Orph&#233;e h&#233;t&#233;rocentr&#233;, Orph&#233;e exemplaire : si l'Orph&#233;e de Peri est plus solaire, celui de Gluck plus fragile (allant au bout du d&#233;sespoir et sauv&#233; &lt;i&gt;in extremis&lt;/i&gt; par l'Amour), ces Orph&#233;es sont forg&#233;s par la r&#233;ussite de leur catabase : revenus des profondeurs de l'Averne, ayant r&#233;cup&#233;r&#233; la jouissance de leur propri&#233;t&#233; (leur &#171; femme &#187;), la &#171; technologie du genre &#187; qui les produit &#233;rige le couple h&#233;t&#233;rosexuel &#8211; in&#233;gal, dissym&#233;trique et hi&#233;rarchis&#233; &#8211; en mod&#232;le soci&#233;tal et en image du bonheur terrestre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;4. Orph&#233;e &#171; homosexuel &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les d&#233;clamations misogynes et les inventions p&#233;d&#233;rastiques de l'Orph&#233;e ovidien ne sont pas pour autant absentes des spectacles baroques, les premi&#232;res parfaitement explicites, les secondes n&#233;cessairement plus voil&#233;es. Dans la bouche d'Orph&#233;e, le d&#233;nigrement des femmes et le renoncement &#224; leur amour peuvent g&#233;n&#233;rer plusieurs lectures parall&#232;les : le&#231;on chr&#233;tienne de continence, sublimation n&#233;o-platonicienne ou &#233;loge implicite de l'amour des gar&#231;ons. Mais quel d&#233;nouement choisir alors ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;H&#233;ritier de &lt;i&gt;La Fabula di Orfeo&lt;/i&gt; de Politien, o&#249; la r&#233;f&#233;rence &#224; l'homosexualit&#233; est explicite, l'op&#233;ra de Striggio et Monteverdi explore successivement deux d&#233;nouements. La version initiale, repr&#233;sent&#233;e en 1607 &#224; Mantoue et dont t&#233;moigne seul le livret (intitul&#233; &lt;i&gt;La Favola d'Orfeo&lt;/i&gt;), convoque des Bacchantes acharn&#233;es &#224; la perte d'Orph&#233;e. La version de la partition publi&#233;e en 1609 (intitul&#233;e &lt;i&gt;L'Orfeo&lt;/i&gt;) fait appara&#238;tre Apollon, venu apprendre &#224; son fils la sublimation de sa douleur et de sa col&#232;re. La bifurcation de l'intrigue se situe exactement apr&#232;s la tirade misogyne d'Orph&#233;e (&#171; Or, les autres femmes sont orgueilleuses et perfides [&#8230;] &#187;) qui se conclut par son renoncement &#224; l'amour des femmes (&#171; Qu'aucune des fl&#232;ches d'or d&#233;coch&#233;es par Amour/ Ne fasse jamais succomber mon c&#339;ur pour des femmes si viles &#187; [&lt;a href='#nb16' class='spip_note' rel='footnote' title='Traduction fran&#231;aise de Claudio Mancini, Elisabetta Soldini et Denis (...)' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;]).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;nouement apollinien de &lt;i&gt;L'Orfeo&lt;/i&gt;, celui de la partition, peut &#234;tre lu comme une le&#231;on de d&#233;tachement des passions terrestres. Enlev&#233; par son p&#232;re sur une machine en forme de nuage, Orph&#233;e se pr&#233;pare &#224; confondre son chant &#224; celui de l'harmonie universelle. Son apoth&#233;ose rappelle &#224; la fois l'ascension du Christ et l'enl&#232;vement de Ganym&#232;de par Jupiter &#224; des fins moins &#233;th&#233;r&#233;es (chez Ovide, c'est Orph&#233;e qui chante la destin&#233;e du jeune homme aim&#233; par le souverain de l'Olympe). Quoi qu'il en soit, ce d&#233;nouement propose une fabrique de l'&#171; homme &#187; Orph&#233;e dans une configuration purement masculine, androcentr&#233;e et homocentr&#233;e, fond&#233;e sur la disparition d'Eurydice. Rappelons que l'op&#233;ra de Striggio et Monteverdi a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; devant un public masculin et que les dames de Mantoue ne furent convi&#233;es qu'&#224; la seconde repr&#233;sentation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;nouement originel conserv&#233; dans le livret, celui de &lt;i&gt;La Favola d'Orfeo&lt;/i&gt;, indique l'homosexualit&#233; d'Orph&#233;e : l'irruption de la troupe vengeresse des Bacchantes suffit &#224; rappeler son m&#233;pris des femmes et, par une synecdoque discutable, son amour des hommes (mais l'un peut impliquer l'autre dans un contexte misogyne). Certes la mort d'Orph&#233;e n'est &#233;voqu&#233;e ni sur la sc&#232;ne, ni hors-sc&#232;ne. Le chanteur s'&#233;loigne en voyant venir les Bacchantes, qui, remettant leur vengeance &#224; plus tard, concluent l'op&#233;ra par un joyeux hymne &#224; Bacchus. Ni &#171; m&#233;lomachie &#187; entre le chant d'Orph&#233;e et celui des Bacchantes, ni mise &#224; mort [&lt;a href='#nb17' class='spip_note' rel='footnote' title='La moresca qui cl&#244;t la partition de L'Orfeo est peut-&#234;tre issue du d&#233;nouement (...)' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;]. La &#171; technologie du genre &#187; ici &#224; l'&#339;uvre, tout en euph&#233;misant la violence f&#233;minine, montre la rupture entre un &#171; homme &#187; et des &#171; femmes &#187; irr&#233;conciliables.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les deux d&#233;nouements successifs de Monteverdi sont r&#233;unis et d&#233;voil&#233;s dans &lt;i&gt;La Morte d'Orfeo&lt;/i&gt; de Stefano Landi, qui reprend le mythe en le m&#234;lant d'intentions comiques, voire parodiques. Dans cet op&#233;ra assez myst&#233;rieux, publi&#233; en 1619 mais dont on ne sait s'il a &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233; ni qui est l'auteur du livret, l'intrigue commence apr&#232;s la seconde mort d'Eurydice. En partie consol&#233;, Orph&#233;e invite dieux et bergers &#224; son anniversaire, mais ne convie ni Bacchus (il a renonc&#233; au vin) ni les &#171; femmes &#187; (&#171; peste du monde &#187; dont &#171; les lits sont plus sordides que l'Enfer &#187; [&lt;a href='#nb18' class='spip_note' rel='footnote' title='LANDI, Stefano, La Morte d'Orfeo, Tragicommedia pastorale, &#233;d. Silvia Herzog, (...)' id='nh18'&gt;18&lt;/a&gt;]). Si Mercure vient, entour&#233; de deux beaux &#233;ph&#232;bes, lui offrir le nectar olympien, Bacchus ulc&#233;r&#233; d&#233;cide de se venger en chargeant les M&#233;nades de le tuer. On apprend la mort d'Orph&#233;e par un r&#233;cit qui rapporte comment, son chant devenu inefficace, il a fini par tomber sous les coups de ses ennemies. Orph&#233;e se r&#233;jouit en vain de retrouver Eurydice aux Enfers : elle a bu l'eau du L&#233;th&#233; et l'a oubli&#233;. Men&#233; par Mercure aupr&#232;s de Jupiter (tel Ganym&#232;de), Orph&#233;e trouve alors sa place parmi les dieux.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si l'&lt;i&gt;Orfeo&lt;/i&gt; de Buti et Rossi, dans un esprit un peu comparable, cumule les deux d&#233;nouements et att&#233;nue la violence de la mort d'Orph&#233;e en la faisant suivre d'une apoth&#233;ose, l'&lt;i&gt;Orph&#233;e&lt;/i&gt; fran&#231;ais de Michel Du Boullay et Louis Lully se d&#233;marque des spectacles italiens du d&#233;but du baroque et tire le mythe vers la trag&#233;die. Dans la mise en musique de Louis Lully comme dans celle de Telemann, les Bacchantes en sc&#232;ne tuent Orph&#233;e hors-sc&#232;ne en lan&#231;ant sur lui leurs thyrses et reviennent charg&#233;es de ses d&#233;pouilles : sa lyre et sa couronne bris&#233;es. Chez Louis Lully, leur pr&#234;tresse les renvoie d&#233;pecer le corps du chanteur et le jeter dans l'H&#232;bre (passage coup&#233; dans la version hambourgeoise de Telemann). L'horreur se d&#233;roule en coulisse mais reste toute proche, comme en t&#233;moignent ces allers et retours entre le hors-sc&#232;ne et la sc&#232;ne. Pour finir, Orasie rest&#233;e seule d&#233;cide de mourir pour troubler l'ultime r&#233;union d'Orph&#233;e et d'Eurydice aux Enfers.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'&lt;i&gt;Orph&#233;e&lt;/i&gt; fran&#231;ais (comme dans celui de Buti et Rossi d'ailleurs), nulle tirade misogyne, nul renoncement aux &#171; femmes &#187;, nulle allusion, par le biais de la mythologie, &#224; l'amour des gar&#231;ons. La plainte d'Orph&#233;e avant sa mort se mue en col&#232;re, mais seulement contre lui-m&#234;me qui n'a pas su sauver Eurydice, puis en une aspiration &#224; la mort que les Bacchantes viennent combler (le punissant d'un sacril&#232;ge envers Bacchus plus que du m&#233;pris de leurs charmes). Cet Orph&#233;e toujours constant (d'o&#249; le titre de la traduction allemande sur laquelle travaille Telemann) repr&#233;sente-t-il la version tragique de l'Orph&#233;e &#171; h&#233;t&#233;rosexuel &#187; des d&#233;nouements heureux ? Ce qui permet d'en douter, dans le cas de Louis Lully, tient &#224; la biographie du compositeur. Premier fils du glorieux Surintendant de la musique du roi, le jeune Louis &#233;tait promis aux plus belles destin&#233;es : ayant eu Louis XIV et la reine Marie-Th&#233;r&#232;se pour parrain et marraine, h&#233;ritier des charges de son p&#232;re, Louis Lully ne put semble-t-il assumer la carri&#232;re qui lui &#233;tait trac&#233;e, r&#234;vant d'&#233;p&#233;e et de plume, non de lyre, multipliant les provocations, aux bornes de la folie, suicidaire, intern&#233; temporairement &#224; Charenton par son propre p&#232;re. Dans cet unique op&#233;ra compos&#233; &#224; 26 ans [&lt;a href='#nb19' class='spip_note' rel='footnote' title='En a-t-il &#233;t&#233; le seul compositeur ? On sait que Z&#233;phire et Flore (1688) fut (...)' id='nh19'&gt;19&lt;/a&gt;], trois ans apr&#232;s la mort de Jean-Baptiste Lully, Louis semble souhaiter en finir avec son Orph&#233;e de p&#232;re ou avec le musicien que lui-m&#234;me ne veut ou ne peut pas &#234;tre. Car si Jean-Baptiste Lully fut compar&#233; fr&#233;quemment au chantre thrace, son penchant pour les gar&#231;ons fut si peu ignor&#233; que l'on pouvait le chansonner ainsi :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip_poesie&quot;&gt;
&lt;div&gt;Si Lully quelque jour descendait aux Enfers&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Avec un plein pouvoir de gr&#226;ces et de peines,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Un jeune criminel sortirait de ses fers,&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Une pauvre Eurydice y garderait ses cha&#238;nes. [&lt;a href='#nb20' class='spip_note' rel='footnote' title='LA GORCE, J&#233;r&#244;me de, Jean-Baptiste Lully, Paris, Fayard, 2002, p. 364. Sur (...)' id='nh20'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La violence et le pessimisme de la trag&#233;die en musique de Louis Lully trouvent un &#233;cho dans d'autres op&#233;ras parisiens de la m&#234;me &#233;poque, telle la &lt;i&gt;M&#233;d&#233;e&lt;/i&gt; de Thomas Corneille et Marc-Antoine Charpentier (1693). La &#171; technologie du genre &#187; qu'elle met en &#339;uvre se nourrit d'une opposition marqu&#233;e entre les &#171; femmes &#187; (vues du c&#244;t&#233; des &#171; hommes &#187; : celles que l'on aime mais que l'on perd, celles que l'on n'aime pas et qui deviennent mortellement dangereuses) et produit un &#171; homme &#187; dont l'&#171; h&#233;t&#233;rosexualit&#233; &#187; se heurte &#224; l'impossible et dont l'&#171; homosexualit&#233; &#187; est tue, un &#171; homme &#187; victime des &#171; femmes &#187;, mais aussi, comme le Jason de Charpentier, victime de sa propre faiblesse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette &#171; technologie du genre &#187; comporte des traces d'homophobie qui vont affleurer de fa&#231;on r&#233;currente dans la construction de ces Orph&#233;es de la fin du baroque &#224; l'&#171; h&#233;t&#233;rosexualit&#233; &#187; affich&#233;e mais &#224; l'h&#233;ro&#239;sme d&#233;faillant, comme si la version ovidienne d&#251;ment expurg&#233;e laissait n&#233;anmoins filtrer quelques soup&#231;ons de non-conformit&#233; &#224; la norme de l'&#171; homme &#187; h&#233;t&#233;rosexuel, n&#233;cessairement valeureux. Chez Du Boullay, la reine Orasie est bien consciente de la m&#233;salliance &#224; laquelle elle aspire lorsque sa confidente lui fait remarquer &#224; propos d'Orph&#233;e que &#171; Les Arts qu'on voit lui plaire/ Ne sont pas ceux des h&#233;ros &#187; [&lt;a href='#nb21' class='spip_note' rel='footnote' title='LULLY, Louis, Orph&#233;e, Trag&#233;die mise en musique par M. de Lully l'aisn&#233;, (...)' id='nh21'&gt;21&lt;/a&gt;]. Et quand Gluck remanie pour Paris son &lt;i&gt;Orfeo ed Euridice&lt;/i&gt; viennois, en 1774, il lui semble n&#233;cessaire de compl&#233;ter le r&#244;le principal &#8211; caract&#233;ris&#233; par trois grands airs de plainte, un &#224; chaque acte &#8211; par un air h&#233;ro&#239;que, afin de souligner la d&#233;cision d'Orph&#233;e d'aller affronter les Enfers. Progressivement masqu&#233;e, l'&#171; homosexualit&#233; &#187; de ces Orph&#233;es se mue en d&#233;faut de virilit&#233; et tend &#224; cr&#233;er une fragilit&#233;, une fracture dans certaines d&#233;clinaisons du personnage au sein d'un monde totalement h&#233;t&#233;rocentr&#233;, alors qu'elle repr&#233;sentait, dans les premiers op&#233;ras italiens, le passage exemplaire d'un monde h&#233;t&#233;rocentr&#233; &#224; un monde homocentr&#233; jug&#233; sup&#233;rieur.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot; id=&quot;orphee_plurivoque&quot;&gt;&lt;a title=&quot;Sommaire&quot; href=&quot;http://transposition-revue.org/spip.php?page=backend&amp;lang=fr#outil_sommaire&quot; class=&quot;sommaire_ancre&quot;&gt; &lt;/a&gt;Orph&#233;e plurivoque &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rentes &#171; technologies du genre &#187; que nous avons vues &#224; l'&#339;uvre dans la dramaturgie construisent des relations complexes entre ces &#171; hommes &#187; et ces &#171; femmes &#187; fictionnels, faits de paroles et de musique, que sont les personnages d'op&#233;ra livr&#233;s par les partitions. Mais au moment du spectacle, l'incarnation de ces personnages par des voix et par des corps dont le sexe correspond ou ne correspond pas &#224; celui du r&#244;le tisse de nouvelles relations, cr&#233;e de nouveaux d&#233;sirs, et engage dans ce r&#233;seau l'acteur collectif qu'est le public. La &#171; technologie du genre &#187; est reconstruite en sc&#232;ne par une &#171; performance de genre &#187; o&#249; les voix et les corps introduisent de nouveaux param&#232;tres.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Distributions&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ainsi, quelle est la voix d'Orph&#233;e ? L'Orph&#233;e de Peri (la voix de Peri lui-m&#234;me, cr&#233;ateur du r&#244;le) est un t&#233;nor, comme les Orph&#233;es de Monteverdi et de Landi. Les Orph&#233;es fran&#231;ais poss&#232;dent &#233;galement cette tessiture : celui de Louis Lully tout comme l'Orph&#233;e de Gluck francis&#233; dans &lt;i&gt;Orph&#233;e et Eurydice&lt;/i&gt;. Celui de Telemann, enfin, est baryton. En revanche, l'Orph&#233;e de Rossi est alto, cr&#233;&#233; par l'un des plus c&#233;l&#232;bres &lt;i&gt;castrati&lt;/i&gt; de l'&#233;poque, Atto Melani, de m&#234;me que l'Orph&#233;e viennois de Gluck, incarn&#233; par Gaetano Guadagni. On observe ainsi deux constructions vocales types de la masculinit&#233; d'Orph&#233;e : voix de t&#233;nor, voix d'alto &lt;i&gt;castrato&lt;/i&gt;, deux id&#233;aux sonores dont l'un remplace progressivement l'autre (mis &#224; part dans le domaine fran&#231;ais) pour repr&#233;senter le chanteur fabuleux. Deux conceptions du corps masculin vou&#233; au chant, &#233;galement, avec la &#171; fabrique &#187; par la mutilation de chanteurs destin&#233;s &#224; incarner les h&#233;ros.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; de la voix du personnage principal, c'est toute la distribution &#8211; quand elle nous est connue &#8211; qu'il faudrait examiner. Ainsi la vedette de &lt;i&gt;L'Orfeo&lt;/i&gt; de Monteverdi &#233;tait moins le t&#233;nor Francesco Rasi, cr&#233;ateur du r&#244;le-titre, que le jeune castrat soprano Giovan Gualberto Magli, pr&#234;t&#233; pour l'occasion par le Grand-duc de Toscane. Magli chanta le r&#244;le de la Musique, dans le Prologue, celui de Proserpine et peut-&#234;tre la Messag&#232;re ou l'Esp&#233;rance. Quant au r&#244;le d'Eurydice, on sait qu'il fut interpr&#233;t&#233; par un pr&#234;tre, donc probablement par un castrat [&lt;a href='#nb22' class='spip_note' rel='footnote' title='FABBRI, Paolo, Monteverdi, Turin, E.D.T., 1985, p. 97 ; FENLON, Iain, &#171; The (...)' id='nh22'&gt;22&lt;/a&gt;]. Au sexe des personnages se m&#234;lent, pour le public, d'autres param&#232;tres : la dimension symbolique des tessitures (les personnages masculins ont une voix plus ou moins grave selon l'&#226;ge, la puissance, le lieu : les divinit&#233;s infernales sont des basses, Apollon et Orfeo des t&#233;nors), mais aussi le sexe des interpr&#232;tes, dissimul&#233; ou non par le travesti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans l'&lt;i&gt;Orfeo&lt;/i&gt; de Rossi, la configuration est autre. La rivalit&#233; entre Arist&#233;e et Orph&#233;e est symbolis&#233;e par la similitude des voix : le berger apiculteur est interpr&#233;t&#233; par Marc'Antonio Pasqualini, &lt;i&gt;castrato&lt;/i&gt; favori du cardinal Antonio Barberini, le chanteur thrace par le fameux Atto Melani, &lt;i&gt;castrato &lt;/i&gt;au service de la famille M&#233;dicis et amant du duc de Mantoue [&lt;a href='#nb23' class='spip_note' rel='footnote' title='FREITAS, Roger, Portrait of a castrato. Politics, Patronage, and Music in (...)' id='nh23'&gt;23&lt;/a&gt;]. Deux jeunes &lt;i&gt;castrati&lt;/i&gt; romains font &#233;galement l'attraction du spectacle, incarnant plusieurs r&#244;les, principalement en travesti (les Gr&#226;ces, les Parques, Proserpine). Mais les chanteuses ne sont pas absentes : c'est Anna Francesca Costa qui chante Eurydice, dont le r&#244;le, nous l'avons vu, est particuli&#232;rement &#233;toff&#233; dans cet op&#233;ra [&lt;a href='#nb24' class='spip_note' rel='footnote' title='PRUNI&#200;RES, Henry, L'Op&#233;ra italien en France avant Lulli [1913], Paris, (...)' id='nh24'&gt;24&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Dans la partition originale viennoise de l'&lt;i&gt;Orfeo ed Euridice&lt;/i&gt; de Gluck, enfin, les trois personnages chantent dans des tessitures aigu&#235;s, mais les relations entre personnages et personnes sont toutes diff&#233;rentes : Orph&#233;e est un &#171; homme &#187; chant&#233; par un homme &lt;i&gt;castrato&lt;/i&gt;, Eurydice une &#171; femme &#187; chant&#233;e par une femme, l'Amour un jeune &#171; homme &#187; chant&#233; par une femme en travesti.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au-del&#224; du texte, au-del&#224; de la partition, on comprend que la double &#171; performance de genre &#187; que devient la repr&#233;sentation (performance du sexe du personnage, performance du sexe de l'interpr&#232;te) vienne superposer &#224; l'intrigue des significations sous-jacentes et visibles &#224; la fois, tout en cr&#233;ant, dans l'identification et le d&#233;sir que suscitent les corps en sc&#232;ne des d&#233;placements, des glissements et des troubles qui ne sont pas les moindres attraits de l'op&#233;ra baroque. On peut dire alors que la &#171; technologie du genre &#187; construite par la dramaturgie porte parfois en elle-m&#234;me les germes de sa propre subversion, lorsqu'elle est mise &#224; la sc&#232;ne. Les &#171; femmes &#187; et les &#171; hommes &#187; des intrigues deviennent en tant que tel-le-s variables et mouvants, li&#233;s &#224; la performance de l'interpr&#232;te, &#224; ses capacit&#233;s et &#224; ses choix de faire primer une performance ou l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;2. L'Orph&#233;e de Gluck et ses trans-positions&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Concentrons-nous maintenant sur le cas de l'&lt;i&gt;Orfeo ed Euridice/Orph&#233;e et Eurydice&lt;/i&gt; de Gluck, dont les nombreuses reprises et remaniements, l'int&#233;gration de longue date dans le r&#233;pertoire des maisons d'op&#233;ras et l'abondante discographie favorisent l'&#233;tude sur une chronologie large [&lt;a href='#nb25' class='spip_note' rel='footnote' title='Recens&#233;es dans L'Avant-sc&#232;ne Op&#233;ra, N&#176; 192 : Gluck, Orph&#233;e, septembre-octobre (...)' id='nh25'&gt;25&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cr&#233;&#233; &#224; Vienne en 1762 pour le castrat alto Gaetano Guadagni, le r&#244;le principal d'&lt;i&gt;Orfeo ed Euridice&lt;/i&gt; fut transpos&#233; par Gluck lui-m&#234;me pour le castrat soprano Giuseppe Millico, dans une version condens&#233;e de la partition viennoise repr&#233;sent&#233;e &#224; Parme en 1769. Pour la version plus d&#233;velopp&#233;e cr&#233;&#233;e &#224; Paris en 1774, &lt;i&gt;Orph&#233;e et Eurydice&lt;/i&gt; (traduction en fran&#231;ais et arrangement par Pierre-Louis Moline du livret original italien de Raniero de'Calzabigi), Gluck remania le r&#244;le pour le t&#233;nor Joseph Legros. Il ne s'agissait pas seulement d'une transposition vers le grave mais souvent d'une r&#233;&#233;criture, tenant compte des registres les plus expressifs des deux tessitures (dans l'invocation aux Enfers, les moments les plus &#233;mouvants font valoir l'aigu du t&#233;nor l&#224; o&#249; ils exploitaient le grave de l'alto &lt;i&gt;castrato&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La version viennoise pour alto &lt;i&gt;castrato&lt;/i&gt; et la version parisienne pour t&#233;nor coexist&#232;rent en Europe, dans diverses configurations et traductions, durant les d&#233;cennies suivantes. L'interchangeabilit&#233; entre castrats et chanteuses de m&#234;me tessiture permirent &#224; des femmes, occasionnellement (par exemple lors d'un concert &#224; Milan en 1813), de chanter la version viennoise. Mais c'est Pauline Viardot qui cr&#233;a, de concert avec Hector Berlioz, une nouvelle tradition d'interpr&#233;tation f&#233;minine du r&#244;le. Elle chanta d'abord la version viennoise en concert d&#232;s 1842, avant que Berlioz n'entreprenne pour elle et avec elle une sorte de &#171; restauration &#187; de la partition, synth&#232;se des versions viennoise et parisienne cr&#233;&#233;e au Th&#233;&#226;tre lyrique en 1859.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La version Berlioz-Viardot, &#233;ventuellement am&#233;nag&#233;e (notamment retraduite en italien), s'implanta solidement dans le r&#233;pertoire, &#224; la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et durant tout le XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Orph&#233;e fut donc interpr&#233;t&#233; principalement par des chanteuses en travesti (parmi lesquelles Kathleen Ferrier, Janet Baker ou Marilyn Horne), m&#234;me si quelques essais de transposition &#224; l'octave inf&#233;rieure de la version pour mezzo permirent &#224; des barytons comme Dietrich Fischer-Dieskau d'interpr&#233;ter le r&#244;le. Parall&#232;lement, dans la seconde moiti&#233; du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le souci nouveau de retour aux sources originales et la recherche d'&#171; interpr&#233;tation historiquement inform&#233;e &#187; firent ressurgir la version parisienne pour t&#233;nor (chant&#233;e par exemple par Nicolai Gedda) et la version viennoise pour alto, voire la version Berlioz-Viardot dans toute son int&#233;grit&#233; (dirig&#233;e par Marc Minkowski). Interpr&#233;t&#233;e par des mezzo-sopranos, la version viennoise pour alto l'est &#233;galement, &#224; partir de la prise de r&#244;le par Ren&#233; Jacobs en 1981 et son enregistrement l'ann&#233;e suivante, par des contre-t&#233;nors.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Tandis que la partition, comme c'est souvent le cas des op&#233;ras anciens, se diffracte en de multiples versions, la voix migrante de cet Orph&#233;e d&#233;cid&#233;ment &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb26' class='spip_note' rel='footnote' title='Pour Wendy Bashant, &#171; Orfeo and Euridice est l'un des op&#233;ras les plus queer (...)' id='nh26'&gt;26&lt;/a&gt;] transite dans toutes les tessitures vocales (basse except&#233;e), r&#233;pondant &#224; des id&#233;aux sonores et genr&#233;s divers, selon les temps et les lieux. Et le corps d'Orph&#233;e, la &#171; technologie du genre &#187; qu'il repr&#233;sente peuvent &#234;tre perform&#233;s par un homme castrat, par un homme non castrat exploitant soit la partie aigu&#235; soit la partie grave de sa tessiture ou encore par une femme travestie en homme.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Si, comme le dit Butler, &#171; le genre est toujours un faire &#187; [&lt;a href='#nb27' class='spip_note' rel='footnote' title='BUTLER, Judith, op. cit., p. 96.' id='nh27'&gt;27&lt;/a&gt;], la repr&#233;sentation sous le masque de l'acteur-trice de ce genre n'est pas r&#233;alis&#233;e de la m&#234;me fa&#231;on par chacun-e de ces interpr&#232;tes potentiel-le-s. Il ne s'agit pas seulement d'interpr&#233;tation mais de couleur vocale, de pr&#233;sence corporelle et de la performance de genre propre &#224; l'individu-e en sc&#232;ne, qui se m&#234;le &#224; la performance de genre du personnage. Les diff&#233;rentes voix possibles de cet Orph&#233;e &#171; plurivoque &#187; conf&#232;rent une multiplicit&#233; de significations &#224; l'intrigue et &#224; la construction de la diff&#233;rence sexuelle qu'elle v&#233;hicule.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;3. Orph&#233;e travesti&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au moment d'endosser le r&#244;le d'Orph&#233;e, Pauline Viardot travailla particuli&#232;rement la question du costume (commandant des esquisses &#224; Eug&#232;ne Delacroix), consciente de l'importance de l'effet visuel pour la cr&#233;dibilit&#233; du personnage. Les photographies conserv&#233;es montrent un costume &#224; la grecque assez androgyne : ample tunique serr&#233;e &#224; la taille par une ceinture et s'arr&#234;tant en-dessous du genou, bras nus et manteau long attach&#233; aux &#233;paules, permettant des effets sculpturaux de drap&#233;s. Par la suite, les costumes d'Orph&#233;e oscillent entre plus de &#171; f&#233;minit&#233; &#187; ou plus de &#171; masculinit&#233; &#187;, combin&#233;es &#224; une distinction plus ou moins marqu&#233;e par rapport au v&#234;tement d'Eurydice. Il y aurait toute une &#233;tude s&#233;miologique &#224; mener sur les travestissements d'Orph&#233;e et sur l'&#233;rotisme lesbien qu'ils v&#233;hiculent [&lt;a href='#nb28' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur le travesti th&#233;&#226;tral, voir BANU, Georges (dir.), Alternatives th&#233;&#226;trales, (...)' id='nh28'&gt;28&lt;/a&gt;]. Celui-ci &#233;volue avec la possibilit&#233; grandissante pour les chanteuses, au cours du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, d'assumer une repr&#233;sentation tr&#232;s &#171; masculine &#187; du personnage (jusqu'au &#171; costume-cravate &#187; de nombre de mises en sc&#232;ne r&#233;centes). Par son v&#234;tement, mais &#233;galement par sa gestique, le personnage d'Orph&#233;e pr&#233;sente une grande variabilit&#233; entre deux p&#244;les que l'on pourrait qualifier de &#171; butch/fem &#187;, variabilit&#233; essentiellement visuelle et qui n'engage pas n&#233;cessairement la performance vocale de la chanteuse.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Celle-ci, n&#233;anmoins, n'est pas exempte d'&#233;rotisme homocentr&#233;. Les voix qu'Elizabeth Wood a qualifi&#233;es de &#171; sapphoniques &#187; [&lt;a href='#nb29' class='spip_note' rel='footnote' title='WOOD, Elizabeth, &#171; Sapphonics &#187;, in BRETT, Philip, WOOD, Elizabeth, THOMAS, (...)' id='nh29'&gt;29&lt;/a&gt;] ont &#233;t&#233; re&#231;ues comme androgynes, combinant &#224; l'instar de celle de Pauline Viardot des graves puissants et une grande agilit&#233; dans l'aigu, des traits consid&#233;r&#233;s comme &#171; masculins &#187; et &#171; f&#233;minins &#187;. Dans une soci&#233;t&#233; comme celle du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, o&#249; l'on con&#231;oit le genre comme profond&#233;ment &#171; incorpor&#233; &#187;, o&#249; le corps cr&#233;e une sorte de fatalit&#233; du genre (la litt&#233;rature m&#233;dicale en fait foi) [&lt;a href='#nb30' class='spip_note' rel='footnote' title='LAQUEUR, Thomas, La Fabrique du sexe. Essai sur le corps et le genre en (...)' id='nh30'&gt;30&lt;/a&gt;], cette voix semble particuli&#232;rement adapt&#233;e au travesti f&#233;minin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La &#171; lesbianisation &#187; d'Orph&#233;e (la t&#234;te du chanteur thrace, chez Ovide, n'a-t-elle pas &#233;chou&#233; sur l'&#238;le de Lesbos ?) et les performances de genre qu'elle entra&#238;ne recomposent le personnage en accentuant m&#233;taphoriquement sa part d'homosexualit&#233; masculine. Celle-ci &#233;tait plut&#244;t refoul&#233;e, dans la lecture du mythe &#233;labor&#233;e par Calzabigi et Gluck, compar&#233;e &#224; celle des premiers op&#233;ras italiens, pour le conformer &#224; une norme clairement h&#233;t&#233;rocentr&#233;e. Le fait que le r&#244;le ait &#233;t&#233; chant&#233; par un castrat dans la version viennoise ne contredisait pas cette r&#233;orientation h&#233;t&#233;ronorm&#233;e du personnage, ce type de voix &#233;tant alors tout &#224; fait congruent &#224; des h&#233;ros h&#233;t&#233;rosexuels. C'est la tradition d'une interpr&#233;tation par des femmes, bien plut&#244;t, qui a fait resurgir la dimension homosexuelle du personnage, assimil&#233;e &#224; une dimension &#171; f&#233;minine &#187;. On voit ainsi comment la performance peut subvertir ou du moins profond&#233;ment infl&#233;chir la &#171; technologie du genre &#187; &#224; l'&#339;uvre dans un op&#233;ra. L'&#171; homme &#187; Orph&#233;e, qui &#233;tait construit par sa vaillance et sa constance (son &#233;chec transform&#233; en mise &#224; l'&#233;preuve), tout autant que par la diff&#233;rence affich&#233;e avec une &#171; femme &#187; faible et inconsciente des v&#233;ritables enjeux (Eurydice), cet &#171; homme &#187; est partiellement d&#233;construit en tant que tel par son incarnation &#224; la sc&#232;ne par une femme. La bisexualit&#233; d'Orph&#233;e, issue des versions virgilienne et ovidienne du mythe (que le public des th&#233;&#226;tres lyriques conna&#238;t d'ailleurs de moins en moins au cours du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle), r&#233;investit le personnage de fa&#231;on inattendue. On comprend alors que certains aient souhait&#233; &#171; remasculiniser &#187; Orph&#233;e en transposant le r&#244;le pour un baryton, une voix plus appropri&#233;e, selon les normes du milieu du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, que celles des castrats et des femmes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;4. L'h&#233;ritage des castrats&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; la fin du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, &#224; l'inverse, la voix aigu&#235; du cr&#233;ateur du r&#244;le d'&lt;i&gt;Orfeo ed Euridice&lt;/i&gt;, Gaetano Guadagni, fait r&#234;ver. Un int&#233;r&#234;t nouveau pour l'esth&#233;tique baroque, la recherche d'une &#171; interpr&#233;tation historiquement inform&#233;e &#187;, les travaux musicologiques sur le &lt;i&gt;bel canto&lt;/i&gt;, entre autres, incitent &#224; reconsid&#233;rer les &lt;i&gt;virtuosi&lt;/i&gt; et leur r&#244;le dans l'histoire de l'op&#233;ra. Le ph&#233;nom&#232;ne d&#233;borde largement la sph&#232;re musicologique : des ouvrages aussi divers que l'analyse s&#233;miologique de Roland Barthes &lt;i&gt;S/Z&lt;/i&gt; (1970), le roman &#224; succ&#232;s de Dominique Fernandez &lt;i&gt;Porporino ou les Myst&#232;res de Naples&lt;/i&gt; (1974), l'essai nourri de psychanalyse lacanienne de Michel Poizat &lt;i&gt;L'Op&#233;ra ou le Cri de l'ange&lt;/i&gt; (1986) ou le film oscaris&#233; de G&#233;rard Corbiau &lt;i&gt;Farinelli, Il castrato&lt;/i&gt; (1994) marquent les &#233;tapes d'une diffusion tr&#232;s large du sujet, au point que la figure du castrat s'&#233;rige maintenant en v&#233;ritable mythe moderne. Non que l'existence historique des chanteurs castrats soit de l'ordre du mythe, bien entendu, mais parce qu'ils font l'objet d'une reconstruction mythique repr&#233;sentative d'un &#171; trouble dans le genre &#187; tr&#232;s contemporain.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La bande-son du film de Corbiau est &#224; cet &#233;gard extr&#234;mement int&#233;ressante : pour recr&#233;er artificiellement (et avec l'aide de l'IRCAM) la voix du c&#233;l&#232;bre chanteur, ou du moins une &#171; voix de castrat &#187; plus ou moins inou&#239;e (les enregistrements tardifs d'Alessandro Moreschi, le dernier castrat de la chapelle Sixtine, ne permettant gu&#232;re de se faire une id&#233;e des capacit&#233;s vocales des vedettes du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle), on eut l'id&#233;e de m&#234;ler en studio les voix d'un contre-t&#233;nor (Derek Lee Ragin) et d'une soprano (Ewa Mallas-Godlewska). Il ne s'agissait donc pas de modifier la texture d'une voix masculine (voix d'enfant d&#233;velopp&#233;e en voix d'adulte, par exemple, ou voix de t&#233;nor d&#233;plac&#233;e vers l'aigu), mais de r&#233;aliser une sorte d'hermaphrodite vocal, voix d'homme et voix de femme m&#234;l&#233;es, avec d'ailleurs une nette pr&#233;dominance de la voix du chanteur sur celle de la chanteuse. Que le timbre du contre-t&#233;nor soit tr&#232;s diff&#233;rent de ce que l'on peut savoir de celui des castrats importait peu, finalement. Il fallait que, pour &#234;tre androgyne, la voix de &#171; Farinelli &#187; &#233;mane &#8211; dans une perspective essentialiste un peu na&#239;ve &#8211; &#224; la fois d'un corps masculin et d'un corps f&#233;minin, fussent-ils invisibles &#224; l'&#233;cran.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est ce m&#234;me essentialisme sous-jacent qui fait souvent pr&#233;f&#233;rer aux chefs sp&#233;cialistes du baroque les contre-t&#233;nors aux mezzo-sopranos pour chanter les r&#244;les cr&#233;&#233;s par des castrats [&lt;a href='#nb31' class='spip_note' rel='footnote' title='WOOD, Elizabeth, art. cit., p. 30.' id='nh31'&gt;31&lt;/a&gt;], et en premier lieu l'&lt;i&gt;Orfeo ed Euridice&lt;/i&gt; de Gluck dans la version viennoise [&lt;a href='#nb32' class='spip_note' rel='footnote' title='Est-ce un hasard si la part masculine de la voix de &#171; Farinelli &#187; a &#233;t&#233; (...)' id='nh32'&gt;32&lt;/a&gt;], comme si, ind&#233;pendamment de toute consid&#233;ration sonore et musicale, le corps masculin &#233;tait plus cr&#233;dible que le corps f&#233;minin pour incarner un personnage masculin, m&#234;me pour un enregistrement sans mise en sc&#232;ne. C'est contrevenir &#224; tout ce que l'on sait des pratiques des XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, o&#249; les contre-t&#233;nors chantaient exclusivement le r&#233;pertoire sacr&#233;, tandis que les femmes et les castrats se partageaient plus ou moins les m&#234;mes r&#244;les &#224; la sc&#232;ne. En effet, et contrairement &#224; ce que les raccourcis chronologiques trop rapides ont pu faire croire (par exemple ceux de Michel Poizat, faisant se succ&#233;der le &lt;i&gt;divo&lt;/i&gt; du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et la &lt;i&gt;diva&lt;/i&gt; du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle), les chanteuses incarnaient couramment des r&#244;les h&#233;ro&#239;ques masculins durant toute la p&#233;riode baroque. Par une curieuse ruse de l'histoire, les voix de castrats, &#171; invent&#233;es &#187; pour &#233;viter d'avoir &#224; recourir aux voix de femmes, interdites &#224; l'&#233;glise, ces voix de substitution fond&#233;es sur l'exclusion des femmes, permirent aux femmes de s'approprier &#224; la sc&#232;ne des r&#244;les qui socialement leur &#233;taient refus&#233;s. Le personnage masculin du h&#233;ros amoureux, valeureux, actif et triomphant &#233;tant associ&#233; &#224; une tessiture aigu&#235;, il pouvait &#234;tre incarn&#233; par un castrat comme par une femme, selon les circonstances et les habitudes locales (on sait que les femmes furent &#224; de nombreuses reprises interdites sur les sc&#232;nes romaines tandis que l'op&#233;ra v&#233;nitien, par exemple, distribuait largement les r&#244;les masculins &#224; des chanteuses).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les recherches des sp&#233;cialistes ont permis de mieux comprendre la place des castrats dans la soci&#233;t&#233; baroque [&lt;a href='#nb33' class='spip_note' rel='footnote' title='BARBIER, Patrick, Histoire des castrats, Paris, Grasset, 1989 ; id., (...)' id='nh33'&gt;33&lt;/a&gt;] et d'expliquer le ph&#233;nom&#232;ne curieux d'une incarnation des r&#244;les d'&#171; hommes &#187; par des personnes qui, selon les normes androcentr&#233;es, n'en &#233;taient pas vraiment : les castrats et les femmes. Roger Freitas a bien montr&#233; que les castrats &#233;taient des objets de d&#233;sir, tout comme les chanteuses, pour un public masculin [&lt;a href='#nb34' class='spip_note' rel='footnote' title='FREITAS, Roger, &#171; The Eroticism of Emasculation : Confronting the Baroque (...)' id='nh34'&gt;34&lt;/a&gt;], et il est &#233;vident que la repr&#233;sentation des h&#233;ros n'&#233;tait pas le seul but d'un spectacle lyrique. Quoi qu'il en soit, il semble bien que les castrats aient &#233;t&#233; vus en leur temps comme des hommes &#171; f&#233;minis&#233;s &#187; par le d&#233;sir &#233;rotique masculin (et f&#233;minin) qu'ils pouvaient susciter, repr&#233;sentatifs d'une androgynie qui ressortissait davantage &#224; l'&#171; entre-deux sexes &#187; (un &#171; entre-deux &#187; qui d'ailleurs ne se situerait pas exactement &#171; au milieu &#187;) plut&#244;t qu'&#224; l'&#171; addition des sexes &#187; que semble sugg&#233;rer la voix reconstitu&#233;e de &#171; Farinelli &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sur le parall&#233;lisme entre les castrats et les femmes, notons que deux f&#233;ministes parmi les plus influentes ont us&#233; du castrat comme m&#233;taphore de la construction sociale des femmes. On se souvient des c&#233;l&#232;bres phrases du &lt;i&gt;Deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt;, &#233;crites &#224; une &#233;poque bien ant&#233;rieure &#224; la vogue de la musique baroque :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;On ne na&#238;t pas femme : on le devient. Aucun destin biologique, psychique, &#233;conomique ne d&#233;finit la figure que rev&#234;t au sein de la soci&#233;t&#233; la femelle humaine ; c'est l'ensemble de la civilisation qui &#233;labore ce produit interm&#233;diaire entre le m&#226;le et le castrat qu'on qualifie de f&#233;minin. Seule la m&#233;diation d'autrui peut constituer un individu comme un &lt;i&gt;Autre&lt;/i&gt;. [&lt;a href='#nb35' class='spip_note' rel='footnote' title='BEAUVOIR, Simone de, Le Deuxi&#232;me sexe [1949], Paris, Gallimard, &#171; Folio &#187;, t. (...)' id='nh35'&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une trentaine d'ann&#233;es plus tard, pour d&#233;finir la &#171; cat&#233;gorie de sexe &#187;, Monique Wittig reprend et &#233;largit la m&#233;taphore :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;La cat&#233;gorie de sexe est la cat&#233;gorie qui &#233;tablit comme &#171; naturelle &#187; la relation qui est &#224; la base de la soci&#233;t&#233; (h&#233;t&#233;rosexuelle) et &#224; travers laquelle la moiti&#233; de la population &#8211; les femmes &#8211; sont &#171; h&#233;t&#233;rosexualis&#233;es &#187; (la fabrication des femmes est semblable &#224; la fabrication des eunuques, &#224; l'&#233;levage des esclaves et des animaux) et soumises &#224; une &#233;conomie h&#233;t&#233;rosexuelle. [&lt;a href='#nb36' class='spip_note' rel='footnote' title='WITTIG, Monique, op. cit., p. 46.' id='nh36'&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si la &#171; fabrication &#187; des castrats s'ancre &#224; l'&#233;vidence dans une mutilation initiale, elle se poursuit ensuite &#224; chaque instant, tant dans la formation vocale et musicale que dans la relation aux protecteurs, aux m&#233;c&#232;nes et au public. De fa&#231;on similaire, la &#171; fabrication &#187; des chanteuses, &#224; la m&#234;me &#233;poque, m&#233;riterait d'&#234;tre &#233;tudi&#233;e : l'atrophie du bas de la cage thoracique par le port pr&#233;coce du corset (ou plut&#244;t du &#171; corps &#187;, le terme est &#233;loquent) fa&#231;onne le corps des femmes des classes ais&#233;es et produit des corps chantants diff&#233;rents de ceux de nos contemporaines.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Que les castrats soient vus symboliquement comme des hommes mutil&#233;s, des hommes f&#233;minis&#233;s, des androgynes, des hermaphrodites ou des transsexuels [&lt;a href='#nb37' class='spip_note' rel='footnote' title='ABBATE, Carolyn, &#171; Opera ; or, the Envoicing of Women &#187;, in SOLIE, Ruth A., (...)' id='nh37'&gt;37&lt;/a&gt;], force est de constater que le savoir historique progressivement accumul&#233; sur ces artistes reste suffisamment lacunaire pour laisser place &#224; l'imaginaire et &#224; la cr&#233;ativit&#233;. La concurrence actuelle entre les mezzo-sopranos et les contre-t&#233;nors qui se partagent l'h&#233;ritage des castrats &#8211; leur r&#233;pertoire &#8211; se joue non seulement au niveau vocal mais aussi au niveau corporel et vestimentaire. Cecilia Bartoli chante l'air embl&#233;matique de Farinelli &#171; &lt;i&gt;Son qual nave&lt;/i&gt; &#187;, dans un costume proche de celui du film &#233;ponyme, dans son DVD &lt;i&gt;Sacrificium&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb38' class='spip_note' rel='footnote' title='Sacrificium, The art of the castrati, A cinematographic vision by Olivier (...)' id='nh38'&gt;38&lt;/a&gt;] et Ann Hallenberg choisit en 2011 pour son r&#233;cital &lt;i&gt;Hommage &#224; Farinelli&lt;/i&gt; (con&#231;u pour c&#233;l&#233;brer les 20 ans des Talens Lyriques, qui avaient enregistr&#233; sous la direction de Christophe Rousset la bande-son du film de Corbiau) un compos&#233; distanci&#233; et passablement &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; de costumes de sc&#232;ne f&#233;minins et masculins, casque &#224; plume et large d&#233;collet&#233;, cape princi&#232;re et pantalon bouffant [&lt;a href='#nb39' class='spip_note' rel='footnote' title='http://www.youtube.com/watch?v=Eg-ww1YwdwE, consult&#233; le 28 mai (...)' id='nh39'&gt;39&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le mythe moderne des castrats, hypostasi&#233; sous la figure de Farinelli mais dont profitent &#233;galement un Atto Melani, un Senesino, un Carestini ou un Guadagni, introduit pour les chanteuses et les chanteurs qui reprennent leur r&#233;pertoire une troisi&#232;me performance de genre : &#224; celle de l'individu-e qui chante, &#224; celle du personnage qu'elle/il incarne, se superpose ou se substitue celle du &#171; castrat &#187; tel que notre &#233;poque n'en finit pas de le r&#233;inventer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;5. Orph&#233;e sapphonique, gayphonique ou h&#233;t&#233;rophonique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Orph&#233;e de Gluck est actuellement interpr&#233;t&#233; par trois types de voix : mezzo-sopranos dans la version Berlioz-Viardot plus ou moins remani&#233;e ou dans la version viennoise, contre-t&#233;nors dans la version viennoise, t&#233;nors dans la version parisienne (les barytons transposant la version Berlioz-Viardot deviennent plus rares). Il est &#233;vident que la performance en sc&#232;ne n'est pas identique dans les trois configurations, si l'on consid&#232;re le couple principal &#224; travers la sexuation des corps et les tessitures vocales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour dire les choses de fa&#231;on caricaturale, Orph&#233;e est chant&#233; par un homme avec une voix d'&#171; homme &#187; (t&#233;nor), par un homme avec une voix de &#171; femme &#187; (contre-t&#233;nor) ou par une femme avec une voix de &#171; femme &#187; (mezzo-soprano). Si le couple t&#233;nor/soprano est clairement h&#233;t&#233;rosexuel, si le couple mezzo-soprano/soprano est lesbien, le couple contre-t&#233;nor/soprano est h&#233;t&#233;rosexuel sur le plan visuel et devrait &#234;tre lesbien sur le plan sonore. Est-ce bien le cas ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;De tous temps, les hommes ont utilis&#233; le &lt;i&gt;falsetto&lt;/i&gt; pour chanter dans le registre aigu, notamment dans les milieux eccl&#233;siastiques androcentr&#233;s o&#249; les voix de femmes &#233;taient exclues. Tomb&#233;e en d&#233;su&#233;tude, cette technique fut ressuscit&#233;e par Alfred Deller &#224; la fin des ann&#233;es 1940, pour interpr&#233;ter un r&#233;pertoire de chansons &#233;lisab&#233;thaines con&#231;u pr&#233;cis&#233;ment pour ce type de voix. L'impact de ce timbre inou&#239;, l'effet d'&#233;tranget&#233; d'un corps masculin adulte chantant dans l'aigu entra&#238;na l'emploi de cette voix &#224; la sc&#232;ne, dans le r&#233;pertoire contemporain (Benjamin Britten &#233;crivit en 1960 pour Deller le r&#244;le d'Oberon de son&lt;i&gt; Midsummer Night's Dream&lt;/i&gt;) puis baroque (James Bowman chantant dans &lt;i&gt;La Calisto&lt;/i&gt; de Cavalli &#224; Glyndebourne d&#232;s 1970) et un int&#233;r&#234;t croissant pour cette technique dans les derni&#232;res d&#233;cennies du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. La minceur du r&#233;pertoire soliste effectivement &#233;crit pour contre-t&#233;nor et le d&#233;veloppement du mythe des castrats incit&#232;rent les falsettistes &#224; s'emparer de leur r&#233;pertoire [&lt;a href='#nb40' class='spip_note' rel='footnote' title='DeMARCO, Laura E., &#171; The fact of the Castrato and the Myth of the (...)' id='nh40'&gt;40&lt;/a&gt;]. C'est principalement &#224; l'op&#233;ra que les contre-t&#233;nors se produisent, dans tous les sens du terme : ils se pr&#233;sentent au regard sur la sc&#232;ne, mais aussi &#171; produisent &#187; leur voix, puisque la technique vocale se fa&#231;onne &#224; partir des partitions travaill&#233;es. C'est ainsi qu'il para&#238;t plus &#171; naturel &#187;, voire plus &#171; historique &#187; de distribuer les r&#244;les de castrats &#224; des contre-t&#233;nors, sans que ni le corps ni la voix des uns et des autres ne soient comparables et en contradiction avec les usages de l'&#233;poque baroque. Le contre-t&#233;nor est devenu une sorte de m&#233;taphore du castrat.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le &#171; castrat &#187; mythifi&#233;, celui de notre imaginaire, est &#233;galement une m&#233;taphore : chez Barthes comme chez Fernandez, la figure du castrat permet d'&#233;voquer en filigrane celle du gay, pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; se forment les mouvements de lutte pour les droits des homosexuel-le-s. Homme bless&#233; par les coutumes violentes de la soci&#233;t&#233; qui l'a vu na&#238;tre, le Porporino de Fernandez est d'abord un artiste, une figure positive aur&#233;ol&#233;e de la beaut&#233; des sons et des formes de l'art baroque napolitain. Ce jeu m&#233;taphorique crois&#233;, renforc&#233; par l'importance de l'op&#233;ra au sein de la culture gaie [&lt;a href='#nb41' class='spip_note' rel='footnote' title='MORRIS, Mitchell, &#171; Reading as an Opera Queen &#187;, in SOLIE, Ruth A., op. cit., (...)' id='nh41'&gt;41&lt;/a&gt;], ont pu faire de la voix de contre-t&#233;nor une sorte de &#171; voix gaie &#187; [&lt;a href='#nb42' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur la voix du falsettiste et ses repr&#233;sentations homosexuelles, voir (...)' id='nh42'&gt;42&lt;/a&gt;]. Ainsi, dans le couple Orph&#233;e/Eurydice perform&#233; par un contre-t&#233;nor et une soprano, si les corps en sc&#232;ne peuvent figurer un couple h&#233;t&#233;rosexuel, la &#171; voix gaie &#187; d'Orph&#233;e peut raconter aussi d'autres histoires, celle du castrat qui a cr&#233;&#233; le r&#244;le ou celle d'un d&#233;sir &#233;rotique entre hommes venant se greffer sur l'intrigue premi&#232;re d'une fa&#231;on ou d'une autre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de la voix &#171; gayphonique &#187; d'Orph&#233;e contre-t&#233;nor, la voix &#171; sapphonique &#187; de l'Orph&#233;e mezzo-soprano porte d'autres significations &#233;rotiques et sociales. En effet, si le timbre de mezzo-soprano peut &#234;tre &#171; homovocal &#187;, comme l'a d&#233;fini Terry Castle [&lt;a href='#nb43' class='spip_note' rel='footnote' title='CASTLE, Terry, &#171; In Praise of Brigitte Fassbaender : Reflections on (...)' id='nh43'&gt;43&lt;/a&gt;], et v&#233;hiculer un &#233;rotisme lesbien, c'est surtout le travestissement de la chanteuse qui marque la masculinit&#233; du personnage et fait de son corps &#224; la fois un corps d'&#171; homme &#187; (dans la fiction de l'intrigue h&#233;t&#233;rosexuelle) et un corps de femme, plus ou moins vu comme tel par le public selon la performance de l'interpr&#232;te, la forme du costume, la mise en sc&#232;ne, la r&#233;ception par chaque spectactrice-teur. Ce travestissement admis depuis toujours &#224; l'op&#233;ra est cependant la marque d'une subversion sociale s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;e dans la pratique (consid&#233;r&#233;e comme un crime) [&lt;a href='#nb44' class='spip_note' rel='footnote' title='Sur le travestissement f&#233;minin, voir Clio, Histoire, Femmes et Soci&#233;t&#233;s, N&#176; (...)' id='nh44'&gt;44&lt;/a&gt;] : plus encore que les amours sapphiques, c'est la prise en charge par une femme d'un r&#244;le masculin qui cr&#233;e le &#171; trouble dans le genre &#187; [&lt;a href='#nb45' class='spip_note' rel='footnote' title='BOURCIER, Marie-H&#233;l&#232;ne, &#171; Des &#8220;Femmes travesties&#8221; aux pratiques transgenres : (...)' id='nh45'&gt;45&lt;/a&gt;]. Gayphoniques et sapphoniques ne sont pas sym&#233;triques dans le monde de l'op&#233;ra : dans les r&#233;actions hostiles &#224; ces distributions, on comprend que c'est la voix du contre-t&#233;nor qui cr&#233;e la transgression, parce que trop &#171; f&#233;minine &#187; ou &#171; eff&#233;min&#233;e &#187;, que c'est le corps de la mezzo-soprano qui subvertit les genres, parce que f&#233;minin. Si l'homophobie est pr&#233;sente dans les deux cas, la misogynie l'est &#233;galement.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Plus rarement repr&#233;sent&#233;e, enfin, la version parisienne pour t&#233;nor d'&lt;i&gt;Orph&#233;e et Eurydice&lt;/i&gt; est re&#231;ue actuellement comme clairement h&#233;t&#233;rosexuelle (&#171; h&#233;t&#233;rophonique &#187; ?) : en se conformant au go&#251;t baroque sp&#233;cifiquement fran&#231;ais, Gluck pr&#233;figure les distributions du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, mieux connues du public d'aujourd'hui, o&#249; le couple principal est compos&#233; d'un t&#233;nor et d'une soprano. Orph&#233;e se coule dans la norme h&#233;t&#233;rocentr&#233;e, tout comme l'op&#233;ra baroque de Gluck dans le paradigme de l'op&#233;ra romantique et post-romantique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'Orph&#233;e antique est un passeur : vivant il franchit le seuil du monde des morts, chantant il abolit les fronti&#232;res entre l'humain, l'animal et le v&#233;g&#233;tal. L'Orph&#233;e antique est &#233;galement un &#171; homme &#187; construit par ses relations complexes et violentes avec les femmes : domination, rejet, conflit mortel. En tant que personnage dans les op&#233;ras baroques, Orph&#233;e assume une sexualit&#233; changeante selon les temps et les lieux, son amour &#171; h&#233;t&#233;rosexuel &#187; pour Eurydice &#233;tant plus ou moins concurrenc&#233; par une &#171; homosexualit&#233; &#187; effective, sublim&#233;e ou r&#233;prim&#233;e. Sur les sc&#232;nes contemporaines, la variabilit&#233; du genre de cette figure fictionnelle trouve une correspondance bienvenue dans les t&#226;tonnements imaginatifs des interpr&#232;tes, confront&#233;s &#224; l'impossible r&#233;actualisation de pratiques baroques perdues. Orph&#233;e permet alors de &#171; donner voix &#187; aux voix subversives, &#224; celles qui ne pouvaient faire figure de sujet dans l'intrigue, voix f&#233;minines, voix lesbiennes, voix gaies, voix trans. Mais la vieille rivalit&#233; &#8211; fond&#233;e sur l'interchangeabilit&#233; &#8211; entre castrat et chanteuse, &#224; l'&#233;poque baroque, entre contre-t&#233;nor et mezzo-soprano, aujourd'hui, ne doit pas masquer l'in&#233;galit&#233; &#224; l'&#339;uvre dans les repr&#233;sentations d'Orph&#233;e. En effet, pour acc&#233;der au statut d'all&#233;gorie du genre lyrique, pour incarner Orph&#233;e, les femmes doivent emprunter la &#171; voix &#187; d'un personnage masculin. Elles doivent se doter, dans une performance somme toute assez &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, des attributs du masculin : le pouvoir et le d&#233;sir. Mais si r&#233;jouissante soit-elle, cette performance reste fragile. Les femmes semblent &#234;tre log&#233;es par effraction dans le personnage masculin, &#224; une &#233;poque o&#249; le r&#233;alisme sc&#233;nique (voire cin&#233;matographique) prime parfois sur le sonore et o&#249; le mythe moderne des castrats oblit&#232;re la pr&#233;sence massive des femmes dans des r&#244;les masculins par le pass&#233;. Si l'op&#233;ra et les normes sociales misogynes fig&#233;es qu'il transmet (en raison du poids des r&#233;pertoires anciens) peut &#234;tre subverti de l'int&#233;rieur par les diff&#233;rentes performances de genre que nous avons &#233;voqu&#233;es, s'il n'est pas seulement le lieu de la &#171; d&#233;faite des femmes &#187; d&#233;nonc&#233;e par Catherine Cl&#233;ment, il reste celui d'une lutte o&#249; tout est possible mais o&#249; rien n'est gagn&#233;. Personnage ou all&#233;gorie, Orph&#233;e appara&#238;t &#224; lui seul comme une &#171; m&#233;lomachie &#187; dont l'issue est incertaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Si la pens&#233;e &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; &#8216;provoque' au sens &#233;tymologique o&#249; elle &#8216;invite &#224; sortir' de tous les carcans et qu'elle se trouve rattrap&#233;e par la surinterpr&#233;tation, c'est que fond&#233;e elle-m&#234;me sur la surd&#233;termination anachronique des repr&#233;sentations, elle invite &#224; pr&#234;ter son regard de &lt;i&gt;queeriosit&#233;&lt;/i&gt; aux &#339;uvres dites &#8216;du pass&#233;' &#187;, VILLEMUR, Fr&#233;d&#233;rique, &#171; Pens&#233;e &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; et m&#233;lancolie du genre &#187;, in &lt;i&gt;Cahiers du Genre&lt;/i&gt;, N&#176; 43 (Genre, f&#233;minisme et valeur de l'art), SOFIO, S&#233;verine, YAVUZ, Perin Emel, MOLINIER, Pascale (&#233;d.), 2007, p. 153-169.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;&#171; Baroque &#187; veut dire &#171; bizarre &#187;, donc &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Voir DE LAURETIS, Teresa, &#171; La technologie du genre &#187; et &#171; Culture populaire, fantasmes publics et priv&#233;s : f&#233;minit&#233; et f&#233;tichisme dans &#8220;M. Butterfly&#8221; de David Cronenberg &#187;, &lt;i&gt;Th&#233;orie queer et cultures populaires. De Foucault &#224; Cronenberg&lt;/i&gt;, trad. Marie-H&#233;l&#232;ne Bourcier, Paris, La Dispute, 2007, p. 37-94, 123-181.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Voir BUTLER, Judith, &lt;i&gt;Trouble dans le genre. Le F&#233;minisme et la subversion de l'identit&#233;&lt;/i&gt;, trad. Cynthia Kraus, Paris, La D&#233;couverte, 2005.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;CL&#201;MENT, Catherine, &lt;i&gt;L'Op&#233;ra ou la d&#233;faite des femmes&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 1979.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;VIRGILE, &lt;i&gt;Les G&#233;orgiques&lt;/i&gt;, trad. Maurice Rat, Paris, Garnier-Flammarion, 1967, livre IV, v. 317-558, p. 165-172 ; OVIDE, &lt;i&gt;Les M&#233;tamorphoses&lt;/i&gt;, trad. Joseph Chamonard, Paris, Garnier-Flammarion, 1966, livre X, v. 1-142, p. 251-255, livre XI, v. 1-84, p. 275-277.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;D&#201;TIENNE, Marcel, &#171; Orph&#233;e au miel &#187;, in &lt;i&gt;Quaderni Urbinati di Cultura Classica&lt;/i&gt;, N&#176; 12, 1971, p. 7-23.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;STERNFELD, Frederick, &#171; Orpheus, Ovid and Opera &#187;, in &lt;i&gt;Journal of the Royal Musical Association&lt;/i&gt;, Vol. 113, N&#176; 2, 1988, p. 172-202 ; BULLER, Jeffrey L., &#171; Looking Backwards : Baroque Opera and the Ending of the Orpheus Myth &#187;, in &lt;i&gt;International Journal of the Classical Tradition&lt;/i&gt;, Vol. 1, N&#176; 3, hiver 1995, p. 57-79. Outre ces deux articles essentiels pour leurs listes d'op&#233;ras orphiques et leur r&#233;flexion sur l'adaptation &#224; la sc&#232;ne lyrique du r&#233;cit d'Ovide, on peut consulter encore VAN, Gilles de, &#171; M&#233;tamorphoses d'Orph&#233;e &#187;, in &lt;i&gt;L'Avant-sc&#232;ne Op&#233;ra&lt;/i&gt;, N&#176; 202 : &lt;i&gt;Monteverdi, L'Orfeo&lt;/i&gt;, mars-avril 2002, p. 90-97.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Pour reprendre le titre de l'&lt;i&gt;Ovide moralis&#233;&lt;/i&gt;, anonyme du d&#233;but du XIV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qui eut une importance consid&#233;rable sur la r&#233;ception moderne du mythe d'Orph&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;PIRROTTA, Nino, POVOLEDO, Elena, &lt;i&gt;Li due Orfei : da Poliziano a Monteverdi&lt;/i&gt;, Turin, Einaudi, 1975.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;WITTIG, Monique, &lt;i&gt;La Pens&#233;e straight&lt;/i&gt;, Paris, Balland, 2001, p. 46.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Plus que dans les paroles chant&#233;es, c'est dans le synopsis distribu&#233; aux spectateurs-trices fran&#231;ais-es que la violence est d&#233;crite. L'Argument r&#233;sume la situation ainsi : &#171; fuyant la violence d'Arist&#233;e &amp; d'un Satyre qui la vouloient enleuer, [Eurydice] meurt sous la dent venimeuse d'un serpent apost&#233; par Venus &#187;, in BUTI, Francesco, ROSSI, Luigi, &lt;i&gt;Orph&#233;e, tragi-com&#233;die en musique&lt;/i&gt;, Paris, Sebastien Cramoisy, 1647, p. 7. Par ailleurs, la sc&#232;ne 10 est ainsi r&#233;sum&#233;e : &#171; Eurydice voyant venir le Satyre pour l'enleuer s'enfuit, &amp; en courant est mordu&#235; d'un serpent &#187;, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 20.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;TELEMANN, Georg Philipp, &lt;i&gt;Di&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e wunderbare Best&#228;ndigkeit der Liebe : oder Orpheus&lt;/i&gt;, &#233;d. Ulf Grapenthin, Wolfgang Hischmann, Kassel, B&#226;le, Londres, B&#228;renreiter, 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh14' id='nb14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='footnote'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;LEGRAND, Rapha&#235;lle, &#171; Baguettes et mouchoirs : les h&#233;ro&#239;nes des trag&#233;dies en musique &#187;, &lt;i&gt;Musique : Filiation et ruptures&lt;/i&gt;, Paris, Cit&#233; de la Musique, 2005, p. 89-96.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh15' id='nb15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='footnote'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Probablement r&#233;miniscence de l'op&#233;ra de Buti et Rossi, o&#249; le serpent avait &#233;t&#233; apost&#233; par V&#233;nus.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh16' id='nb16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='footnote'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Traduction fran&#231;aise de Claudio Mancini, Elisabetta Soldini et Denis Morrier, in &lt;i&gt;L'Avant-sc&#232;ne Op&#233;ra, op. cit.&lt;/i&gt;, p. 80.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh17' id='nb17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='footnote'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;La &lt;i&gt;moresca&lt;/i&gt; qui cl&#244;t la partition de &lt;i&gt;L'Orfeo&lt;/i&gt; est peut-&#234;tre issue du d&#233;nouement originel de &lt;i&gt;La Favola d'Orfeo&lt;/i&gt;. En effet, cette danse qui figure traditionnellement les gestes d'un combat aurait pu servir de support &#224; une pantomime finale. Sa place en conclusion du d&#233;nouement apollinien ne peut cependant assumer cette fonction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh18' id='nb18' class='spip_note' title='Notes 18' rev='footnote'&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;LANDI, Stefano, &lt;i&gt;La Morte d'Orfeo, Tragicommedia pastorale&lt;/i&gt;, &#233;d. Silvia Herzog, Madison, Wisconsin, A-R Editions, 1999, p. xvii-xxiii : &#171; &lt;i&gt;Ite pur, donne insane,/ Peste del mondo e velenosi fiori,/ &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;E albergji sol nei femminile petti,/ Pi&#249; dell'inferno assai sordidi letti.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh19' id='nb19' class='spip_note' title='Notes 19' rev='footnote'&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;En a-t-il &#233;t&#233; le seul compositeur ? On sait que &lt;i&gt;Z&#233;phire et Flore&lt;/i&gt; (1688) fut &#233;crit en collaboration avec Jean-Louis Lully et &lt;i&gt;Alcide&lt;/i&gt; (1693) en collaboration avec Marin Marais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh20' id='nb20' class='spip_note' title='Notes 20' rev='footnote'&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;LA GORCE, J&#233;r&#244;me de, &lt;i&gt;Jean-Baptiste Lully&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2002, p. 364. Sur Louis Lully, voir le m&#234;me ouvrage, p. 244-245, 352-354, 368.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh21' id='nb21' class='spip_note' title='Notes 21' rev='footnote'&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;LULLY, Louis, &lt;i&gt;Orph&#233;e, Trag&#233;die mise en musique par M. de Lully l'aisn&#233;&lt;/i&gt;, Paris, Christophe Ballard, 1690, p. 62.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh22' id='nb22' class='spip_note' title='Notes 22' rev='footnote'&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;FABBRI, Paolo, &lt;i&gt;Monteverdi&lt;/i&gt;, Turin, E.D.T., 1985, p. 97 ; FENLON, Iain, &#171; The Mantuan &#8220;Orfeo&#8221; &#187;, in WHENHAM, John (&#233;d.), &lt;i&gt;Claudio Monteverdi, Orfeo&lt;/i&gt;, Cambridge, Cambridge University Press, 1986, p. 1-19.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh23' id='nb23' class='spip_note' title='Notes 23' rev='footnote'&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;FREITAS, Roger, &lt;i&gt;Portrait of a castrato. Politics, Patronage, and Music in the Life of Atto Melani&lt;/i&gt;, Cambridge, Cambridge University Press, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh24' id='nb24' class='spip_note' title='Notes 24' rev='footnote'&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;PRUNI&#200;RES, Henry, &lt;i&gt;L'Op&#233;ra italien en France avant Lulli &lt;/i&gt;[1913], Paris, Champion, 1975, p. 88-93.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh25' id='nb25' class='spip_note' title='Notes 25' rev='footnote'&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Recens&#233;es dans &lt;i&gt;L'Avant-sc&#232;ne Op&#233;ra&lt;/i&gt;, N&#176; 192 : &lt;i&gt;Gluck, Orph&#233;e&lt;/i&gt;, septembre-octobre 1999. Dans le m&#234;me num&#233;ro, voir notamment FAUQUET, Jo&#235;l-Marie, &#171; L'&lt;i&gt;Orph&#233;e et Eurydice&lt;/i&gt; de Gluck et le Berlioz d'&lt;i&gt;Orph&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, p. 46-65. Sur cette &#339;uvre, voir HOWARD, Patricia, &lt;i&gt;C.W. von Gluck, Orfeo&lt;/i&gt;, Cambridge, Cambridge University Press, 1981.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh26' id='nb26' class='spip_note' title='Notes 26' rev='footnote'&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Pour Wendy Bashant, &#171; &lt;i&gt;Orfeo and Euridice &lt;/i&gt;est l'un des op&#233;ras les plus &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; que je connaisse &#187; (&#171; &lt;i&gt;Orfeo and Euridice &lt;/i&gt;is one of the queerest operas I know &#187;), BASHANT, Wendy, &#171; Singing in Greek Drag : Gluck, Berlioz, George Eliot &#187;, in BLACKMER, Corinne E., SMITH, Patricia Juliana (&#233;d.), &lt;i&gt;En travesty.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Women, Gender Subversion, Opera&lt;/i&gt;, New York, Columbia University Press, 1995, p. 217.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh27' id='nb27' class='spip_note' title='Notes 27' rev='footnote'&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;BUTLER, Judith, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 96.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh28' id='nb28' class='spip_note' title='Notes 28' rev='footnote'&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Sur le travesti th&#233;&#226;tral, voir BANU, Georges (dir.), &lt;i&gt;Alternatives th&#233;&#226;trales&lt;/i&gt;, N&#186; 92 (Le Corps travesti), 1er trimestre 2007 ; LEVERATTO, Jean-Marc, &#171; Le sexe en sc&#232;ne. L'emploi du travesti f&#233;minin dans le th&#233;&#226;tre fran&#231;ais du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#187;, in MOINTDROT, Isabelle (&#233;d.), &lt;i&gt;Le Spectaculaire dans les arts de la sc&#232;ne, du Romantisme &#224; la Belle Epoque&lt;/i&gt;, Paris, CNRS Editions, 2006, p. 271-279. &lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh29' id='nb29' class='spip_note' title='Notes 29' rev='footnote'&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;WOOD, Elizabeth, &#171; Sapphonics &#187;, in BRETT, Philip, WOOD, Elizabeth, THOMAS, Gary C., &lt;i&gt;Queering the Pitch. The New Gay and Lesbian Musicology&lt;/i&gt;, New York, Routledge, 1994, p. 27-66.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh30' id='nb30' class='spip_note' title='Notes 30' rev='footnote'&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;LAQUEUR, Thomas, &lt;i&gt;La Fabrique du sexe. Essai sur le corps et le genre en occident&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1992.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh31' id='nb31' class='spip_note' title='Notes 31' rev='footnote'&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;WOOD, Elizabeth, &lt;i&gt;art. cit.&lt;/i&gt;, p. 30.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh32' id='nb32' class='spip_note' title='Notes 32' rev='footnote'&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Est-ce un hasard si la part masculine de la voix de &#171; Farinelli &#187; a &#233;t&#233; emprunt&#233;e &#224; celle de Derek Lee Ragin, contre-t&#233;nor qui avait enregistr&#233; trois ans auparavant un &lt;i&gt;Orfeo ed Euridice&lt;/i&gt; sous la direction de John Eliot Gardiner ?&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh33' id='nb33' class='spip_note' title='Notes 33' rev='footnote'&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;BARBIER, Patrick, &lt;i&gt;Histoire des castrats&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 1989 ; id., &lt;i&gt;Farinelli, le castrat des Lumi&#232;res&lt;/i&gt;, Paris, Grasset, 1994.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh34' id='nb34' class='spip_note' title='Notes 34' rev='footnote'&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;FREITAS, Roger, &#171; The Eroticism of Emasculation : Confronting the Baroque Body of the Castrato &#187;, in &lt;i&gt;The Journal of Musicology&lt;/i&gt;, Vol. 20, N&#176; 2, printemps 2003, p. 196-249.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh35' id='nb35' class='spip_note' title='Notes 35' rev='footnote'&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;BEAUVOIR, Simone de, &lt;i&gt;Le Deuxi&#232;me sexe&lt;/i&gt; [1949], Paris, Gallimard, &#171; Folio &#187;, t. II, 1986, p. 13. Beauvoir place les femmes entre les &#171; m&#226;les &#187; et les &#171; castrats &#187;, &#224; une &#233;poque o&#249; les castrats &#233;taient d&#233;finis d'abord par leur mutilation. Aujourd'hui que le terme fait r&#233;f&#233;rence &#224; une cat&#233;gorie d'artistes &#233;rig&#233;s en mythe, les castrats se situent entre les deux p&#244;les, f&#233;minin et masculin.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh36' id='nb36' class='spip_note' title='Notes 36' rev='footnote'&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;WITTIG, Monique, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 46.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh37' id='nb37' class='spip_note' title='Notes 37' rev='footnote'&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;ABBATE, Carolyn, &#171; Opera ; or, the Envoicing of Women &#187;, in SOLIE, Ruth A., &lt;i&gt;Musicology and Difference. Gender and Sexuality in Music Scholarship&lt;/i&gt;, Berkeley, Los Angeles, University of California Press, 1993, p. 234.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh38' id='nb38' class='spip_note' title='Notes 38' rev='footnote'&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sacrificium, The art of the castrati&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;A cinematographic vision by Olivier Simonnet&lt;/i&gt;, Cecilia Bartoli, Il Giardino Armonico, dir. Giovanni Antonini, Decca, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh39' id='nb39' class='spip_note' title='Notes 39' rev='footnote'&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;a href=&quot;http://www.youtube.com/watch?v=Eg-ww1YwdwE&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://www.youtube.com/watch?v=Eg-ww1YwdwE&lt;/a&gt;, consult&#233; le 28 mai 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh40' id='nb40' class='spip_note' title='Notes 40' rev='footnote'&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;DeMARCO, Laura E., &#171; The fact of the Castrato and the Myth of the Countertenor &#187;, in &lt;i&gt;The Musical Quarterly&lt;/i&gt;, Vo. 86, N&#186; 1, &#233;t&#233; 2002, p. 174-185. En soulignant la diff&#233;rence en falsettistes et castrats pour regretter le choix des premiers dans les reconstitutions modernes, DeMarco participe d'une certaine fa&#231;on &#224; la construction du &#171; mythe &#187; des castrats : son concept de &#171; castrato-centered opera &#187; minore le r&#244;le des chanteuses dans les op&#233;ras des si&#232;cles pass&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh41' id='nb41' class='spip_note' title='Notes 41' rev='footnote'&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;MORRIS, Mitchell, &#171; Reading as an Opera Queen &#187;, in SOLIE, Ruth A., &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 184-200.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh42' id='nb42' class='spip_note' title='Notes 42' rev='footnote'&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Sur la voix du falsettiste et ses repr&#233;sentations homosexuelles, voir KOESTENBAUM, Wayne, &lt;i&gt;The Queen's Throat : Opera, Homosexuality and the Mystery of Desire&lt;/i&gt;, New York, Poseidon, 1993.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh43' id='nb43' class='spip_note' title='Notes 43' rev='footnote'&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;CASTLE, Terry, &#171; In Praise of Brigitte Fassbaender : Reflections on Diva-Worship &#187;, in BLACKMER, Corinne E., SMITH, Patricia Juliana (&#233;d.), &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 20-58.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh44' id='nb44' class='spip_note' title='Notes 44' rev='footnote'&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Sur le travestissement f&#233;minin, voir &lt;i&gt;Clio, Histoire, Femmes et Soci&#233;t&#233;s&lt;/i&gt;, N&#176; 10 (Femmes travesties : un &#171; mauvais genre &#187; ), 1999 ; STEINBERG, Sylvie, &lt;i&gt;La Confusion des sexes. Le Travestissement de la Renaissance &#224; la R&#233;volution&lt;/i&gt;, Paris, Fayard, 2001 ; LEDUC, Guyonne (&#233;d.), &lt;i&gt;Travestissement f&#233;minin et libert&#233;(s)&lt;/i&gt;, Paris, L'Harmattan, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh45' id='nb45' class='spip_note' title='Notes 45' rev='footnote'&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;BOURCIER, Marie-H&#233;l&#232;ne, &#171; Des &#8220;Femmes travesties&#8221; aux pratiques transgenres : repenser et queeriser le travestissement &#187;, in &lt;i&gt;Queer Zones. Politique des identit&#233;s sexuelles et des savoirs&lt;/i&gt; [2001], Paris, &#201;ditions Amsterdam, 2006, p. 119-134.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>32. Transferts culturels v&#233;cus. Entretien avec Annegret Fauser</title>
		<link>http://transposition-revue.org/Transferts-culturels-vecus</link>
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		<dc:date>2013-03-04T09:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Contreras Zubillaga, Rieu</dc:creator>


		<dc:subject>30. Entretiens</dc:subject>

		<description>Annegret Fauser a bien voulu r&#233;pondre &#224; nos questions portant sur son parcours personnel, sur sa vision des diff&#233;rentes traditions scientifiques et sur son propre travail, et nous livre dans cet entretien le portrait sinc&#232;re d'une chercheuse passionn&#233;e par ses objets de recherche &#8211; par le travail d'archive tout autant que par les grands d&#233;bats th&#233;oriques et m&#233;thodologiques qui animent le monde universitaire.

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/Musique-et-theorie-queer" rel="directory"&gt;3. Musique et th&#233;orie queer&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/mot/entretiens" rel="tag"&gt;30. Entretiens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&quot;cs_sommaire cs_sommaire_avec_fond&quot; id=&quot;outil_sommaire&quot;&gt; &lt;div class=&quot;cs_sommaire_inner&quot;&gt; &lt;div class=&quot;cs_sommaire_titre_avec_fond&quot;&gt; Sommaire &lt;/div&gt; &lt;ul&gt; &lt;li&gt;&lt;a title=&quot;Bibliographie s&#233;lective&quot; href=&quot;http://transposition-revue.org/spip.php?page=backend#bibliographie_selective&quot;&gt;Bibliographie s&#233;lective&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&quot;Parcours et confrontation des traditions de recherche&quot; href=&quot;http://transposition-revue.org/spip.php?page=backend#parcours_et_confrontation_des_traditions_de_recherche&quot;&gt;Parcours et confrontation des (...)&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a title=&quot;Retour sur le contenu des recherches et les m&#233;thodes d&amp;#39;approche&quot; href=&quot;http://transposition-revue.org/spip.php?page=backend#retour_sur_le_contenu_des_recherches_et_les_methodes_d_approche&quot;&gt;Retour sur le contenu des recherches et&lt;/a&gt;&lt;/li&gt; &lt;/ul&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;p&gt;Professeure de musicologie &#224; l'universit&#233; de Caroline du Nord &#224; Chapel Hill, Annegret Fauser s'est vue d&#233;cerner en 2011 pour l'ensemble de ses recherches la prestigieuse &lt;i&gt;Dent Medal&lt;/i&gt; de la &lt;i&gt;Royal Musical Association&lt;/i&gt;. Apr&#232;s s'&#234;tre form&#233;e &#224; la musicologie, &#224; l'histoire de l'art et &#224; la philosophie en Allemagne (o&#249; elle a soutenu sa th&#232;se en 1992, &#224; Bonn) et en France (&#224; l'&#201;cole Normale Sup&#233;rieure de Paris), elle a enseign&#233; la musicologie &#224; l'universit&#233; Fran&#231;ois Rabelais de Tours, &#224; l'universit&#233; Humboldt de Berlin, ainsi qu'&#224; la City University de Londres. Sp&#233;cialiste de la musique et de la vie musicale fran&#231;aises du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et du d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, elle s'est int&#233;ress&#233;e, du fait de son parcours international, aux processus de transferts culturels qui ont eu lieu entre la France et l'Allemagne et entre l'Europe et les &#201;tats-Unis, qu'elle aborde entre autres &#224; travers le prisme de l'identit&#233; culturelle et du nationalisme musical. Elle a accord&#233; depuis le d&#233;but de ses recherches une attention particuli&#232;re &#224; la place des femmes dans le monde de la musique, et souscrit pleinement au projet f&#233;ministe cherchant &#224; r&#233;int&#233;grer les femmes dans l'&#233;difice du savoir historique et musicologique (elle a d'ailleurs &#233;t&#233;, en 2012, professeure invit&#233;e &#224; l'Institut de recherche sur le Genre et les Femmes de l'universit&#233; de Vienne). Plus r&#233;cemment, elle a conduit des recherches sur la vie musicale am&#233;ricaine, et viens d'achever une monographie portant sur la musique aux &#201;tats-Unis durant la Seconde Guerre mondiale. Son travail se caract&#233;rise par la diversit&#233; des approches mises en &#339;uvre pour appr&#233;hender la sph&#232;re musicale, et par le large &#233;ventail des sources d&#233;couvertes et analys&#233;es pour chacun des sujets qu'elle a abord&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Annegret Fauser a bien voulu r&#233;pondre &#224; nos questions portant sur son parcours personnel, sur sa vision des diff&#233;rentes traditions scientifiques et sur son propre travail, et nous livre dans cet entretien le portrait sinc&#232;re d'une chercheuse passionn&#233;e par ses objets de recherche &#8211; par le travail d'archive tout autant que par les grands d&#233;bats th&#233;oriques et m&#233;thodologiques qui animent le monde universitaire.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot; id=&quot;bibliographie_selective&quot;&gt;&lt;a title=&quot;Sommaire&quot; href=&quot;http://transposition-revue.org/spip.php?page=backend#outil_sommaire&quot; class=&quot;sommaire_ancre&quot;&gt; &lt;/a&gt;Bibliographie s&#233;lective&lt;/h3&gt;
&lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Monographies et &#233;ditions&lt;/strong&gt;&lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.oup.com/us/catalog/general/subject/Music/?view=usa&amp;ci=9780199948031#&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;Sounds of War : Music in the United States during World War II&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, New York, Oxford, Oxford University Press, 2013.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Music, Theater, and Cultural Transfer : Paris, 1830-1914&lt;/i&gt;, co-&#233;dit&#233; avec Mark Everist, Chicago, University of Chicago Press, 2009.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Music &amp; Identity &#187;, in &lt;i&gt;The Musical Quarterly&lt;/i&gt;, Vol. 89, N&#186; 4, 2006, co-&#233;dit&#233; avec Tamara Levitz.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Musical Encounters at the 1889 Paris World's Fair&lt;/i&gt;, Rochester, NY, University of Rochester Press, 2005.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;Der Orchestergesang in Frankreich zwischen 1870 und 1920&lt;/i&gt;, 2 vols., Freiburger Beitr&#228;ge zur Musikwissenschaft, Laaber, Laaber-Verlag, 1994.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Contributions dans des ouvrages collectifs&lt;/strong&gt;&lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; &#171; What's in a Song ? Camille Saint-Sa&#235;ns's &lt;i&gt;M&#233;lodies&lt;/i&gt; &#187;, in PASLER, Jann (&#233;d.), &lt;i&gt;Saint-Sa&#235;ns and his World&lt;/i&gt;, Princeton, Princeton University Press, 2012, p. 210-231.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Presenting a Great Truth' : William Grant Still's &lt;i&gt;Afro-American Symphony &lt;/i&gt;(1930) &#187;, in BORK, Camilla, KLEIN, Tobias, MEISCHEIN, Burkhard, MEYER, Andreas, PLEBUCH, Tobias (&#233;d.), &lt;i&gt;Ereignis und Exegese &#8211; Musikinterpretation und Interpretation der Musik&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Festschrift f&#252;r Hermann Danuser&lt;/i&gt;, Schliengen, Edition Argus, 2011, p. 644-653.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Carmen in Khaki : Europ&#228;ische Oper in den Vereinigten Staaten w&#228;hrend des Zweiten Weltkrieges &#187;, in M&#220;LLER, Sven Oliver, THER, Philipp, TOELLE, Jutta, ZUR NIEDEN, Gesa (&#233;d.), &lt;i&gt;Oper im Wandel der Gesellschaft. Kulturtransfers und Netzwerke des Musiktheaters im modernen Europa&lt;/i&gt;, Vienna, Oldenbourg and B&#246;hlau, 2010, p. 303-329.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; &#8220;Cette musique sans tradition&#8221; : Wagner's Tannh&#228;user and its French Critics &#187;, in FAUSER, Annegret, EVERIST, Mark (&#233;d.), &lt;i&gt;Music, Theater, and Cultural Transfer : Paris, 1830-1914&lt;/i&gt;, Chicago, University of Chicago Press, 2009, p. 228-255.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Debacle at the Paris Op&#233;ra : Tannh&#228;user and the French Critics, 1861 &#187;, in GREY, Thomas S. (&#233;d.), &lt;i&gt;Wagner and His World&lt;/i&gt;, Princeton, Princeton University Press, 2009, p. 231-234.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; &#8220;Wagnerism&#8221; : Responses to Wagner in Music and the Arts &#187;, in GREY, Thomas S. (&#233;d.), &lt;i&gt;The Cambridge Companion to Wagner&lt;/i&gt;, Cambridge, Cambridge University Press, 2008, p. 221-234.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; New Media, Source-Bonding and Alienation : Listening at the 1889 Exposition Universelle &#187;, in KELLY, Barbara L. (&#233;d.), &lt;i&gt;French Music, Culture, and National Identity, 1870-1939&lt;/i&gt;, Rochester, NY, University of Rochester Press, 2008, p. 40-57.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Comment devenir compositeur : Les strat&#233;gies de Lili Boulanger et ses contemporaines, &#187; in LAEDERICH, Alexandra (&#233;d.), &lt;i&gt;Nadia Boulanger et Lili Boulanger. T&#233;moignages et &#233;tudes&lt;/i&gt;, Lyon, &#201;ditions Sym&#233;trie, 2007, p. 273-288.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Oscarine und Reginette : ein komisches Zwischenspiel in der franz&#246;sischen Wagnerrezeption &#187;, in BIGET-MAINFROY, Michelle, SCHMUSCH, Rainer (&#233;d.), &lt;i&gt;&#171; L'Esprit fran&#231;ais &#187; und die Musik Europas : Entstehung, Einflu&#223; und Grenzen einer &#228;sthetischen Doktrin. Festschrift f&#252;r Herbert Schneider zum 65. Geburtstag&lt;/i&gt;, Vol. 40, Studien und Materialien zur Musikwissenschaft. Hildesheim, Z&#252;rich, New York, Georg Olms Verlag, 2007, p. 575-590.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Histoires interrompues : raconter l'histoire de la musique en France &#187; (traduit par H&#233;l&#232;ne Panneton), in CARON, Sylvain, DUCHESNEAU, Michel, DE M&#201;DICIS, Fran&#231;ois (&#233;d.), &lt;i&gt;Musique et modernit&#233; en France 1900-1950&lt;/i&gt;, Montr&#233;al, Presses de l'Universit&#233; de Montr&#233;al, 2006, p. 19-50.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Lorelei and Other Rhine Maidens &#187;, in AUSTERN, Linda, NARODITSKAYA, Inna (&#233;d.), &lt;i&gt;Music of the Sirens&lt;/i&gt;, Bloomington, Indiana University Press, 2006, p. 250-272.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Arch&#233;ologue malgr&#233; lui : Vincent d'Indy et les usages de l'histoire &#187;, in SCHWARTZ, Manuela (&#233;d.), &lt;i&gt;Vincent d'Indy et son temps&lt;/i&gt;, Li&#232;ge, Mardaga, 2006, p. 122-133.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Articles&lt;/strong&gt;&lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; &#171; Cultural Musicology : New Perspectives on World War II, &#187; in &lt;i&gt;Zeithistorische Forschungen/Studies in Contemporary History&lt;/i&gt;, Vol. 8, N&#186; 2, 2011, p. 282-86.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; &#8220;Dixie Carmen&#8221; : War, Race, and Identity in Oscar Hammerstein's &lt;i&gt;Carmen Jones&lt;/i&gt; (1943) &#187;, in &lt;i&gt;Journal of the Society for American Music&lt;/i&gt;, Vol. 4, N&#186; 2, 2010, p. 127-174.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; &#8220;Hymns of the Future&#8221; : Reading F&#233;licien David's &lt;i&gt;Christophe Colomb&lt;/i&gt; as a Saint-Simonian Symphony &#187;, in &lt;i&gt;Journal of Musicological Research&lt;/i&gt;, Vol. 28, N&#186; 1, 2009, p. 1-29.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Aaron Copland, Nadia Boulanger, and the Making of an &#8220;American&#8221; Composer &#187;, in &lt;i&gt;The Musical Quarterly&lt;/i&gt;, Vol. 89, N&#186; 4, 2006, p. 524-554.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Creating Madame Landowska &#187;, in &lt;i&gt;Women &amp; Music : A Journal of Gender and Culture&lt;/i&gt;, Vol. 10, 2006, p. 1-23.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; &#171; Composer en tant que catholique : Une relecture de la musique vocale de Lili Boulanger &#187; (traduit par Marie-H&#233;l&#232;ne Benoit-Otis), in &lt;i&gt;Intersections&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Canadian Journal of Music&lt;/i&gt;, Vol. 26, N&#186; 1, 2006, p. 114-123.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot; id=&quot;parcours_et_confrontation_des_traditions_de_recherche&quot;&gt;&lt;a title=&quot;Sommaire&quot; href=&quot;http://transposition-revue.org/spip.php?page=backend#outil_sommaire&quot; class=&quot;sommaire_ancre&quot;&gt; &lt;/a&gt;Parcours et confrontation des traditions de recherche&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Les traditions scientifiques en contexte global&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez &#233;t&#233; confront&#233;e, au cours de votre carri&#232;re de chercheuse, &#224; diverses traditions scientifiques, puisque vous avez &#233;tudi&#233; d'abord en Allemagne, puis en France, avant de rejoindre le Royaume-Uni et les &#201;tats-Unis. Pourriez-vous en quelque sorte reconstituer votre parcours scientifique en confrontant les traditions de recherche que vous avez rencontr&#233;es ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je pense qu'il faut comprendre ce parcours selon deux perspectives : d'une part en tant que d&#233;veloppement diachronique, d'autre part comme une question relative aux traditions locales de culture scientifique. Par exemple, la musicologie allemande de mes ann&#233;es de formation au d&#233;but des ann&#233;es 1980 &#233;tait bien plus positiviste que celle que j'ai connue &#224; Berlin au d&#233;but des ann&#233;es 1990 ou bien que celle que j'ai pu d&#233;couvrir lors de mon s&#233;jour au &lt;i&gt;Wissenschaftskolleg&lt;/i&gt; &#224; Berlin en 2009&#8211;2010. Tenant compte de ces deux perspectives, laissez-moi r&#233;pondre par tranches chronologiques.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mon &#233;ducation musicologique, d&#233;j&#224;, fut biculturelle : elle eut lieu d'abord dans une universit&#233; allemande (&#224; Bonn) et puis, pendant trois ans, &#224; Paris, o&#249; j'ai &#233;tudi&#233; &#224; l'&#201;cole Normale Sup&#233;rieure en qualit&#233; d'&#233;tudiante &#233;trang&#232;re. Cette p&#233;riode fut suivie de deux ann&#233;es parisiennes suppl&#233;mentaires (dont un post-doc DAAD/Maison des Sciences de l'Homme). L'Allemagne, &#224; cette &#233;poque, commen&#231;ait &#224; bouger : les r&#233;volutions id&#233;ologiques des ann&#233;es 1970 filtraient dans les discours universitaires plus g&#233;n&#233;raux, ce qui cr&#233;ait une sorte de contrepoint lib&#233;rateur, m&#234;me en musicologie. Ce qui constitue peut-&#234;tre l'influence la plus importante de mon &#233;ducation allemande fut l'interdisciplinarit&#233; inscrite dans un syst&#232;me universitaire qui demandait que j'&#233;tudie non seulement la musicologie jusqu'au niveau doctoral, mais aussi deux autres mati&#232;res (en l'occurrence, la philosophie et l'histoire de l'art). De plus, les ann&#233;es 1980 furent une p&#233;riode de f&#233;minisme actif (fondateur pour mes enqu&#234;tes universitaires). En ce qui concerne mes ann&#233;es en France, j'ai pu &#234;tre confront&#233;e &#224; des m&#233;thodologies telles que celle des transferts culturels (Michel Espagne, Michael Werner) ou bien celle de la d&#233;construction (surtout Derrida). Au-del&#224; de tous ces grands discours th&#233;oriques (si vibrants alors &#224; Paris), j'ai d&#233;couvert mon c&#244;t&#233; &#171; rat d'archive &#187; en parcourant les richesses de la Biblioth&#232;que nationale (surtout dans le D&#233;partement de la Musique) et des Archives nationales.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s deux ans d'enseignement &#224; l'universit&#233; Humboldt de Berlin (1993-1995), je partis pour Londres (1995&#8211;2001), &#224; un moment de grandes &#233;volutions m&#233;thodologiques et institutionnelles. &#192; cette &#233;poque, la New Musicology &#233;tait &#224; son apog&#233;e et nous permettait d'&#233;tablir une sorte de fusion individualis&#233;e de m&#233;thodologies issues de champs aussi divers que ceux de l'&#233;tude de la r&#233;ception, de l'analyse de la sexualit&#233;, et de l'ethnomusicologie. Mes propres recherches ont b&#233;n&#233;fici&#233; de ces richesses m&#233;thodologiques, notamment parce qu'&#224; cette &#233;poque-l&#224;, le Royaume-Uni constituait une plateforme charni&#232;re entre la musicologie europ&#233;enne et celle des &#201;tats-Unis. Il existait une forte relation transatlantique (facilit&#233;e par une langue et des pratiques communes) ; par ailleurs, le Royaume-Uni se trouvait dans une p&#233;riode europhile et &#233;tait engag&#233; dans des &#233;changes avec les pays d'outre-Manche.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;J'ai enfin pass&#233; douze ans (jusqu'&#224; maintenant) en Caroline du Nord. Bien que je reste ouverte aux d&#233;veloppements m&#233;thodologiques (et j'ai enrichi et chang&#233; mes approches, bien s&#251;r), ces ann&#233;es ont beaucoup moins &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;es par l'acquisition de nouvelles approches m&#233;thodologiques que par une forme de consolidation th&#233;orique. Ceci dit, en travaillant dans un contexte universitaire qui valorise les cultures populaires, j'ai commenc&#233; &#224; int&#233;grer d'autres r&#233;pertoires &#224; mes champs de recherche. Mon c&#244;t&#233; &#171; rat d'archive &#187; fut combl&#233; par la d&#233;couverte de la &lt;i&gt;Library of Congress&lt;/i&gt;, dont les fonds me permirent de travailler sur la musique aux &#201;tats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. S'il y a une chose &#224; critiquer des &#201;tats-Unis, c'est l'insularit&#233; croissante du discours musicologique, surtout en ce qui concerne les recherches men&#233;es dans des langues autres que l'anglais.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez suivi aux &#201;tats-Unis le d&#233;veloppement de la New Musicology : est-ce que cette formule a selon vous encore un sens ? &#192; quoi ressemblent la recherche musicologique actuelle aux &#201;tats-Unis et l'enseignement de la musicologie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La New Musicology peut &#234;tre envisag&#233;e selon deux points de vue. Pour les &#171; vieux &#187; (comme moi), elle suscite une forme de nostalgie. C'&#233;tait une approche plut&#244;t r&#233;volutionnaire dans les ann&#233;es 1980, o&#249; nous avons d&#233;fi&#233; les m&#233;thodologies centr&#233;es sur le texte musical et le &#171; canon &#187; traditionnel en privil&#233;giant une interpr&#233;tation de l'objet sonore &#224; travers les pratiques et constructions sociales, politiques, et &#233;pist&#233;mologiques. Pour les jeunes, c'est devenu &#171; la &#187; musicologie du pass&#233; r&#233;cent, utilis&#233;e de mani&#232;re plut&#244;t incontest&#233;e (c'est la normalit&#233; universitaire), &#224; laquelle se superposent de nouvelles questions. Aujourd'hui, donc, la formule de New Musicology ne fait sens qu'en tant que cat&#233;gorie historiographique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est impossible de caract&#233;riser en deux mots la recherche actuelle aux &#201;tats-Unis, parce que les &#201;tats-Unis sont bien plus &#233;tendus que ce que l'on s'imagine en Europe. Il m'a fallu pas mal de temps pour comprendre que le Texas est aussi diff&#233;rent de la Californie ou du Vermont que la Gr&#232;ce de l'Allemagne ou de la France. Et bien qu'il y ait un circuit universitaire &#224; peu pr&#232;s unifi&#233; ici, des diff&#233;rences g&#233;opolitiques sont &#224; l'&#339;uvre dans l'enseignement et dans les directions de recherche. Cette impression de diversit&#233; s'est accrue au cours de ces trois derni&#232;res ann&#233;es, durant lesquelles j'ai exerc&#233; la fonction d'&#171; Editor-in-Chief &#187; du &lt;i&gt;Journal of the American Musicological Society&lt;/i&gt;. J'ai eu le privil&#232;ge, durant ces ann&#233;es, de lire des contributions d'une grande vari&#233;t&#233; m&#233;thodologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Ressentez-vous un d&#233;calage, actuellement, entre les &#201;tats-Unis et l'Europe en ce qui concerne la recherche musicologique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Oui et non. Premi&#232;rement, il faut d&#233;finir ce qu'est &#171; l'Europe &#187;. Comme je viens de le dire, les relations des &#201;tats unis avec le Royaume-Uni d'une part et avec l'Europe continentale d'autre part sont bien diff&#233;rentes. Par ailleurs, il faut tenir compte du fait que les chercheurs engag&#233;s dans des recherches portant sur un sujet europ&#233;en &#8211; par exemple Suzanne Cusick avec l'Italie du XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, Ralph Locke avec la musique fran&#231;aise du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ou encore Kevin Bartig avec la musique sovi&#233;tique du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &#8211;, sont tr&#232;s au courant de la recherche musicologique europ&#233;enne portant sur ces sujets.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Malheureusement, il y a aussi un d&#233;calage croissant entre les deux continents, surtout en ce qui concerne les &#233;tudes sur la musique am&#233;ricaine, la musique populaire, et la musicologie th&#233;orique (dans les deux sens du mot : analyse musicale et m&#233;thodologie). Pour moi, il y a deux raisons &#224; cela : d'une part, l'orientation simultan&#233;ment locale et globale de notre champ de recherche. Par exemple, du point de vue des &#201;tats-Unis et dans un contexte plus global, l'Europe n'est plus consid&#233;r&#233;e comme un espace privil&#233;gi&#233; de connaissance et de r&#233;flexion (&#224; tel point que nous assistons au d&#233;veloppement de discours virulemment antieurop&#233;ens). Bien des chercheurs aux &#201;tats-Unis ne s'int&#233;ressent plus qu'aux discours locaux ou &#224; d'autres discours, d'ailleurs, mais qui proviennent d'aires g&#233;ographiques autres que l'Europe (on s'int&#233;resse peu, par exemple, &#224; la recherche europ&#233;enne concernant l'Am&#233;rique latine). Mais j'ai observ&#233; aussi un rejet des recherches am&#233;ricaines parmi les chercheurs europ&#233;ens. Cette ignorance mutuelle est r&#233;cente, et cela me rend triste.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;2. Les Gender Studies&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Tr&#232;s t&#244;t dans vos recherches, vous avez int&#233;gr&#233; l'&#233;tude des femmes et de leur r&#244;le dans la vie musicale&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir par exemple : FAUSER, Annegret, PLEBUCH, Tobias &#171; Gender Studies : Ein (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;i&gt;, alors que la musicologie restait une &#171; science virile &#187;, en Europe du moins, au sens o&#249; elle n'avait pas accompli de retour r&#233;flexif sur la nature genr&#233;e de ses objets d'&#233;tude. Qu'est-ce qui vous a pouss&#233;e &#224; vous int&#233;resser aux femmes, comment expliquez-vous ce choix ? Quelle &#233;tait l&#224;-dedans la part subjective et militante ? Avez-vous &#233;t&#233; influenc&#233;e dans vos choix par un courant scientifique, ou un courant de revendications sociales ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis f&#233;ministe depuis mon adolescence, et cela se traduit sur le plan politique autant que sur le plan universitaire. En ce qui concerne la recherche, j'ai d&#233;couvert la musicologie f&#233;ministe en deux &#233;tapes : d'abord, alors que j'&#233;tais encore au lyc&#233;e, ce fut la d&#233;couverte des compositrices &#224; travers un livre synth&#233;tique d'Eva Weissweiler [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Eva Weissweiler est une &#233;crivaine allemande, docteure en musicologie, qui a (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;] (cadeau re&#231;u &#224; l'occasion de mon seizi&#232;me anniversaire) ; puis, au cours de mes &#233;tudes doctorales, je me suis ouverte au discours f&#233;ministe. Ce dernier s'int&#233;ressait non seulement &#224; ces musiciennes ignor&#233;es par l'historiographie, mais offrait aussi une critique f&#233;ministe de l'art et de l'historiographie. Il y avait surtout trois th&#233;oriciennes au centre de cette d&#233;couverte : Eva Rieger, Catherine Cl&#233;ment, et Susan McClary. Pour moi, les deux approches &#8211; recherche sur les femmes et analyse f&#233;ministe &#8211; sont profond&#233;ment compl&#233;mentaires.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Accepteriez-vous de faire un retour sur le d&#233;veloppement de vos r&#233;flexions sur la question au cours de votre carri&#232;re scientifique ? Quels ont &#233;t&#233; les diff&#233;rentes motivations, les infl&#233;chissements, et les continuit&#233;s dans vos recherches &#224; ce sujet ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au d&#233;but, mes travaux s'inscrivant dans le champ des &lt;i&gt;Gender Studies&lt;/i&gt; &#233;taient motiv&#233;s par deux &#233;l&#233;ments : le besoin de &#171; r&#233;cup&#233;rer &#187; les compositrices pour les r&#233;int&#233;grer au sein de l'&#233;difice de la connaissance moderne, et la simple curiosit&#233; de savoir s'il y avait des musiciennes que je pouvais trouver int&#233;ressantes. J'ai eu beaucoup de chance parce que mes recherches de doctorat (sur la m&#233;lodie avec accompagnement d'orchestre durant la p&#233;riode fin-de-si&#232;cle en France) et mes int&#233;r&#234;ts f&#233;ministes convergeaient dans l'&#233;tude des compositions d'Augusta Holm&#232;s et des s&#339;urs Boulanger dans ce genre. Apr&#232;s avoir d&#233;couvert la musique sublime de Lili Boulanger, je commen&#231;ai &#224; reconstituer les conditions culturelles, sociologiques et politiques qui d&#233;finissaient la vie professionnelle d'une compositrice. Cette trame me mena vers la r&#233;daction de deux articles dont je suis encore tr&#232;s fi&#232;re : le premier porte sur le th&#232;me de &#171; la femme fragile &#187; &#224; travers une &#233;tude de &lt;i&gt;La princesse Maleine&lt;/i&gt; de Lili Boulanger et r&#233;fl&#233;chit &#224; la mani&#232;re dont la biographie, la cr&#233;ation et la r&#233;ception f&#233;minines s'entrecroisent [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='FAUSER, Annegret, &#171; Lili Boulanger's La Princesse Maleine : A Composer and (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]. Le second, qui s'int&#233;resse aux quatre femmes qui particip&#232;rent au Prix de Rome entre 1903 et 1913, se demande pourquoi Lili Boulanger (et non pas Juliette Toutain, H&#233;l&#232;ne Fleury, ou Nadia Boulanger) fut la premi&#232;re &#224; remporter le premier prix. Ces recherches font partie de celles qui, au cours de ma carri&#232;re, m'ont procur&#233; le plus d'&#233;motions. Je me souviens parfaitement du jour o&#249;, aux Archives nationales, les larmes me sont mont&#233;es aux yeux devant les documents qui montraient comment la famille de Toutain et le Conservatoire avaient conspir&#233; pour tenter de la tenir &#224; l'&#233;cart du concours. On n'est pas toujours d&#233;tach&#233; de ses sujets ! J'ai conserv&#233; cet int&#233;r&#234;t pour les carri&#232;res f&#233;minines en musique, par exemple celle de Wanda Landowska, mais j'ai continu&#233; aussi &#224; travailler sur les conditions plus g&#233;n&#233;rales de la cr&#233;ation musicale f&#233;minine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Depuis, j'ai d&#233;velopp&#233; d'autres types d'enqu&#234;te relevant des &lt;i&gt;Gender Studies&lt;/i&gt; ; je me suis par exemple int&#233;ress&#233;e &#224; l'imaginaire du f&#233;minin dans la musique fran&#231;aise (et, &#224; partir de l&#224;, dans la musique occidentale, plus g&#233;n&#233;ralement), ou encore &#224; la question de l'analyse f&#233;ministe d'op&#233;ra. De plus, mes approches f&#233;ministes entraient en r&#233;sonance avec d'autres questions, par exemple celle du nationalisme musical (voir &#171; Gendering the Nations &#187;), celle du racisme en musique (surtout dans mes travaux sur l'Exposition universelle de 1889) ou encore celle du Wagn&#233;risme en France [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='FAUSER, Annegret, &#171; Gendering the Nations : The Ideologies of French (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Avez-vous constat&#233; des diff&#233;rences entre les aires europ&#233;ennes et am&#233;ricaines en ce qui concerne la place des femmes dans vos recherches historiques ? Et dans la recherche, y a-t-il un clivage entre l'Europe et les &#201;tats-Unis ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; cette question, il faut la complexifier en incluant non seulement les femmes, mais aussi les &lt;i&gt;Gender Studies&lt;/i&gt; et les &#233;tudes sur la sexualit&#233;/homosexualit&#233; en musique. Peut-&#234;tre la diff&#233;rence la plus profonde entre les &#201;tats-Unis et l'Europe est-elle le &#171; mainstreaming &#187; am&#233;ricain des recherches sur l'identit&#233; sexuelle en musique. Je pense que cette diff&#233;rence se base sur la rencontre de la New Musicology dont on parlait plus t&#244;t et des &lt;i&gt;Gender Studies&lt;/i&gt;. En Europe et aux &#201;tats-Unis, beaucoup de travaux portant sur les femmes dans la musique &#233;taient de nature archivistique, il s'agissait d'ouvrages qui visaient &#224; collecter les donn&#233;es historiques auxquelles on ne s'&#233;tait pas int&#233;ress&#233;s auparavant (informations biographiques et institutionnelles), approche d&#233;cri&#233;e parfois comme positiviste. Aux &#201;tats-Unis, dans les ann&#233;es 1990, le mot &#171; positiviste &#187; est devenu une sorte d'injure. En revanche, en Europe, on continuait &#224; mener ces recherches approfondies sur les femmes (compositeurs, interpr&#232;tes, cantatrices) &#8211; voir les biographies, &#233;ditions et colloques d&#233;di&#233;s &#224; des individus tels que Fanny Mendelssohn ou Louise Farrenc. Cela ne veut pas dire que les recherches europ&#233;ennes ne portaient pas aussi sur des questions de genre, au contraire. Mais en Europe la recherche f&#233;ministe gardait au centre de ses enqu&#234;tes les femmes (du pass&#233; et du pr&#233;sent), tandis qu'aux &#201;tats-Unis, les &lt;i&gt;Gender Studies &lt;/i&gt;se portaient souvent sur les &#171; grands hommes &#187; de Beethoven &#224; Wagner ou Michael Jackson. D'ailleurs, ce retour aux &#171; grands hommes &#187; effectu&#233; par les &lt;i&gt;Gender Studies&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; critiqu&#233; d&#232;s le d&#233;but [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Cf. HIGGINS, Paula, &#171; Women in Music, Feminist Criticism, and Guerrilla (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Une autre grande diff&#233;rence entre les deux traditions concerne l'approche m&#233;thodologique. Aux &#201;tats-Unis, la r&#233;ception de Foucault et autres penseurs continentaux d&#233;pendait des traductions publi&#233;es, et au fur et &#224; mesure que ces volumes &#233;taient traduits, les discussions sur le pouvoir social et sur la sexualit&#233; se d&#233;veloppaient sous une forme un peu hasardeuse d'appropriation cr&#233;atrice. La th&#233;oricienne la plus influente dans ce contexte est Judith Butler, avec ses th&#233;ories sur la &#171; performativity &#187; des genres et de la sexualit&#233;. Si des auteur(e)s telles que Luce Irigaray et Julia Kristeva en France, ou bien Adriana Cavarero et Luisa Muraro en Italie mettaient la corporalit&#233; f&#233;minine au centre d'un discours f&#233;ministe, pour Judith Butler, Eve Kosofsky Sedgwick ou David M. Halperin, la qualit&#233; essentiellement performative de l'identit&#233; sexuelle mettait en question cette diff&#233;rence incorpor&#233;e. Pour moi, ce discours concernant le genre refl&#232;te non seulement une diff&#233;rence de pens&#233;e mais aussi une diff&#233;rence politique entre un lib&#233;ralisme individualis&#233; am&#233;ricain et une conception europ&#233;enne au fond plus marxiste et dialectique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot; id=&quot;retour_sur_le_contenu_des_recherches_et_les_methodes_d_approche&quot;&gt;&lt;a title=&quot;Sommaire&quot; href=&quot;http://transposition-revue.org/spip.php?page=backend#outil_sommaire&quot; class=&quot;sommaire_ancre&quot;&gt; &lt;/a&gt;Retour sur le contenu des recherches et les m&#233;thodes d'approche&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Cerner l'objet musical&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Tous vos travaux, depuis votre th&#232;se de doctorat, sont caract&#233;ris&#233;s par la diversit&#233; des approches que vous mettez en &#339;uvre pour cerner l'objet musical et son importance culturelle. Vous ne privil&#233;giez ainsi pas l'approche historique au d&#233;triment des interrogations esth&#233;tiques, vous les abordez toutes deux en tant que ph&#233;nom&#232;nes connexes au sein de la production musicale.&lt;/i&gt;
&lt;i&gt;Dans votre ouvrage sur l'Orchestergesang en France par exemple&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='FAUSER, Annegret, Der Orchestergesang in Frankreich zwischen 1870 und 1920, (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;i&gt;, vous vous int&#233;ressez de mani&#232;re tr&#232;s pr&#233;cise au genre lui-m&#234;me, vous en produisez une analyse musicologique approfondie ; vous accordez une importance tout aussi grande aux discussions esth&#233;tiques aff&#233;rentes &#224; ce genre musical, qui ont contribu&#233; &#224; sa d&#233;finition ainsi qu'&#224; l'affirmation de sa signification culturelle ; vous consacrez enfin une large part de votre analyse &#224; l'&#233;tude du contexte de cr&#233;ation et de diffusion de ces pi&#232;ces, qui passe notamment par l'&#233;tude tr&#232;s pr&#233;cise de l'histoire des institutions dans lesquelles elles &#233;taient repr&#233;sent&#233;es.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans l'introduction de l'ouvrage que vous avez co-&#233;dit&#233; avec Mark Everist,&lt;/i&gt; Music, Theater, and Cultural Transfer : Paris 1830-1914 [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='FAUSER, Annegret, EVERIST, Mark (&#233;d.), Music, Theater, and Cultural Transfer (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;i&gt;, vous th&#233;matisez l'int&#233;r&#234;t des &#233;tudes institutionnelles tout en indiquant leurs limites : si elles permettent de mettre en lumi&#232;re l'enracinement institutionnel de certaines pratiques musicales, de certains genres, elles ont tendance &#224; d&#233;crire ces institutions comme les causes uniques de la cr&#233;ation, oblit&#233;rant la force propre de la composition, qui r&#233;sulte tout autant de consid&#233;rations esth&#233;tiques que d'obligations institutionnelles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Vos travaux sont ainsi caract&#233;ris&#233;s par la multiplicit&#233; des points de vue au travers desquels vous abordez l'objet musical, tenant compte de la complexit&#233; des interactions qui existent entre les institutions et les acteurs.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Pourrait-on dire que vous vous opposez en somme &#224; une d&#233;marche exclusive ? Consid&#233;rez-vous que la complexit&#233; de l'objet musical exige une complexification des approches mises en &#339;uvre pour le cerner ? Pourriez-vous revenir sur la diversit&#233; des sph&#232;res qui interagissent dans le domaine de la cr&#233;ation musicale ? Cela vous a-t-il permis parfois de mettre au jour des &#171; erreurs &#187; historiques ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Merci beaucoup pour cette analyse tellement incisive de mon projet de recherche. Je n'aurais pas pu le dire aussi clairement. Alors : les deux choses les plus importantes pour moi, en tant que chercheur, sont, d'une part, le respect profond pour la souverainet&#233; de mon sujet historique et, d'autre part, la conscience du fait que tout ce que je propose comme discours scientifique n'est, au fond, qu'une interpr&#233;tation limit&#233;e par mon propre horizon &#233;pist&#233;mologique. Ce dernier point est une v&#233;rit&#233; de La Palice, bien s&#251;r, mais qui a n&#233;anmoins une grande importance dans mon projet scientifique. Il ne s'agit pas seulement de garder &#224; l'esprit que le pass&#233; est un pays &#233;tranger (autre banalit&#233; &#233;pist&#233;mologique), mais aussi de reconna&#238;tre le droit du pass&#233; et de l'Autre. C'est l'imp&#233;ratif moral de la recherche. Et c'est pour cette raison que je ne peux pas accepter le caract&#232;re totalisant d'une d&#233;marche exclusive. Chaque projet de recherche exige une n&#233;gociation individuelle de mon approche. &#199;a n'est qu'en respectant la complexit&#233; de chaque objet particulier qu'il m'est possible de lui rendre justice &#8211; du moins au moment o&#249; je le traite et avec les moyens que j'ai &#224; ma disposition. La question intemporelle de Fontenelle, &#171; Sonate, que me veux-tu ? &#187;, est une question que l'on ne doit cesser de se poser en tant que chercheur. Cette approche dialogique permet de reconna&#238;tre la complexit&#233; non seulement de l'objet de recherche, mais aussi du travail musicologique. De plus, cela &#233;vite un discours clos et nous invite, au contraire, &#224; participer &#224; un &#233;change &#224; la fois imaginaire, avec son sujet, et r&#233;el, avec nos coll&#232;gues musicologues. Bien s&#251;r, c'est une position id&#233;aliste &#8211; il y a aussi la &lt;i&gt;Realpolitik&lt;/i&gt; qui consiste &#224; inscrire des mots sur la page. Au moment de l'&#233;criture, la qualit&#233; processuelle de l'interpr&#233;tation historique se fixe en un discours choisi, qui &#8211; m&#234;me avec les intentions les plus &#233;thiques &#8211; ne peut &#233;viter un aspect totalisant, tout du moins quand il s'agit de fixer ma propre position pour cet article, ce livre ou cette communication.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je me rends compte que c'est une r&#233;ponse un peu abstraite &#224; votre question qui porte sur mon approche de la diversit&#233; des sph&#232;res de la cr&#233;ation musicale dans mes divers projets de recherche. N&#233;anmoins je pense que cela en constitue un aspect important. &#199;a n'est qu'en respectant le caract&#232;re unique de chaque sujet qu'il est possible de r&#233;fl&#233;chir &#224; la diversit&#233; des sph&#232;res (esth&#233;tiques, sonores, politiques, culturelles, &#233;conomiques, pour n'en nommer que cinq) et &#224; leurs interactions historiques&#8230; et contemporaines &#8211; nous n'&#233;crivons pas &#171; sous vide &#187;. C'est exactement cette approche dialogique qui permet d'&#233;viter cette unidimensionnalit&#233; que je trouve si troublante et qui consiste en la cr&#233;ation d'une cha&#238;ne totalisante de causes et d'effets. Je me propose quant &#224; moi de donner de l'espace aux fissures, inconsistances, contradictions, et accidents de l'Histoire, et de comprendre et m&#234;me c&#233;l&#233;brer notre propre enchev&#234;trement &#233;pist&#233;mologique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le plus grand probl&#232;me pour moi r&#233;side dans l'intersection du domaine sonore (rendu muet par le passage du temps) et des traces mat&#233;rielles qui demeurent, sous la forme de documents en tout genre (soit sp&#233;cifique &#224; la musique, comme les partitions, soit plut&#244;t g&#233;n&#233;rique pour une enqu&#234;te historique, par exemple des sources comme des journaux ou des lettres). Que nous n'ayons pas les oreilles du pass&#233; est une autre v&#233;rit&#233; de La Palice, mais que nous devons absolument garder en vue (ou en ou&#239;e) dans cette entreprise musicologique. L&#224; aussi, la reconnaissance de l'Autre et de sa diff&#233;rence est essentielle, m&#234;me si c'est frustrant. Quand j'ai travaill&#233; sur l'Exposition de 1889, je r&#234;vais de voyager &#224; travers le temps, sachant que cette fantaisie &#233;tait une romance qui faisait partie de mon entreprise de chercheur. Mais en m&#234;me temps, cela ne pouvait &#234;tre qu'une facette de mon travail. Petit apart&#233; : j'abhorre l'affirmation pr&#233;tendant qu'un chercheur ne vivrait pas la &#171; romance de l'Histoire &#187;. Celle-ci a sa place, et je pr&#233;f&#232;re c&#233;l&#233;brer son aspect imaginaire plut&#244;t que l'ignorer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment abordez-vous l'articulation de l'individuel et du collectif, du niveau des acteurs et de celui des structures ou discours ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cela d&#233;coule de ma r&#233;ponse &#224; la question pr&#233;c&#233;dente. Pour moi cette articulation est, au fond, une construction relationnelle et r&#233;ciproque, mais je ne la con&#231;ois pas comme dialectique, parce que le &#171; moi &#187; scientifique est un acteur dans ce discours aussi. J'esp&#232;re que Homi Bhaba ne m'en voudra pas de d&#233;tourner ici un terme qu'il a construit d'une mani&#232;re tr&#232;s diff&#233;rente, mais qui pourrait servir de m&#233;taphore ici : cette triangulation cr&#233;e un troisi&#232;me espace d'interpr&#233;tation qui offre des zones de contact pour une telle articulation. Mais malgr&#233; mon recours aux discours mettant en valeur la construction de cette articulation, elle se r&#233;alise, pour moi, dans la sp&#233;cificit&#233; locale et historique. Les histoires individu&#233;es servent ainsi de m&#233;diateurs au sein de cette construction.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Un commentateur de votre ouvrage sur l'Exposition universelle de 1889 en France&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='FAUSER, Annegret, Musical Encounters at the 1889 Paris World's Fair, op. (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;i&gt; a eu recours &#224; l'expression de &#171; description dense &#187;, forg&#233;e par Clifford Geertz, pour caract&#233;riser votre d&#233;marche. Celle-ci passe par la mise au jour et l'utilisation d'une quantit&#233; impressionnantes de sources. C'est aussi la d&#233;marche que vous avez suivie dans l'&#233;tude que vous avez r&#233;alis&#233;e sur la vie musicale am&#233;ricaine pendant la Seconde Guerre mondiale. Accepteriez-vous ici de d&#233;voiler la d&#233;marche qui a &#233;t&#233; la v&#244;tre pour la production de ces deux ouvrages caract&#233;ris&#233;s par l'extr&#234;me diversit&#233; des sources auxquelles vous avez recours ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il y a une r&#233;ponse pratique et une r&#233;ponse intellectuelle &#224; cette question. J'ai abord&#233; le c&#244;t&#233; intellectuel dans mes r&#233;ponses pr&#233;c&#233;dentes. En ce qui concerne la &#171; description dense &#187;, je la comprends comme une technique narrative plut&#244;t que comme une m&#233;thodologie, et elle a l'avantage d'offrir une structure complexe et m&#234;me &#8211; s'il m'est permis d'utiliser une m&#233;taphore musicale &#8211; contrapuntique pour aborder un sujet riche et diversifi&#233; comme l'Exposition universelle de 1889, par exemple.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au point de vue pratique : je consid&#232;re les cultures musicales que j'&#233;tudie comme des champs pluridimensionnels, et pour rendre justice &#224; leurs complexit&#233;s, je leur dois une investigation aussi riche que je le peux. Cela veut dire : appr&#233;hender la totalit&#233; d'une manifestation musicale (l'univers de sa cr&#233;ation, sa r&#233;ception, ses significations culturelles, sociales, politiques, esth&#233;tiques ou &lt;i&gt;gender&lt;/i&gt;). Cela comprend aussi une exploration des diff&#233;rentes perspectives individuelles, institutionnelles et collectives.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour amorcer mon interaction avec cette matrice de significations, je constitue mon archive (au sens de Foucault), en me portant sur un vaste r&#233;servoir de traces mat&#233;rielles publiques et priv&#233;es, publi&#233;es et manuscrites, individuelles et institutionnelles, artistiques et populaires. Je me transforme en &#171; rat d'archive &#187;, suivant tant&#244;t des trames bien &#233;tablies, tant&#244;t des inspirations du genre &#171; I wonder what I could find if&#8230; &#187; qui se pr&#233;sentent souvent suite &#224; des connexions lat&#233;rales. C'est la part du travail d'archive qu'on ne peut pas enseigner, mais qu'on entra&#238;ne avec l'habitude. Par ailleurs, j'adopte dans mes recherches une d&#233;marche d'&#233;cureuil. Dans ce processus de collecte, il y a des histoires qui se d&#233;gagent, des connexions qui se font, des indices qui pointent vers d'autres choses et que je suis. La romance de l'Histoire que j'ai &#233;voqu&#233;e auparavant fait partie int&#233;grante de cette d&#233;marche &#8211; j'en fais partie. Quelque chose que j'aurais lu dans un contexte tout autre peut me pousser &#224; poser des questions nouvelles, par exemple par rapport &#224; la transmission du son par t&#233;l&#233;phone ou gramophone dans le contexte de l'Exposition de 1889. Cela ne faisait pas partie de mes id&#233;es au d&#233;but de mes recherches, mais entre mes trouvailles d'archive, dans cette d&#233;marche d'&#233;cureuil, et mes lectures scientifiques sur l'&#233;coute, s'ouvrait soudain ce champ de la pratique musicale.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Et puis, c'est la mis&#232;re&#8230; il faut &#233;crire. L'&#233;criture et la recherche du mot juste me procurent du plaisir &#8211; &#233;crire dans des langues qui ne sont pas la mienne (ou plut&#244;t qui le deviennent par l'acte m&#234;me d'&#233;criture) rend conscient ce plaisir du mot. Mais ce je que trouve troublant et difficile, c'est de fixer l'infini potentiel interpr&#233;tatif qui ressort de mon archive en une seule articulation sur la page. C'est l&#224; o&#249; entre en jeu cette tension triangulaire discursive. C'est l&#224; o&#249; il faut faire attention &#224; ne pas succomber &#224; la tentation de cette cha&#238;ne si s&#233;duisante de la causalit&#233;. Pour moi, c'est un processus au cours duquel je me demande comment donner voix &#224; ces Autres musicaux, institutionnels ou individuels &#224; travers le temps, et en m&#234;me temps &#224; rendre transparente ma propre voix.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Pensez-vous qu'il soit possible de cerner une forme de &#171; tout musical &#187; &#224; une &#233;poque donn&#233;e ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je voudrais r&#233;pondre non &#224; cette question. Cerner un &#171; tout musical &#187; d'une &#233;poque donn&#233;e est chose impossible, mais en m&#234;me temps, chaque fois que quelque observation est fix&#233;e dans un discours, on construit implicitement un &#171; tout musical &#187;, aussi bien en tant que chercheur qu'en tant que lecteur.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;2. Identit&#233; et transferts culturels&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous souhaiterions maintenant aborder une des th&#233;matiques centrales de vos recherches, que vous avez pu approfondir de mani&#232;re exemplaire du fait de votre propre mobilit&#233; internationale : la question de l'identit&#233; culturelle et des transferts&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir par exemple le num&#233;ro de la revue The Musical Quarterly &#233;dit&#233; par (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;i&gt;. La question du nationalisme musical et du caract&#232;re national de la musique fut tout &#224; fait centrale au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ainsi que dans la premi&#232;re moiti&#233; du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;. Que pourriez-vous nous dire de ces processus d'identification et de cr&#233;ation identitaire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est un sujet vaste que j'h&#233;site, &#224; cause de sa complexit&#233;, &#224; aborder dans le cadre d'un entretien unique. Mais je peux peut-&#234;tre r&#233;fl&#233;chir sur un ou deux points. D'abord : le nationalisme fait partie int&#233;grante de la musique de cette &#233;poque, et toute d&#233;construction ou interpr&#233;tation doit en rendre compte d'une mani&#232;re ou autre. C'est une des donn&#233;es de base, aussi &#233;l&#233;mentaire que la forme sonate. Mais ce que j'ai appris (et peut-&#234;tre ai-je apport&#233; ma contribution &#224; ces discours), c'est qu'il est important de distinguer les nationalismes, qui sont historiquement et g&#233;opolitiquement diff&#233;rents, ainsi que leurs diverses expressions musicales et discursives. De m&#234;me, il est important de cerner l'enjeu de ces formes d'identit&#233;s nationales dans la pratique musicale sp&#233;cifique : leurs relations aux institutions, par exemple, ou leur r&#244;le dans la cr&#233;ation d'une vision st&#233;r&#233;otyp&#233;e d'un genre &#8211; la romance (genre &#171; &#233;minemment &#187; fran&#231;ais), le jazz (essentiellement am&#233;ricain) etc. &#8211; ou d'un musicien. Ce jeu de st&#233;r&#233;otypes (comme je l'ai montr&#233; avec l'exemple d'Aaron Copland) peut constituer un aspect de la construction d'identit&#233; (et m&#234;me de la construction d'une d'identit&#233; d'artiste), o&#249; une relation asym&#233;trique cr&#233;e un effet de miroir [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='footnote' title='FAUSER, Annegret, &#171; Aaron Copland, Nadia Boulanger, and the Making of an (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]. Finalement, nos interpr&#233;tations du nationalisme sont forc&#233;ment d&#233;pendantes de notre exp&#233;rience de la nationalit&#233; et de l'identit&#233;, et changent en m&#234;me temps qu'elle.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous avez eu l'occasion de travailler sur les processus de transferts culturels entre la France et l'Allemagne notamment, ainsi qu'entre les &#201;tats-Unis et l'Europe. Quelles formes peuvent prendre ces transferts dans le cas de la musique ? Y a-t-il une proximit&#233; plus grande entre les nations europ&#233;ennes, qu'entre l'Europe et les &#201;tats-Unis par exemple ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La circulation culturelle europ&#233;enne a une longue histoire faite d'&#233;changes, de rejets et d'appropriations. On peut parler des op&#233;ras italiens et de leur transfert en France au XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, du style galant originaire de France et de son rayonnement &#224; travers l'Europe au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, ou encore des id&#233;es et de la musique wagn&#233;riennes, ainsi que de leur r&#244;le dans diverses formes de culture globale au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles. Dans le cas de la musique, les transferts portent sur de nombreux objets. Mes exemples parlent des genres, des styles, des &#339;uvres et des id&#233;es. Les transferts peuvent mettre l'accent sur la sp&#233;cificit&#233; nationale d'un compositeur &#8211; Wagner en France, par exemple &#8211; ou vider l'&#339;uvre de cette signification nationale ou individuelle comme cela s'est par exemple pass&#233; avec la musique allemande aux &#201;tats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce processus d'abstraction &#8211; par lequel on efface les significations d'origine &#8211; n'est pas unique &#224; la musique bien s&#251;r, comme le montre la r&#233;ception de Shakespeare &#224; travers le monde, mais la musique poss&#232;de un grand avantage, surtout la musique instrumentale. Le fait que la musique instrumentale ne se traduise pas, dans le sens premier du mot, permet le recours &#224; une rh&#233;torique d'universalit&#233; qui rend bien plus complexe &#224; saisir ce processus d'abstraction parce que &#8211; en surface &#8211; il n'y a pas de changement, m&#234;me si les traductions culturelles (voir les transferts culturels) ont bien lieu, et affectent de multiples facettes de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne sais pas si la cat&#233;gorie de &#171; proximit&#233; &#187; est pertinente pour comparer les productions musicales des diff&#233;rents pays europ&#233;ens. Il existe des liens forts, par exemple, entre l'Am&#233;rique et certaines nations europ&#233;ennes depuis le XVIe si&#232;cle, du fait de la colonisation du continent, puis des vagues d'&#233;migration de la population europ&#233;enne. Les recherches r&#233;centes ont ainsi montr&#233; l'existence d'&#233;changes musicaux importants transatlantiques, non seulement en ce qui concerne la musique classique, mais aussi et surtout pour ce qui est des musiques populaires et religieuses. Il faut s'interroger aussi sur le r&#244;le de ces musiques : sont-elles simplement des musiques du quotidien, sont-elles les musiques des patries abandonn&#233;es, les musiques sophistiqu&#233;es d'une Europe lointaine, ou une musique d'esclaves que l'on s'est appropri&#233;e ? Les recherches sur la diaspora et sur le monde atlantique ont beaucoup contribu&#233; au d&#233;veloppement de la recherche sur ces questions.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;3. Musique et guerre&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour finir, nous souhaiterions vous interroger sur vos travaux r&#233;cents qui concernent le monde musical durant la Seconde Guerre mondiale &#8212; travaux qui ont men&#233; &#224; la r&#233;daction d'un ouvrage qui va sortir tr&#232;s prochainement&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='footnote' title='FAUSER, Annegret, Sounds of War : Music in the United States during World (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;i&gt;. Dans un article o&#249; vous posez les bases th&#233;oriques et m&#233;thodologiques de votre approche, nous pouvons lire : &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;World War II as a period, however, has been fashioned into a total soundscape of acoustic and musical signifiers fusing the sounds of war, oppression, and propaganda with those of the radio, concert hall, and opera house. Engaging with the acoustic history of World War II thus poses unique challenges which bring into sharper relief the broader concerns of sound, music, and culture when approached from a musicological perspective. [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='footnote' title='FAUSER, Annegret, &#171; Cultural Musicology : New Perspectives on World War II, (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous semblez donc vouloir encore une fois saisir ce &lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#171; tout musical &#187; auquel nous nous sommes r&#233;f&#233;r&#233;s plus haut.&lt;/i&gt;&lt;i&gt; Pourriez-vous revenir sur la mani&#232;re dont vous avez proc&#233;d&#233; pour &#233;tudier la vie musicale durant la Seconde Guerre mondiale ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le passage que vous avez cit&#233; pointe du doigt, en effet, un processus de r&#233;ception qui a forg&#233; la repr&#233;sentation d'un &#171; tout musical &#187; pour cette &#233;poque historique et qui subsiste dans notre imaginaire contemporain. Pour moi, le r&#233;sultat pose un probl&#232;me &#224; r&#233;soudre dans mes travaux. En effet, j'essaye, dans mon livre, de percer cette totalit&#233; form&#233;e par cette r&#233;ception m&#233;diatique, en interrogeant le monde sonore, la musique et la culture de ces ann&#233;es aux &#201;tats-Unis. J'approche la musique am&#233;ricaine durant cette &#233;poque selon diff&#233;rents angles, en commen&#231;ant par les individus. Ma premi&#232;re question &#233;tait : que se passe-t-il quand un musicien est en guerre, soit en uniforme, soit en civil ? Puis, je change de perspective et regarde la mani&#232;re dont la musique est form&#233;e, utilis&#233;e et re&#231;ue dans des institutions comme le minist&#232;re de la propagande (Office of War Information), le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res ou l'arm&#233;e. Mais je m'int&#233;resse aussi &#224; la musique elle-m&#234;me, &#224; l'esth&#233;tique, aux transferts culturels, &#224; l'identit&#233; nationale en musique, et au genre (dans les deux sens du terme : &lt;i&gt;gender&lt;/i&gt; et forme musicale). Les trois derniers chapitres de mon livre abordent ces questions, se concentrant sur la musique compos&#233;e aux &#201;tats-Unis pendant la guerre. J'ai d&#233;cid&#233; d'y inclure non seulement des compositeurs am&#233;ricains, de Copland et Cowell &#224; Sessions et Cage, mais aussi des compositeurs en exil comme Milhaud et Hindemith. Ces derniers ont compos&#233; des symphonies, des concertos et m&#234;me des op&#233;ras, &#339;uvres par lesquelles ils essayaient de faire la m&#233;diation entre une identit&#233; europ&#233;enne et une nouvelle identit&#233; am&#233;ricaine. Un des exemples les plus fascinants de ce processus est le concerto pour orchestre de B&#233;la Bart&#243;k de 1943.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;tudier la musique dans un contexte de guerre vous a-t-il conduit &#224; d&#233;placer votre attention centr&#233;e principalement sur la musique dite classique et &#224; vous int&#233;resser &#224; d'autres musiques, comme par exemple la musique dite de mobilisation des masses, les chansons de combat, etc. ? D'un point de vue sociologique et quantitatif, comment est-il possible de d&#233;finir l'importance relative de la musique &#171; classique &#187; et de la musique &#171; populaire &#187; dans ce contexte de guerre ? Ces cat&#233;gories ont-elles une quelconque pertinence ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je suis consciente de l'importance des musiques dites populaires mais je me concentre dans mon livre sur la musique &#171; classique &#187;, et ce pour deux raisons. Premi&#232;rement parce qu'il existe d'excellentes &#233;tudes sur la musique populaire, sur le jazz, et sur la musique &#171; country &#187; durant cette p&#233;riode aux &#201;tats-Unis. Ce qui manquait &#233;tait justement une &#233;tude sur la musique classique. Deuxi&#232;mement, la musique classique jouait un r&#244;le surprenant dans la vie culturelle des &#201;tats-Unis &#224; cette &#233;poque, r&#244;le qui a &#233;t&#233; enseveli sous les d&#233;bris de l'Histoire. Vous me demandez si l'on peut d&#233;finir l'importance relative de la musique classique par rapport &#224; des genres plus populaires. Cela d&#233;pend de la mani&#232;re dont on d&#233;finit le terme d'&#171; importance &#187;. La musique la plus &#233;cout&#233;e &#233;tait la musique populaire : la radio, le gramophone et le film la distribuaient, et m&#234;me les collections de chansons pour les soldats contenaient les tubes. Mais le r&#244;le de la musique classique changea dans ces ann&#233;es-l&#224;. D'une part parce que des programmes d'&#233;ducation militaire mettaient l'accent sur l'appr&#233;ciation de cette musique ; d'autre part parce qu'elle jouait un r&#244;le important dans la guerre culturelle et dans la propagande. Les sources historiques mettent l'accent de mani&#232;re surprenante sur la musique classique, ce &#224; quoi je ne me serais pas attendue, &#233;tant donn&#233; l'univers sonore cr&#233;&#233; r&#233;trospectivement et domin&#233; par la musique populaire. De plus, les d&#233;veloppements de ces ann&#233;es ont eu un impact fort sur la musique am&#233;ricaine d'apr&#232;s-guerre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&#192; propos des &#339;uvres de musique dite classique &#233;crites dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, vous affirmez :&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&#171; works as Aaron Copland's&lt;/i&gt; Fanfare for the Common Man &lt;i&gt;(1942),&lt;/i&gt; Rodeo &lt;i&gt;(1942), and&lt;/i&gt; Appalachian Spring &lt;i&gt;(1944) [&#8230;] can only be read properly in that context. &#187;&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='footnote' title='Ibid.' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;i&gt;Consid&#233;rez-vous toute musique compos&#233;e dans ce contexte de guerre comme une musique relevant de la guerre, en quelque sorte ? Faudrait-il accorder un statut particulier &#224; des &#339;uvres dont les liens avec le conflit sont attest&#233;s, proclam&#233;s, et parfois d&#233;celables dans l'&#339;uvre elle-m&#234;me, comme c'est le cas par exemple de l'&lt;/i&gt;Airborne Symphony &lt;i&gt;de Marc Blitzstein ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pour moi, toute manifestation culturelle porte les traces de sa cr&#233;ation, et c'est une des t&#226;ches de l'historien de la musique (ou, si vous voulez, d'un musicologue culturel) que de relever ces traces. Mais ce processus fait aussi appara&#238;tre le travail de r&#233;ception. Il faut dire ici que j'ai mis un peu trop d'emphase rh&#233;torique sur cet &#171; only be read properly &#187; que vous avez cit&#233;. Mais cette emphase est bas&#233;e sur le fait que peu de gens savent que ces &#171; classiques favoris &#187; de Copland sont des &#339;uvres qui r&#233;pondaient &#224; certains d&#233;fis sp&#233;cifiques de cette guerre. On les traite aujourd'hui comme des &#339;uvres sans contenu politique ou id&#233;ologique quand, au contraire, ils se voulaient consciemment &#234;tre une repr&#233;sentation sonore de l'identit&#233; nationale am&#233;ricaine.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Je ne pense pas qu'il faille attribuer un statut particulier &#224; des &#339;uvres telles que l'&lt;i&gt;Airborne Symphony&lt;/i&gt; de Blitzstein. Oui, elles sont plus transparentes et refl&#232;tent leur contexte cr&#233;ateur plus ouvertement, mais pour moi, c'est une diff&#233;rence de degr&#233;. Si je me concentre sur le contexte de la cr&#233;ation d'une &#339;uvre soit de Beethoven, soit de Blitzstein, ce contexte forme le cadre de ma construction interpr&#233;tatrice. Mais entre ce contexte lointain et mon contexte de recherche s'interpose une p&#233;riode plus ou moins longue et complexe de r&#233;ception qui influence mon approche, bien s&#251;r, et celle de mes interlocuteurs.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Votre question me permet de clore le cercle de notre entretien en revenant sur mes d&#233;marches de recherche et sur ce qu'elles doivent aux particularit&#233;s de ma biographie. Je crois qu'une des choses les plus importantes que j'ai apprises &#224; la faveur de mes d&#233;m&#233;nagements est qu'il faut trouver un &#233;quilibre entre certaines postures fondamentales de recherche et les variables circonstancielles. Il y a des fondamentaux biographiques et scientifiques dont nous avons parl&#233; (par exemple mon f&#233;minisme), mais mes approches ont chang&#233; gr&#226;ce &#224; l'enrichissement de mes exp&#233;riences culturelles et discursives. Mon travail musicologique est lui-m&#234;me un document de transfert culturel v&#233;cu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple : FAUSER, Annegret, PLEBUCH, Tobias &#171; Gender Studies : Ein Streitgespr&#228;ch &#187;, in FRAGNER, Stefan, HEMMING, Jan, KUTSCHKE, Beate (&#233;d.), &lt;i&gt;Gender Studies &amp; Musik&lt;/i&gt;, Regensburg, ConBrio Verlagsgesellschaft, 1998, p. 19-40 ; et id., &#171; Fighting in Frills : Women and the Prix de Rome in French Cultural Politics &#187;, in BERSTEIN, Jane A. (&#233;d.), &lt;i&gt;Women's Voices Across Musical Worlds&lt;/i&gt;, Boston, Northeastern University Press, 2003, p. 60-86. Ou les &#233;tudes sur Lili Boulanger et Wanda Landowska &#171; Comment devenir compositeur : Les strat&#233;gies de Lili Boulanger et ses contemporaines, &#187; in LAEDERICH, Alexandra (&#233;d.), &lt;i&gt;Nadia Boulanger et Lili Boulanger. T&#233;moignages et &#233;tudes&lt;/i&gt;, Lyon, &#201;ditions Sym&#233;trie, 2007, p. 273-288 ; et &#171; Creating Madame Landowska &#187;, in &lt;i&gt;Women &amp; Music : A Journal of Gender and Culture&lt;/i&gt;, Vol. 10, 2006, p. 1-23.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Eva Weissweiler est une &#233;crivaine allemande, docteure en musicologie, qui a publi&#233; notamment des ouvrages sur les femmes compositeurs. Elle a &#233;galement &#233;dit&#233; la correspondance de Robert et Clara Schumann, ainsi que celle de Fanny et Felix Mendelssohn. L'ouvrage dont il est question ici est le suivant : &lt;i&gt;Komponistinnen aus 500 Jahren : eine Kulturgeschichte in Biographien und Werkbeispielen&lt;/i&gt;, Frankfort, Fischer Taschenbuch Verlag, 1981.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;FAUSER, Annegret, &#171; Lili Boulanger's &lt;i&gt;La Princesse Maleine&lt;/i&gt; : A Composer and Her Heroine as Literary Icons &#187;, in &lt;i&gt;Journal of the Royal Musical Association&lt;/i&gt;, Vol. 122, N&#186; 1, 1997, p. 68-108.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;FAUSER, Annegret, &#171; Gendering the Nations : The Ideologies of French Discourse on Music (1870&#8211;1914) &#187;, in Murphy, Michael, White, Harry (&#233;d.), &lt;i&gt;Musical Constructions of Nationalism : Essays on the History and Ideology of European Musical Culture, 1800&#8211;1945&lt;/i&gt;, Cork, Cork University Press, 2001, p. 72-103 ; et id., &lt;i&gt;Musical Encounters at the 1889 Paris World's Fair&lt;/i&gt;, Rochester, NY, University of Rochester Press, 2005. Pour la r&#233;ception du Wagn&#233;risme en France cf. par exemple FAUSER, Annegret, &#171; &#8220;Cette musique sans tradition&#8221; : Wagner's Tannh&#228;user and its French Critics &#187;, in FAUSER, Annegret, EVERIST, Mark (&#233;d.), &lt;i&gt;Music, Theater, and Cultural Transfer : Paris, 1830-1914&lt;/i&gt;, Chicago, University of Chicago Press, 2009, p. 228-255 ; et id., &#171; Debacle at the Paris Op&#233;ra : Tannh&#228;user and the French Critics, 1861 &#187;, in GREY, Thomas S. (&#233;d.), &lt;i&gt;Wagner and His World&lt;/i&gt;, Princeton, Princeton University Press, 2009, p. 231-234.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Cf. HIGGINS, Paula, &#171; Women in Music, Feminist Criticism, and Guerrilla Musicology : Reflections on Recent Polemics &#187;, in &lt;i&gt;19th Century Music&lt;/i&gt;, Vol. 17, N&#186; 2, 1993, p. 174-192.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;FAUSER, Annegret, &lt;i&gt;Der Orchestergesang in Frankreich zwischen 1870 und 1920&lt;/i&gt;, 2 vols., Freiburger Beitr&#228;ge zur Musikwissenschaft, Laaber, Laaber-Verlag, 1994.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;FAUSER, Annegret, EVERIST, Mark (&#233;d.), &lt;i&gt;Music, Theater, and Cultural Transfer : Paris, 1830-1914&lt;/i&gt;, Chicago, University of Chicago Press, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;FAUSER, Annegret, &lt;i&gt;Musical Encounters at the 1889 Paris World's Fair&lt;/i&gt;, op. cit.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Voir par exemple le num&#233;ro de la revue &lt;i&gt;The Musical Quarterly&lt;/i&gt; &#233;dit&#233; par Annegret Fauser et Tamara Levitz &#171; Music &amp; Identity &#187;, &lt;i&gt;The Musical Quarterly&lt;/i&gt;, Vol. 89, N&#186; 4, 2006.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh10' id='nb10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='footnote'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;FAUSER, Annegret, &#171; Aaron Copland, Nadia Boulanger, and the Making of an &#8216;American' Composer &#187;, in &lt;i&gt;The Musical Quarterly&lt;/i&gt;, Vol. 89, N&#186; 4, 2006, p. 524-554.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh11' id='nb11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='footnote'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;FAUSER, Annegret, &lt;i&gt;Sounds of War : Music in the United States during World War II&lt;/i&gt;, New York, Oxford, Oxford University Press, 2013.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh12' id='nb12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='footnote'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;FAUSER, Annegret, &#171; Cultural Musicology : New Perspectives on World War II, &#187; in &lt;i&gt;Zeithistorische Forschungen/Studies in Contemporary History&lt;/i&gt;, Vol. 8, N&#186; 2, 2011, p. 282-286.
Version en ligne : &lt;a href=&quot;http://www.zeithistorische-forschungen.de/site/40209143/default.aspx&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://www.zeithistorische-forschungen.de/site/40209143/default.aspx&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh13' id='nb13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='footnote'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>48. Emmanuel Brandl, C&#233;cile Pr&#233;vost-Thomas et Hyacinthe Ravet (ed.), 25 ans de sociologie de la musique en France, tome 2</title>
		<link>http://transposition-revue.org/Emmanuel-Brandl-Cecile-Prevost</link>
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		<dc:date>2013-03-04T09:18:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fryberger</dc:creator>


		<dc:subject>40. Comptes-rendus de lecture</dc:subject>

		<description>Emmanuel Brandl, C&#233;cile Pr&#233;vost-Thomas et Hyacinthe Ravet (ed.), 25 ans de sociologie de la musique en France, tome 2, L'Harmattan, Paris, 2012. Notons d'embl&#233;e que la lecture de ce deuxi&#232;me tome des 25 ans de la sociologie de la musique en France rend manifeste un fait notable concernant la sociologie de la musique : comme toute discipline, elle s'est construite et continue de se construire autour de figures tut&#233;laires, auxquelles la plupart des auteurs de l'ouvrage se r&#233;f&#232;rent. Il s'agit (...)

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/Musique-et-theorie-queer" rel="directory"&gt;3. Musique et th&#233;orie queer&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="http://transposition-revue.org/mot/comptes-rendus-de-lecture" rel="tag"&gt;40. Comptes-rendus de lecture&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Emmanuel Brandl, C&#233;cile Pr&#233;vost-Thomas et Hyacinthe Ravet (ed.), &lt;i&gt;25 ans de sociologie de la musique en France&lt;/i&gt;, tome 2, L'Harmattan, Paris, 2012.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Notons d'embl&#233;e que la lecture de ce deuxi&#232;me tome des &lt;i&gt;25 ans de la sociologie de la musique en France&lt;/i&gt; rend manifeste un fait notable concernant la sociologie de la musique : comme toute discipline, elle s'est construite et continue de se construire autour de figures tut&#233;laires, auxquelles la plupart des auteurs de l'ouvrage se r&#233;f&#232;rent. Il s'agit d'Howard S. Becker, Pierre Bourdieu et Pierre-Michel Menger, dont les r&#233;flexions ne cessent d'alimenter les diff&#233;rents articles de l'ouvrage. Becker en particulier semble avoir marqu&#233; profond&#233;ment ce domaine : douze des quinze articles le citent, et au moins six auteurs utilisent sa conception des &#171; mondes &#187; musicaux pour structurer leur travail. L'ouvrage fondateur de Becker, &lt;i&gt;Art Worlds&lt;/i&gt;, a &#233;t&#233; traduit et publi&#233; en France en 1988 [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='BECKER, Howard Saul, Les Mondes de l'art, Paris, Flammarion, (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;], six ans apr&#232;s sa parution aux &#201;tats-Unis. Depuis, il est un auteur incontournable de la sociologie de la musique en France. Son ouverture &#224; la diversit&#233; musicale &#8211; qui transcende la distinction op&#233;r&#233;e traditionnellement entre le savant et le populaire &#8211;, ainsi que son plaidoyer pour un d&#233;cloisonnement disciplinaire rencontrent une forte r&#233;sonance dans le recueil : la sociologie de la musique en France puise ses outils et ses r&#233;f&#233;rences dans des disciplines aussi diverses que la sociologie des professions et des sciences, l'ethnomusicologie, la musicologie, l'anthropologie, les &#233;tudes de genre, l'esth&#233;tique, ou la philosophie. C'est cette diversit&#233; qui fait sa force, et qui en m&#234;me temps freine son institutionnalisation.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est d'ailleurs le probl&#232;me que soul&#232;ve Denis Laborde au sujet de l'ethnomusicologie. Il s'interroge, dans son article, sur la l&#233;gitimit&#233; disciplinaire de l'ethnomusicologie, qui existe en France depuis plus longtemps que la sociologie de la musique et qui pourtant peine &#224; se l&#233;gitimer en tant que discipline. L'alternative centrale, &#224; propos de laquelle il est difficile de trancher, est la suivante : la musique est-elle un fait social distinct, n&#233;cessitant des outils et des m&#233;thodes distincts et exigeant la formation de disciplines vou&#233;es &#224; son &#233;tude uniquement ? Ou bien est-elle le fruit d'une pratique cr&#233;atrice qui serait mieux comprise en comparaison avec d'autres pratiques cr&#233;atrices ? Laborde analyse le d&#233;sir de l'ethnomusicologie de faire de la musique un fait social distinct (ce qu'il qualifie d'&#171; approche d'aval &#187;) et, qui plus est, de distinguer entre tradition orale (le pr&#233;-carr&#233; de l'ethnomusicologie) et tradition savante (l'apanage de la musicologie). Mais une autre voie est possible (qu'il qualifie d'&#171; approche d'amont &#187;) : si la musique est un fait social comme les autres, cette distinction a-t-elle vraiment un sens ? Selon ce point de vue, la musique est &#224; consid&#233;rer comme le r&#233;sultat de pratiques cr&#233;atrices, et si notre but est d'&#233;tudier ces pratiques, la distinction faite entre musique populaire et musique savante, ou encore entre la musique et des objets issus d'autres pratiques cr&#233;atrices, n'a plus de sens. En creux, on comprend que le d&#233;sir de forger une discipline universitaire influe sur la fa&#231;on dont les chercheurs abordent leur objet &#8211; une r&#233;flexion qui vaut d'ailleurs pour toute discipline.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le d&#233;bat concernant le savant et le populaire est repris par Romain Pudal dans sa contribution, o&#249; il est question du r&#244;le et du pouvoir symbolique des d&#233;tenteurs de la parole l&#233;gitime (ici, les universitaires). Sa question principale, concernant le travail de Bourdieu, est la suivante : est-ce que celui-ci constate simplement un &#233;tat de fait dans son travail sur la l&#233;gitimit&#233; des pratiques culturelles, ou bien contribue-t-il par ce travail, justement, &#224; cr&#233;er des distinctions et de la l&#233;gitimit&#233; ? Pudal souligne les dangers d'un travail sur l'art populaire ; comme l'exp&#233;rience de cet art est g&#233;n&#233;ralement muette, le chercheur s'empare du r&#244;le de porte-parole, ce qui risque d'&#244;ter ce droit de parole aux amateurs et de ne faire que renforcer le pouvoir symbolique des d&#233;tenteurs de la parole l&#233;gitime (p. 237). Cela nous r&#233;v&#232;le &#224; la fois l'int&#233;r&#234;t et le danger d'une sociologie de la musique populaire : ce travail accorde, qu'on le veuille ou non, de la l&#233;gitimit&#233; aux pratiques &#171; ill&#233;gitimes &#187; et c'est le chercheur qui met en mots l'exp&#233;rience de cette musique. C'est notre r&#244;le dans ces mondes de musique, on pourrait dire, mais il faut &#234;tre conscient des cons&#233;quences de ce travail, auxquelles on ne songe pas forc&#233;ment.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les travaux pr&#233;sent&#233;s dans ce tome montrent bien que les sociologues de la musique ont choisi, pour la plupart, &#171; l'approche d'amont &#187; explicit&#233;e par Laborde, o&#249; l'attention se concentre sur le faire, la musique &#233;tant consid&#233;r&#233;e comme le r&#233;sultat d'une pratique cr&#233;atrice comparable &#224; d'autres pratiques cr&#233;atrices. Les pratiques musiciennes sont abord&#233;es directement dans la premi&#232;re partie de cet ouvrage, et l'on constate que la distinction entre musique savante et musique populaire n'a pas cours lorsqu'il est question de pratiques. On peut ainsi constater que les r&#233;sultats auxquels aboutissent les recherches portant sur les pratiques de musiciens de tradition populaire peuvent alimenter le travail de ceux qui travaillent sur la musique savante, et vice versa. La contribution qui ouvre ce deuxi&#232;me tome, celle de Pierre-Michel Menger, consid&#232;re le monde de la musique dans sa totalit&#233;, sans distinction de genre. Il montre que l'on peut analyser les carri&#232;res de musiciens sans d&#233;couper arbitrairement ce monde entre le savant et le populaire. Gildas de S&#233;chelles s'inspire de l'approche de Menger pour &#233;tablir sa distinction entre musiciens cr&#233;ateurs (ceux qui ont la ma&#238;trise du sens d'une activit&#233; musicienne) et musiciens interpr&#232;tes (qui participent dans une moindre mesure &#224; la production de sens). Son article prend pour objet les &#171; musiques amplifi&#233;es &#187;, mais ses conclusions sont d'une grande pertinence pour la compr&#233;hension de toute pratique cr&#233;atrice.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Au fil de l'ouvrage, on observe que la distinction &#233;pist&#233;mologique entre le savant et le populaire n'est plus valable en sociologie de la musique et que l'amont et l'aval &#8211; le faire et l'&#339;uvre &#8211; ne peuvent &#234;tre analys&#233;s s&#233;par&#233;ment. En gardant ces &#233;l&#233;ments essentiels &#224; l'esprit, nous allons maintenant nous int&#233;resser &#224; certains argumentaires et approches marquants de ce riche volume.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'inspirant de Foucault, Laborde constate que &#171; ce qui est fait &#8211; de la musique &#8211; s'explique par le faire et non pas le faire par ce qui est fait &#187; (p. 207). Cela explique pourquoi plusieurs articles s'ouvrent sur la question : que fait-on quand on interpr&#232;te / joue / fait / &#233;coute de la musique ? Ma&#255;lis Dupont suit pr&#233;cis&#233;ment cette approche : &#171; que font les interpr&#232;tes ? &#187; (p. 131), se demande-t-elle en introduction et en conclusion de son texte. Dans le cas analys&#233;, celui de la cr&#233;ation d'une &#339;uvre de musique contemporaine, ils sont successivement auteurs (dans leurs n&#233;gociations avec la compositrice sur un texte inachev&#233;), experts (capables de &#171; produire sur demande [...] du mat&#233;riau musical calibr&#233; &#187;, p. 131) et cobayes (observ&#233;s en continu, sollicit&#233;s pour exp&#233;rimenter le dispositif d'enregistrement et les id&#233;es de la compositrice). Au-del&#224; de ces remarques sur le travail des interpr&#232;tes, l'auteure remarque que la compositrice est souvent amen&#233;e &#224; noter la performance des interpr&#232;tes dans sa partition &#8211; c'est finalement leur performance de l'&#339;uvre, n&#233;goci&#233;e avec la compositrice, qui se trouve fix&#233;e dans la partition (p. 131). Ici, la division traditionnelle du travail se trouve bouscul&#233;e : la distinction entre les r&#244;les du compositeur et de l'interpr&#232;te tend &#224; se brouiller. Pour reprendre les termes de Gildas de S&#233;chelles, le compositeur a un r&#244;le plus important que les interpr&#232;tes dans la production du sens de l'activit&#233; musicale, sans avoir le monopole de celle-ci.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La variabilit&#233; des r&#244;les de l'interpr&#232;te se trouve analys&#233;e sous un autre angle dans le travail de Gildas de S&#233;chelles. Il fait une &#233;tude similaire &#224; celle de Ma&#255;lis Dupont, mais &#224; vis&#233;e plus g&#233;n&#233;rale, sur des musiciens de musiques amplifi&#233;es. Il &#233;tudie les diff&#233;rents r&#244;les jou&#233;s par les musiciens dans la production du sens et de l'identit&#233; d'un projet musical, et montre que les profits symboliques sont li&#233;s &#224; l'implication dans cette production. Le &#171; musicien cr&#233;ateur &#187; (par opposition au &#171; musicien interpr&#232;te &#187;) con&#231;oit et manipule le sens et le discours d'un projet musical ; il repr&#233;sente la figure de l'entrepreneur et agit comme employeur pour les autres intervenants. Dans les musiques amplifi&#233;es, les cat&#233;gories de &#171; compositeur &#187; et d' &#171; interpr&#232;te &#187; sont moins fig&#233;es qu'en musique classique, et c'est peut-&#234;tre pour cette raison qu'il est plus facile de voir que la distinction &#171; cr&#233;ateur &#187; / &#171; interpr&#232;te &#187; est finalement une question de degr&#233;, et qu'un individu peut changer de r&#244;les dans les projets divers dans lesquels il est engag&#233;. Son investissement est plus grand quand son r&#244;le est plus important dans la production du sens du projet (p. 71), et cet investissement peut se traduire en profits symboliques et &#233;conomiques en cas de succ&#232;s du projet. Mais pour que le succ&#232;s soit au rendez-vous, &#171; le travail de l'artiste consiste [&#8230;] &#224; repr&#233;senter le non-travail ou l'activit&#233; non contrainte &#187; (p. 74). Paradoxalement, pour convertir les profits symboliques en profits &#233;conomiques, il faut participer &#224; la production du sens d'un projet, sans avoir l'air (pour le public) de travailler. Il faut noter au passage que le regard du public serait &#233;galement instrumental dans le processus de production de sens ; c'est un point que Franck L&#233;ard d&#233;veloppe plus amplement dans son travail sur les musiciens de bar.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Un autre aspect &#224; prendre en compte lorsque l'on analyse ce &#171; faire &#187; de la musique est la question de la communication : quand on travaille avec d'autres pour faire de la musique, ce qui n'est, on pourrait le postuler, jamais un travail exclusivement solitaire, comment communique-t-on ? S'il faut parler de la musique, comment faire si tous les participants n'ont pas la m&#234;me formation musicologique ? Marc Perrenoud cherche la r&#233;ponse &#224; cette question apr&#232;s une enqu&#234;te de terrain d'une dizaine d'ann&#233;es aupr&#232;s de musiciens &#171; ordinaires &#187;. Son objet est constitu&#233; par les &#171; musiques actuelles &#187;, o&#249; &#171; les r&#233;pertoires cognitifs et discursifs mobilis&#233;s par les instrumentistes ordinaires dans leur pratique collective sont souvent tr&#232;s vari&#233;s, tr&#232;s labiles &#187; (p. 106). Cette d&#233;claration laisse entendre qu'il existerait des genres o&#249; ces r&#233;pertoires seraient plus uniformes (sans jamais l'&#234;tre tout &#224; fait), ce qui est effectivement le cas des &#233;tudiants de conservatoires en France, comme nous allons le voir plus en d&#233;tails au sujet du travail de Pierre Fran&#231;ois. Perrenoud a fait un travail d'observation participante, et il fait &#233;tat de trois modes de communication n&#233;cessaires pour &#171; faire de la musique ensemble &#187; (p. 114) : analyse musicologique, vocalisation mim&#233;tique et description &#233;vocatrice. Ces diff&#233;rents modes sont utilis&#233;s en situation pour s'approprier le mat&#233;riau musical intellectuellement et pratiquement. Cette &#233;tude analyse la mani&#232;re dont les conventions sont cr&#233;&#233;es et adapt&#233;es en situation et montre que la capacit&#233; &#224; manier un vocabulaire musicologique est un signal de l&#233;gitimit&#233; : &#171; les &#171; lettr&#233;s &#187; du groupe se lan&#231;ant des clins d'&#339;il quand le leader s'emp&#234;trait dans un lexique musicologique mal ma&#238;tris&#233; &#187; (p. 110).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Mais le &#171; faire &#187; de la musique ne renvoie pas uniquement aux interactions entre musiciens. Quand on inclut le public dans son analyse, on tend &#224; pratiquer une &#233;tude plus globale, celle qui appr&#233;hende les aspects commerciaux des mondes musicaux. Pierre-Michel Menger adopte cette perspective socio-&#233;conomique dans ses nombreuses recherches dans ce domaine, et sa contribution &#224; ce tome montre la f&#233;condit&#233; de cette approche. Son analyse tente d'expliquer les fortes in&#233;galit&#233;s de gains que l'on constate dans les professions artistiques. En effet, la distribution des comp&#233;tences et des qualifications ne correspond pas &#224; la distribution des gains, et cette in&#233;galit&#233; est particuli&#232;rement forte chez les musiciens. Plusieurs facteurs sont pass&#233;s en revue pour expliquer ces in&#233;galit&#233;s : la relation entre formation et emploi, les &#233;carts de talent, la consolidation de la r&#233;putation, la long&#233;vit&#233; dans la carri&#232;re, les tournois &#233;liminatoires, la gestion du risque, la surestimation de soi et le caract&#232;re arbitraire du jugement. La cl&#233; de vo&#251;te de son analyse est le concept d' &#171; incertitude &#187; ; c'est elle qui explique la rupture entre formation, comp&#233;tences, qualifications et les gains que l'on peut esp&#233;rer en retirer. Son hypoth&#232;se de base est que les crit&#232;res de performance professionnelle ne sont pas clairement d&#233;finis, ce qui fait que les r&#233;sultats d'une activit&#233; cr&#233;atrice ne peuvent pas &#234;tre &#233;valu&#233;s en termes absolus (p. 23). Il avance l'id&#233;e que les marqueurs divers de succ&#232;s &#8211; consolidation de la r&#233;putation, r&#233;ussite dans des tournois, etc. &#8211; ont pour fonction de r&#233;duire l'incertitude du jugement de valeur port&#233; sur la qualit&#233; artistique d'un individu. Il n'&#233;voque pas l'effet Matthieu dans son analyse, mais on peut le lire en filigrane : le succ&#232;s appelle le succ&#232;s, dans un monde o&#249; d'autres marqueurs de qualit&#233; sont plus difficiles &#224; &#233;valuer. Finalement, c'est la structure du march&#233; &#8211; l'organisation par projets &#8211; qui structure le rapport au risque et &#224; l'incertitude. Les acteurs sont oblig&#233;s de faire l'arbitrage entre l'exploitation des comp&#233;tences accumul&#233;es (certitude sur le r&#233;sultat) et un comportement exploratoire (incertitude sur le r&#233;sultat) (p. 33).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Pierre Fran&#231;ois rend hommage &#224; son directeur de th&#232;se, Pierre-Michel Menger, dans un article traitant du r&#244;le des conservatoires dans l'insertion professionnelle des musiciens. Cette enqu&#234;te, financ&#233;e par la Direction de la musique, de la danse, des th&#233;&#226;tres et des spectacles du Minist&#232;re de la Culture, a abouti &#224; cette publication, entre autres. De ce texte riche en nuances, nous retenons l'analyse du r&#244;le des dipl&#244;mes dans le march&#233; musical : ils n'agissent pas en tant que signaux comme sur d'autres march&#233;s du travail fortement qualifi&#233;s (p. 62), ce qui renforce l'hypoth&#232;se de Menger d&#233;j&#224; discut&#233;e. Fran&#231;ois montre que ce que le conservatoire fournit d'essentiel serait plut&#244;t les comp&#233;tences techniques et un r&#233;seau professionnel. Apr&#232;s, ce sont les forces analys&#233;es par Menger qui entrent en jeu ; le dipl&#244;me du conservatoire n'est pas un facteur explicatif fort du succ&#232;s. Cette conclusion est &#224; nuancer en fonction du type de carri&#232;re vis&#233;e, surtout dans le cas du march&#233; des solistes nationaux ou internationaux (p. 61).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Nous avons vu plus haut que le faire et l'&#339;uvre sont tous les deux essentiels pour le travail d'un sociologue de la musique. Cependant, c'est le travail sur les &#339;uvres musicales proprement dites qui se trouve parfois marginalis&#233; dans les approches sociologiques. On observe un d&#233;placement &#233;pist&#233;mologique dans la partie sur les &#339;uvres musicales, ce qui peut se lire notamment dans le fait que T.W. Adorno ne soit cit&#233; que dans les articles pr&#233;sent&#233;s sous le titre &#171; La question des &#339;uvres musicales &#187;. Si Becker est le p&#232;re fondateur de la sociologie du &#171; faire la musique &#187;, Adorno joue ce r&#244;le pour la sociologie de l'&#339;uvre musicale. La lecture de ce tome dans son ensemble nous montre que l'on peut croiser ces deux approches pour arriver &#224; pratiquer une sociologie de la musique capable d'appr&#233;hender &#224; la fois le faire et l'&#339;uvre, sur un pied d'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Esteban Buch plaide pour une sociologie des &#339;uvres &#171; telles qu'&#233;cout&#233;es par quelqu'un &#187; ; une sociologie des &#339;uvres qui comprend donc la r&#233;ception contextualis&#233;e de celles-ci. Il remarque qu'une analyse musicologique est n&#233;cessairement impr&#233;gn&#233;e de l'id&#233;ologie de la personne qui fait l'analyse, et il faut pouvoir en quelque sorte analyser l'analyse des &#339;uvres en sociologie de la musique. Il nous donne un exemple de la fa&#231;on dont on peut appliquer un tel programme &#224; travers une &#233;tude de la pol&#233;mique entre Hans Pfitzner et Alban Berg sur la mani&#232;re d'analyser la &lt;i&gt;R&#234;verie &lt;/i&gt;des &lt;i&gt;Sc&#232;nes d'enfant &lt;/i&gt;opus 15 de Robert Schumann. Avec cette &#233;tude de cas, il montre que &#171; l'analyse musicale, autrement dit la description de la partition, [...] permet d'observer que les [approches de Pfitzner et de Berg] sont bas&#233;es sur une perception correcte des traits objectifs, tout en privil&#233;giant &#224; chaque fois des ph&#233;nom&#232;nes de saillance diff&#233;rents &#187; (p. 141). Cela montre clairement que nous ne pouvons pas faire abstraction de la personne qui &#233;coute quand on pratique une sociologie des &#339;uvres [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='La contribution de Michel Blanc &#224; ce tome en serait un exemple. Ses (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;] : l'&#233;coute a des aspects sociaux et historiques qu'il ne faut pas ignorer.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Cette th&#232;se est reprise par Jean-Marie Jacono, qui &#233;tudie le cas de&lt;i&gt; Boris Goudonov&lt;/i&gt;. Il montre comment cette &#339;uvre a &#233;volu&#233; dans des contextes historiques et sociaux diff&#233;rents. Il postule que les &#171; &#339;uvres doivent &#234;tre trait&#233;es comme des composantes actives de la vie en soci&#233;t&#233;, au m&#234;me titre que d'autres facteurs &#187; (p. 147). De cette fa&#231;on, il choisit son camp parmi ceux qui ne con&#231;oivent pas la musique comme un fait social distinct. L'exemple de l'op&#233;ra de Moussorgski, modifi&#233; plusieurs fois pendant le si&#232;cle qui a suivi sa composition, est r&#233;v&#233;lateur : Rimski-Korsakov, notamment, l'a r&#233;vis&#233; &#171; en fonction des attentes d'un groupe social qui va jouer un r&#244;le actif dans sa transformation et sa reprise &#187; (p. 150). C'est donc gr&#226;ce &#224; ces modifications que l'op&#233;ra a connu le succ&#232;s qu'on lui conna&#238;t. En utilisant ce cas comme mati&#232;re de base, il &#233;labore une liste de crit&#232;res qui doivent &#234;tre pris en compte dans une sociologie de l'&#339;uvre musicale inspir&#233;e, entre autres, par le travail de T.W. Adorno (p. 153).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'article de Karim Hammou a d&#251; &#234;tre difficile &#224; classer dans les parties pr&#233;sent&#233;es dans ce tome, puisque c'est le seul qui parvient &#224; combiner sociologie du faire et sociologie de l'&#339;uvre. C'est le seul qui traite activement &#224; la fois de l'amont et de l'aval, et sa contribution fait l'effet d'une r&#233;v&#233;lation des possibilit&#233;s offertes par la sociologie de la musique. Son objet est tr&#232;s pr&#233;cis &#8211; l'usage du refrain dans les albums de rap fran&#231;ais entre 1990 et 2004 &#8211; mais sa port&#233;e est grande. Il montre comment une multitude de facteurs, tels que les changements dans l'industrie du disque, la politique musicale du minist&#232;re de la culture, le r&#244;le du DJ et du MC, ont concouru pour faire changer les conventions esth&#233;tiques du monde du rap en fran&#231;ais. La figure du rappeur change au cours de cette p&#233;riode, gr&#226;ce en partie &#224; l'&#233;volution de la musique assist&#233;e par ordinateur, et il passe de collaborateur &#224; auteur dans ce syst&#232;me, en m&#234;me temps que les DJs perdent ce statut pour jouer plut&#244;t un r&#244;le de m&#233;diateur. Ce changement du statut du DJ a un effet direct sur la forme des chansons de rap, et Hammou arrive &#224; constater ce changement de statut en partant d'une analyse de l'&#339;uvre : il constate que ce qu'il appelle le &#171; refrain DJ &#187; a c&#233;d&#233; la place au &#171; refrain versifi&#233; &#187; pendant la p&#233;riode &#233;tudi&#233;e. Il appara&#238;t clairement ici que les questionnements de nature esth&#233;tique, souvent abord&#233;s dans une analyse de l'&#339;uvre, n&#233;cessitent un travail approfondi sur le faire. On en revient alors au constat foucaldien d&#233;j&#224; cit&#233; : c'est le faire qui explique l'&#339;uvre et non l'inverse (Laborde, p. 207). Hammou arrive &#224; r&#233;v&#233;ler les rapports de force qui ont abouti &#224; ce changement de conventions artistiques et, ce faisant, d&#233;montre la f&#233;condit&#233; d'une approche croisant une sociologie des conventions &#224; la Becker et une sociologie de l'&#339;uvre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Il est difficile de rendre justice &#224; l'ensemble des travaux pr&#233;sent&#233;s dans cet ouvrage tr&#232;s riche. Les pr&#233;occupations majeures qui en ressortent &#8211; la pertinence de la distinction populaire / savant et l'opposition faire / &#339;uvre &#8211; sont trait&#233;es sous des angles divers, mais tous s'accordent pour dire que l'on perd du temps &#224; vouloir &#224; tout prix tracer une ligne &#233;tanche entre la musique savante et la musique populaire et que, m&#234;me si l'on n'arrive pas &#224; faire les deux soi-m&#234;me tout le temps, l'entrecroisement d'une sociologie de l'&#339;uvre et d'une sociologie du faire est riche en enseignements. &#201;tant donn&#233;e la multitude d'approches possibles pour aborder la musique, on ne peut que conclure qu'elle est un fait social comme les autres, mais un fait social particuli&#232;rement f&#233;cond pour le sociologue. Nous pouvons apprendre beaucoup de choses en &#233;tudiant la musique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;BECKER, Howard Saul, &lt;i&gt;Les Mondes de l'art&lt;/i&gt;, Paris, Flammarion, 1988.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;La contribution de Michel Blanc &#224; ce tome en serait un exemple. Ses pr&#233;occupations personnelles informent ouvertement son analyse de l'&#233;mergence du genre de l'op&#233;rette fran&#231;aise. On ne peut qu'appr&#233;cier sa franchise, puisque les go&#251;ts du chercheur sont rarement pr&#233;sent&#233;s explicitement dans le travail sociologique sur la musique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>43. Fabien Hein, Do It Yourself ! Autod&#233;termination et culture punk</title>
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		<dc:date>2013-03-04T05:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Roger</dc:creator>


		<dc:subject>40. Comptes-rendus de lecture</dc:subject>

		<description>Fabien Hein, Do It Yourself ! Autod&#233;termination et culture punk, Le Passager Clandestin, Cong&#233;-sur-Orne, 2012, 175 p. Consid&#233;rer le Do it Yourself comme une pratique &#224; part enti&#232;re au sein de la sc&#232;ne punk rock, qui repose sur des principes et g&#233;n&#232;re des r&#233;sultats et cons&#233;quences sp&#233;cifiques, est une attention particuli&#232;rement pertinente. Tout d'abord parce que c'est un mode de fonctionnement que l'on retrouve dans beaucoup d'autres mondes de l'art, en effet, le syst&#232;me D est indissociable des d&#233;buts de (...)

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/mot/comptes-rendus-de-lecture" rel="tag"&gt;40. Comptes-rendus de lecture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fabien Hein, &lt;i&gt;Do It Yourself ! Autod&#233;termination et culture punk&lt;/i&gt;, Le Passager Clandestin, Cong&#233;-sur-Orne, 2012, 175 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Consid&#233;rer le &lt;i&gt;Do it Yourself &lt;/i&gt;comme une pratique &#224; part enti&#232;re au sein de la sc&#232;ne punk rock, qui repose sur des principes et g&#233;n&#232;re des r&#233;sultats et cons&#233;quences sp&#233;cifiques, est une attention particuli&#232;rement pertinente. Tout d'abord parce que c'est un mode de fonctionnement que l'on retrouve dans beaucoup d'autres mondes de l'art, en effet, le syst&#232;me D est indissociable des d&#233;buts de carri&#232;re ou bien des r&#233;seaux ind&#233;pendants artistiques. Par ailleurs, le &lt;i&gt;D.I.Y&lt;/i&gt; est un point aveugle des &#233;tudes culturelles. Ajoutons enfin que les travaux universitaires qui traitent du punk rock sont encore tr&#232;s peu nombreux et qu'ils manquent de fondements empiriques [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir HEIN, Fabien, &#171; La question des genres musicaux en France &#187;, in, Le (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]. Fabien Hein, qui est sociologue et sp&#233;cialiste du rock [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='Fabien Hein n'est pas seulement ma&#238;tre de conf&#233;rences en sociologie de la (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;], a d&#233;but&#233; cette enqu&#234;te en 2008 et l'a pr&#233;sent&#233;e dans deux ouvrages : &lt;i&gt;Ma petite entreprise Punk. Sociologie du syst&#232;me D&lt;/i&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='HEIN, Fabien, Ma petite entreprise Punk. Sociologie du syst&#232;me D, Toulouse, (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;], qui repose sur un terrain ethnographique de deux ans, durant lequel l'auteur a suivi en tourn&#233;e le groupe punk messin Flying Donuts ; et &lt;i&gt;Do it Yourself, Autod&#233;termination et Culture Punk, &lt;/i&gt;qui prolonge les r&#233;flexions abord&#233;es en conclusion de son ouvrage pr&#233;c&#233;dent par une analyse socio-historique du &lt;i&gt;Do It Yourself&lt;/i&gt; en tant que mode d'existence au sein de la sc&#232;ne punk rock des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'ouvrage est bas&#233; sur des interviews d'acteurs provenant d'archives historiques : biographies, ouvrages sociologiques ou journalistiques et extraits de films. L'attention est port&#233;e sur les conditions d'&#233;mancipation de l'individu &#224; travers son adh&#233;sion &#224; la sc&#232;ne punk rock. Le cadre th&#233;orique, construit autour de la r&#233;flexion pragmatiste et de la sociologie de l'action et des organisations, d&#233;coule de la sp&#233;cificit&#233; du processus &#233;tudi&#233;. Celui-ci est compris en tant qu'&#171; exp&#233;rience &#187;, dans le sens o&#249; l'entend John Dewey, c'est-&#224;-dire la capacit&#233; de l'homme &#224; donner un sens &#224; son agir [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='DEWEY, John, Art as experience, Minton, Balch &amp; Company, New York, (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]. Contrairement aux &#233;tudes existantes sur le punk, qui se concentrent davantage sur le genre musical ou ses ic&#244;nes, Fabien Hein entend d&#233;placer la focale sur les r&#233;alisations concr&#232;tes. En somme, sur l'exp&#233;rience &#171; punk &#187; et sur son r&#233;gime d'engagement, le &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt;, qu'il entend au sens pragmatique du terme en tant que &#171; disposition humaine tendue vers la r&#233;solution de probl&#232;mes pratiques &#187; (p. 47) qui &#171; encourage la cr&#233;ativit&#233;, stimule la d&#233;brouillardise et enseigne l'humilit&#233; &#187; (p. 99). L'auteur traduit le &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt; punk non pas par &#171; fais-le toi-m&#234;me &#187; mais &#171; fais-le avec toi &#187; car il l'analyse en tant que disposition autor&#233;flexive d'&#233;mancipation qui conduit &#224; l'exp&#233;rimentation d'alternatives &#233;conomiques et sociales au syst&#232;me dominant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;C'est &#224; travers trois parties divis&#233;es chacune en dix sous-parties que Fabien Hein entend pr&#233;senter &#171; la grammaire de l'exp&#233;rience punk de mani&#232;re &#224; rendre justice &#224; ce qui fait sa sp&#233;cificit&#233;, de ce que sont ses limites et les impasses dans lesquelles elle s'est enferm&#233;e et, peut-&#234;tre, de ce qui fait sa v&#233;ritable grandeur &#187; (p. 11). Il d&#233;veloppe son propos en commen&#231;ant par pr&#233;senter le contexte et les conditions d'&#233;mergence du mouvement (partie I), pour analyser par la suite la mise en pratique du r&#233;gime d'engagement &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt; dans les actions artistiques, sociales et politiques du r&#233;seau (partie II). Cela m&#232;ne &#224; une r&#233;flexion sur la notion d'entrepreneuriat punk analys&#233;e au travers des diff&#233;rentes dynamiques qui traversent la sc&#232;ne musicale, dont certaines pourraient constituer des mod&#232;les efficaces en tant que syst&#232;me contre-culturel, moins r&#233;volutionnaire que r&#233;aliste (partie III).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s avoir bross&#233; &#224; grands traits l'histoire du punk, son &#233;mergence aux &#201;tats-Unis en 1975 et son ancrage au Royaume-Uni en 1976, l'auteur esquisse, dans la premi&#232;re partie, le contexte social et politique dans lequel na&#238;t le punk rock : la tournure provocatrice que prend la pop &#224; la mort de Jimi Hendrix, les contestations sociales et revendications des droits, la fin des Trente Glorieuses, la mont&#233;e en puissance des mouvements nationalistes et conservateurs. Ces ann&#233;es (1970-77), durant lesquelles la contestation et le besoin d'agir se font entendre de plus en plus distinctement au sein du prol&#233;tariat et des classes moyennes dans les pays industrialis&#233;s, constituent le terreau fertile pour l'&#233;mergence d'un tel mouvement, qui devient tr&#232;s rapidement un gigantesque ph&#233;nom&#232;ne culturel et modifie en profondeur les conduites de vie individuelles et collectives (p. 32). L'auteur montre comment le &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt; devient progressivement une force motrice pour ce courant. M&#234;me si les punks n'ont pas th&#233;oris&#233; leur philosophie, ils instaurent de nouveaux cadres de r&#233;f&#233;rence, par des r&#233;alisations concr&#232;tes et mat&#233;rielles. Tout d'abord &#224; travers l'autod&#233;termination, c'est-&#224;-dire, dans un premier temps, &#171; prendre conscience de sa capacit&#233; &#224; agir, puis, dans un second temps, [&#8230;] prendre concr&#232;tement les choses en main. &#187; (p. 36). C'est moins le r&#233;sultat qui est d&#233;terminant que l'acte de produire. Ensuite, en consid&#233;rant l'art comme une action collective qui r&#233;sulte d'une dynamique participative, r&#233;duisant l'&#233;cart entre acteur, spectateur, consommateur et producteur par le r&#244;le de chacun dans la communaut&#233; : &#233;dition de fanzines, production de disques, promotion, organisation de concerts&#8230; Le mouvement cr&#233;e en quelque sorte ses propres loisirs et activit&#233;s, ses membres refusant de se laisser dicter ce qu'ils doivent faire par l'&#201;tat ou par le march&#233;. Le principe de coop&#233;ration, enfin, est au c&#339;ur de la vulgate punk, il est l'expression d'un mode de vie authentique&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; En tentant de sortir des pi&#232;ges des conditionnements induits par le syst&#232;me &#233;conomique dominant, les punks favorisent l'autogestion et la coproduction par les membres du r&#233;seau plut&#244;t que l'acceptation de la tutelle d'une institution ou d'entreprises multinationales. Par cette d&#233;marche participative, ils r&#233;duisent aussi les marges de profits en commercialisant leurs objets culturels au plus pr&#232;s de la valeur d'usage (p. 114). L'auteur conclut sa premi&#232;re partie sur l'analyse de &lt;i&gt;positive mental attitude&lt;/i&gt; pr&#244;n&#233;e par l'&#233;thique punk. En effet, bien plus que la politique, c'est l'&#233;thique qui est analys&#233;e comme fondement de cette culture. L'id&#233;al fondateur repose sur la coh&#233;rence des actes de l'individu, qui vit en ad&#233;quation avec le syst&#232;me de valeurs partag&#233; au sein de la communaut&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Le &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt; en acte proc&#232;de donc d'une r&#233;flexion &#233;mancipatrice et se traduit par diff&#233;rents engagements : une sensibilit&#233; p&#233;dagogique qui am&#232;ne &#224; un d&#233;veloppement des comp&#233;tences au sein du r&#233;seau punk, ou bien des actions pour l'&#233;galit&#233; des individus. Dans la logique punk, on entend s'emparer du savoir sans attendre que l'&#233;cole ou le travail le transmettent. L'autoformation vaut mieux que l'&#233;cole traditionnelle. Dans la deuxi&#232;me partie de l'ouvrage, la conscience &#233;mancipatrice des punks est rapproch&#233;e des r&#233;flexions de l'&#233;ducation populaire qui d&#233;veloppait l'apprentissage par l'exp&#233;rience, remettant ainsi en cause la p&#233;dagogie de l'&#233;cole officielle. L'auteur cherche &#224; d&#233;montrer que les punks d&#233;ploient de nouvelles formes de transmission et de solidarit&#233; &#224; travers le partage du savoir et la participation &#224; l'action collective (p. 74). Par exemple, &#224; la fin des ann&#233;es 70, plusieurs manuels &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt; apparaissent dans la sc&#232;ne punk. Ils s'inspirent des mod&#232;les de la publication ind&#233;pendante Dada ou encore des revues de vulgarisation scientifique du d&#233;but du XXe si&#232;cle. Le guide punk est un inventaire de ressources &#224; mobiliser, qui visent &#224; d&#233;mystifier les processus de production et de distribution traditionnels et &#224; mettre en avant la viabilit&#233; du mod&#232;le &#233;conomique &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt; ; il est &#171; une ressource pour d&#233;velopper l'autonomie de la communaut&#233; et favoriser l'entraide entre ses membres &#187; (p. 78). Il fonctionne alors comme un marqueur permettant aux acteurs de &#171; se penser comme une communaut&#233; de moyens et de fins &#187; (p. 78). Par ailleurs, par la mise en place de projets d'accompagnement p&#233;dagogique, comme par exemple celui du groupe anarcho-punk britannique Crass, qui cherche &#224; faire na&#238;tre chez les jeunes issus des classes populaires le d&#233;sir d'agir et de cr&#233;er, on cherche &#224; montrer que &#171; le d&#233;terminisme social n'est pas une fatalit&#233; &#187; (p. 43) et que les classes populaires sont compos&#233;es d'acteurs qui agissent en conscience. Ainsi, la communaut&#233; punk offre un terrain d'expression extr&#234;mement large qui &#171; se caract&#233;rise principalement par sa capacit&#233; &#224; laisser s'exprimer un grand nombre de marginalit&#233;s et de minorit&#233;s [&#8230;] au risque de la contradiction ou de la confrontation &#187; (p. 78). &#192; ce titre, Hein cite l'&#233;mergence des mouvements &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; punks, ou celui des riot grrrl f&#233;ministes. Leurs activit&#233;s artistiques ou &#233;ditoriales sont souvent de v&#233;ritables actes politiques qui visent &#224; abolir les fronti&#232;res et &#224; d&#233;noncer les discriminations li&#233;es au genre. Cependant, malgr&#233; ce que pourrait faire penser l'id&#233;al punk, il n'existe pas de r&#233;elle homog&#233;n&#233;it&#233; parmi les membres. Hein montre que les id&#233;es de ces mouvements pr&#233;curseurs ne font pas l'unanimit&#233; au sein de la culture punk. Cependant, par ces initiatives qui accompagnent les luttes sociales, on assiste bien &#224; la mise en place &#171; d'une politique en actes &#187; qui, &#224; travers le &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt;, &#171; vise &#224; produire des mutations de conscience &#187; (p. 93-94) et &#224; instaurer de nouveaux &#171; cadres interpr&#233;tatifs &#187; qui produisent de fa&#231;on locale et temporaire des valeurs et des normes orientant les actions individuelles et collectives. Cette dynamique, &#224; travers le mouvement punk, se traduit davantage par la mise en place d'une &#233;conomie alternative, qui prend la forme d'un entreprenariat punk, que par l'&#233;tablissement d'un syst&#232;me r&#233;volutionnaire. En effet, l'autod&#233;termination punk qui conduit &#224; l'autoproduction ne peut &#234;tre applicable qu'au prix d'autolimitations &#233;conomiques, structurelles et strat&#233;giques visant &#224; ne pas trahir l'&#233;thique punk. L'entreprenariat punk repose donc sur une &#233;conomie fragile o&#249; les interm&#233;diaires et les frais de production sont r&#233;duits dans une logique de tr&#232;s faible croissance, constituant un march&#233; de niche (p. 100). Le &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt; est donc tr&#232;s co&#251;teux en termes de temps et d'&#233;nergie, et son application va &#224; l'encontre des valeurs de r&#233;ussite professionnelle ou de la logique de surconsommation mise en place par les soci&#233;t&#233;s capitalistes.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'homog&#233;n&#233;it&#233; des mod&#232;les de conduite punk est discut&#233;e dans la troisi&#232;me partie du livre. L'auteur y analyse les diff&#233;rentes formes d'engagements contradictoires qui, entre l'adh&#233;sion &#224; l'&#233;thique et sa mise en pratique, posent la question du sens du punk rock (p. 102). Pour une minorit&#233;, la primaut&#233; est donn&#233;e aux cadres de l'action (pr&#233;ceptes du &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt;), l'ind&#233;pendance repr&#233;sentant la valeur supr&#234;me. On peut d&#232;s lors citer des groupes comme Crass (Crass Records) au Royaume-Uni ou Fugazi (Dischord Records) aux USA, qui sont consid&#233;r&#233;s comme les plus int&#232;gres de la sc&#232;ne. D'autres groupes, comme The Clash ou les Sex Pistols, par soif de reconnaissance ou de succ&#232;s commerciaux, se sont tourn&#233;s vers les majors. Ils consid&#232;rent le &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt; comme un passage qui permet d'acc&#233;der au &#171; v&#233;ritable &#187; statut d'artiste et non comme une fin en soi. Le confort financier et mat&#233;riel vaut plus que la valeur &#233;thique. Pour Penny Rimbaud (Crass) ou Ian MacKaye (Fugazi), cette posture est inacceptable. En effet, Crass et Fugazi revendiquaient une totale autonomie, refusant toute publicit&#233; ou contrat &#233;tablis avec de majors et en privil&#233;giant les fanzines comme source m&#233;diatique. Ce type d'autod&#233;termination leur vaut un profond respect et une haute estime de la part de toute la communaut&#233; punk, car ces conduites prouvent que l'ind&#233;pendance est choisie et non subie (p. 113). Ces groupes musicaux ont r&#233;ussi &#224; faire prosp&#233;rer leurs labels sans renoncer &#224; leurs id&#233;aux, en pla&#231;ant toujours l'&#233;thique du travail collectif au premier plan, avant la croissance de leur productivit&#233;. La d&#233;marche, &#224; la fois anarchisante, pragmatique voire m&#233;lioriste, guid&#233;e par une &#233;thique de la frugalit&#233;, de la coop&#233;ration et de l'autor&#233;flexivit&#233;, semble porteuse d'un mod&#232;le &#233;conomique singulier qui tend &#224; proposer une alternative au syst&#232;me dominant.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les membres de Crass ont d&#233;cid&#233; en 1984, apr&#232;s sept ann&#233;es d'existence, d'arr&#234;ter leur groupe et leur label, ayant estim&#233; qu'ils commen&#231;aient &#224; se fourvoyer et &#224; s'essouffler dans leur pratique. Hein consid&#232;re que Dischord records tend en revanche &#224; d&#233;montrer que la dynamique lib&#233;rale (bas&#233;e sur le rendement) et la dynamique libertaire (centr&#233;e sur l'ind&#233;pendance structurelle) peuvent &#234;tre combin&#233;es au prix d'une grande autolimitation des ressources. Celle-ci se caract&#233;rise par une division du travail tr&#232;s peu marqu&#233;e, une mince r&#233;tribution, une &#233;quipe de travail r&#233;duite et une d&#233;marche de r&#233;cup&#233;ration des mat&#233;riaux ; le b&#233;n&#233;fice est principalement d'ordre symbolique et humaniste. Cependant, m&#234;me si ce mod&#232;le se d&#233;marque du syst&#232;me lib&#233;ral, Hein s'interroge sur sa port&#233;e contre-culturelle en pointant des dissonances r&#233;sultant de la globalisation du march&#233;. Donnant l'exemple de Ian MacKaye, qui se targue pourtant d'avoir ses propres r&#233;seaux de distributions, l'auteur montre que son distributeur soi-disant ind&#233;pendant est n&#233;anmoins lui-m&#234;me distribu&#233; par une filiale d'Universal music (p. 139).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'auteur conclut son ouvrage sur l'analyse des d&#233;veloppements r&#233;cents du punk rock qui a, depuis la fin des ann&#233;es 90, succomb&#233; au capitalisme. Les dynamiques d'ind&#233;pendance des premiers temps ont &#233;t&#233; supplant&#233;es par des dynamiques d'all&#233;geance. Le punk rock, qui portait en lui les germes de son d&#233;tournement, est devenu rapidement une mode et un produit de consommation. L'autod&#233;termination, la d&#233;brouillardise et l'autoproduction sont des ressources int&#233;ressantes pour fa&#231;onner un individu adaptable, comp&#233;titif, et capable de consentir aux ali&#233;nations des soci&#233;t&#233;s lib&#233;rales. La sc&#232;ne punk, n'ayant pas su se remettre en question au regard de la transformation du lib&#233;ralisme, a confondu ind&#233;pendance et individualisme (p. 155). Mais l'auteur, de mani&#232;re bienveillante et peut-&#234;tre militante, semble avoir bon espoir en l'&#233;mergence de nouvelles subversions pour le futur, si elles prennent ce que le punk a donn&#233; de meilleur. En &#233;tant mises en garde contre les pi&#232;ges dans lesquels sont tomb&#233;s leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, elles seront plus &#224; m&#234;me de reformuler un nouvel esprit &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt;, arm&#233;es contre les mutations du syst&#232;me. La crise de l'industrie du disque et le d&#233;veloppement de l'autoproduction et de l'autopromotion pourraient constituer pour cela un terreau fertile. Hein soutient qu'une nouvelle position contre-culturelle serait possible, &#224; condition de remettre en question les pr&#233;suppos&#233;s de l'action, pour conserver une libert&#233; de penser et d'agir. Ceci entre en r&#233;sonance avec le projet critique de la philosophie pragmatiste dont la pr&#233;sence dans cet ouvrage fait figure de palimpseste th&#233;orique : elle engage la prise de conscience, en tant qu'humain, de ses propres limites de clairvoyance et invite &#224; tirer les cons&#233;quences de ces incapacit&#233;s pour viser l'acuit&#233; de l'action dans un monde toujours mouvant [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='JOSEPH, Isaac, &#171; L'athl&#232;te moral et l'enqu&#234;teur modeste, Parcours du pragmatisme (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;].&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce livre constitue un apport important pour l'histoire du punk rock, &#224; la fois par son orientation &#233;pist&#233;mologique vivifiante, encore relativement peu mobilis&#233;e en sociologie des musiques populaires fran&#231;aises, mais aussi par la r&#233;vision qu'il pratique des lieux communs de cette sc&#232;ne musicale. L'ouvrage a le remarquable avantage d'&#234;tre &#224; la fois agr&#233;able &#224; lire et accessible aux non-sp&#233;cialistes (de l'objet ou des sciences sociales), tout en analysant rigoureusement les diff&#233;rents aspects des usages du &lt;i&gt;D.I.Y.&lt;/i&gt; dans la culture punk des ann&#233;es 70. Cependant, le format synth&#233;tique du livre dessert parfois quelque peu le propos : le manque d'&#233;tapes interm&#233;diaires entre la pr&#233;sentation des faits et leur analyse affaiblit la port&#233;e &#233;pist&#233;mologique d'une telle enqu&#234;te. L'ouvrage, cependant, demeure passionnant : centr&#233; sur &#171; l'exp&#233;rience &#187;, il contribue &#224; ouvrir de nouvelles pistes m&#233;thodologiques pour la sociologie de la culture et des arts, celles qui permettent d'envisager &#171; la situation fondamentalement ouverte, incertaine et risqu&#233;e du sujet agissant &#187; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='JOAS, Hans, La Cr&#233;ativit&#233; de l'agir, traduit de l'allemand par Pierre Rusch (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]. Reste donc &#224; souhaiter que ce livre suscite l'envie d'&#234;tre prolong&#233;, dans des &#233;tudes portant sur d'autres modes d'organisations de mouvements contre-culturels, analysant finement les conflits, n&#233;gociations, compromis qui se jouent lors de l'&#233;mergence d'actions collectives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Voir HEIN, Fabien, &#171; La question des genres musicaux en France &#187;, in, Le GUERN, P., DAUNCEY, H (dir), St&#233;r&#233;o. Sociologie compar&#233;e des musiques populaires France/G.-B., Paris, M&#233;lanie S&#233;teun/IRMA, p. 165-166&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;Fabien Hein n'est pas seulement ma&#238;tre de conf&#233;rences en sociologie de la musique &#224; l'universit&#233; de Lorraine, il est aussi ancien bassiste et manager d'un groupe de stoner (m&#233;lange de rock, doom et m&#233;tal) et critique musical dans plusieurs revues musicales (notamment &lt;i&gt;Noise magazine&lt;/i&gt;). Ce chercheur, au parcours diversifi&#233;, a soutenu sa th&#232;se en 2004, r&#233;dig&#233;e &#224; partir d'une enqu&#234;te ethnographique de la sc&#232;ne rock en Lorraine. Son travail visait &#224; restituer la pluralit&#233; des exp&#233;riences individuelles et collectives, les relations entre acteurs, objets et dispositifs qui sont en jeu dans le monde du rock.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;HEIN, Fabien, &lt;i&gt;Ma petite entreprise Punk. Sociologie du syst&#232;me D&lt;/i&gt;, Toulouse, Kicking Books, 2011, consultable gratuitement et en int&#233;gralit&#233; sur le site internet de Fabien Hein &#224; cette adresse : &lt;a href=&quot;http://fabienhein.com/publications/MaPetiteEntreprisePunk_web.pdf&quot; class='spip_url spip_out' rel='nofollow external'&gt;http://fabienhein.com/publications/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;DEWEY, John, &lt;i&gt;Art as experience&lt;/i&gt;, Minton, Balch &amp; Company, New York, 1934, p.35.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;JOSEPH, Isaac, &#171; L'athl&#232;te moral et l'enqu&#234;teur modeste, Parcours du pragmatisme &#187;, in, KARSENTI, Bruno et QU&#201;R&#201;, Louis (dir.), &lt;i&gt;La Croyance et l'Enqu&#234;te : aux sources du pragmatisme&lt;/i&gt;, Paris, &#201;ditions de l'EHESS, 2004, p. 20.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;JOAS, Hans, &lt;i&gt;La Cr&#233;ativit&#233; de l'agir&lt;/i&gt;, traduit de l'allemand par Pierre Rusch (titre original : &lt;i&gt;Die Kreativit&#228;t des Handelns&lt;/i&gt;, 1992), pr&#233;face par Alain Touraine, Paris, Les &#201;ditions du Cerf, 1999, p. 66.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>45. Vincent Dubois, Jean-Matthieu M&#233;on et Emmanuel Pierru, Les Mondes de l'harmonie. Enqu&#234;te sur une pratique musicale amateur</title>
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		<dc:date>2013-03-04T01:32:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jardin</dc:creator>


		<dc:subject>40. Comptes-rendus de lecture</dc:subject>

		<description>Vincent Dubois, Jean-Matthieu M&#233;on et Emmanuel Pierru, Les Mondes de l'harmonie. Enqu&#234;te sur une pratique musicale amateur, Paris, La Dispute, 2009. La musicologie et l'histoire de la musique sont-elles condamn&#233;es &#224; courir derri&#232;re la sociologie sur le terrain de l'&#233;tude des structures d'encadrement musical ? Dix-huit ans s&#233;parent la parution des travaux d'Antoine Hennion, Fran&#231;oise Martinat et Jean-Pierre Vignolle sur les conservatoires de la soutenance de la th&#232;se d'Emmanuel Hondr&#233; sur les (...)

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/Musique-et-theorie-queer" rel="directory"&gt;3. Musique et th&#233;orie queer&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/mot/comptes-rendus-de-lecture" rel="tag"&gt;40. Comptes-rendus de lecture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vincent Dubois, Jean-Matthieu M&#233;on et Emmanuel Pierru, &lt;i&gt;Les Mondes de l'harmonie. Enqu&#234;te sur une pratique musicale amateur&lt;/i&gt;, Paris, La Dispute, 2009.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La musicologie et l'histoire de la musique sont-elles condamn&#233;es &#224; courir derri&#232;re la sociologie sur le terrain de l'&#233;tude des structures d'encadrement musical ? Dix-huit ans s&#233;parent la parution des travaux d'Antoine Hennion, Fran&#231;oise Martinat et Jean-Pierre Vignolle sur les conservatoires [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='footnote' title='HENNION, Antoine, MARTINAT, Fran&#231;ois et VIGNOLLE, Jean-Pierre, Les (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;] de la soutenance de la th&#232;se d'Emmanuel Hondr&#233; sur les succursales du Conservatoire [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='footnote' title='HONDR&#201;, Emmanuel, L'&#233;tablissement des succursales du Conservatoire de musique (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;] ; le livre tir&#233; de la th&#232;se de Hyacinthe Ravet sur les musiciennes d'orchestre [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='footnote' title='RAVET, Hyacinthe, Enqu&#234;te sur les femmes et la musique, Paris, Autrement, (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;] n'a encore aucun pendant historique ; et &lt;i&gt;Les Mondes de l'harmonie&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2009, investit un champ de recherche qui &#8211; hormis les travaux de Philippe Gumplowicz, Jean-Yves Rauline et, plus r&#233;cemment, J&#233;r&#244;me Cambon [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='footnote' title='GUMPLOWICZ, Philippe, Les Travaux d'Orph&#233;e : deux si&#232;cles de pratique musicale (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;] &#8211; reste un &lt;i&gt;no man's land&lt;/i&gt; musicologique. L'initiative de cette recherche est n&#233;anmoins &#224; mettre au cr&#233;dit d'une institution situ&#233;e en dehors du champ de la recherche : la F&#233;d&#233;ration des soci&#233;t&#233;s de musique d'Alsace [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='footnote' title='Structure f&#233;d&#233;rative regroupant 300 associations musicales (http://www.fsma.com/).' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;], qui a charg&#233; en 2003 l'Observatoire des politiques culturelles [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir http://www.observatoire-culture.net/.' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;] de piloter une &#233;tude sur les orchestres d'harmonie de sa r&#233;gion.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La commande &#8211; que l'on imagine dict&#233;e par un besoin de mieux conna&#238;tre une r&#233;alit&#233; locale difficilement abordable &#8211; a donn&#233; lieu &#224; une enqu&#234;te men&#233;e en 2004 et 2005. Les donn&#233;es statistiques recueillies sont issues de questionnaires adress&#233;s aux musiciens d'harmonie (578) et aux personnels encadrant les orchestres (219 directeurs ou pr&#233;sidents) ; vingt-cinq entretiens r&#233;alis&#233;s et trois monographies d'orchestres permettent d'affiner et d'illustrer les r&#233;sultats obtenus. Le r&#233;sultat est un livre captivant proposant une grille de lecture pour aborder les orchestres d'harmonie, appel&#233;e certainement &#224; &#234;tre r&#233;utilis&#233;e par les chercheurs qui voudront se pencher sur ce type de structure.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La premi&#232;re partie, &#171; Aux marges du champ musical &#187;, permet aux auteurs d'exposer les donn&#233;es statistiques : r&#233;partition des musiciens par tranche d'&#226;ge, sexe, cat&#233;gorie socioprofessionnelle, taille de ville habit&#233;e, loisirs pratiqu&#233;s, go&#251;t musical, niveau d'&#233;tudes (g&#233;n&#233;ral et musical). Les r&#233;sultats les plus frappants sont sans doute la f&#233;minisation des orchestres, observ&#233;e essentiellement dans les jeunes g&#233;n&#233;rations (69,3% des moins de 15 ans, les musiciennes ne sont minoritaires que pour les tranches d'&#226;ges sup&#233;rieures aux 25-35 ans) et le relativement haut niveau d'&#233;tudes des musiciens interrog&#233;s (&#171; Les musiciens d'harmonie sont plus dipl&#244;m&#233;s que les musiciens amateurs en g&#233;n&#233;ral, et que la population globale, quelle que soit la tranche d'&#226;ge consid&#233;r&#233;e &#187; p. 49). Les premiers r&#233;sultats sont ensuite synth&#233;tis&#233;s en croisant capital social et capital musical des musiciens. Leur &#171; espace &#187; se r&#233;partit alors selon quatre p&#244;les : sociable ancien (capital social et capital musical faibles) ; sociable investi (capital social fort et capital musical faible) ; musical distanci&#233; (capital social fort, capital musical faible) ; musical investi (capital social et capital musical forts). L'univers des orchestres d'harmonie y appara&#238;t tiraill&#233; entre deux aspirations pr&#233;sent&#233;es comme antagonistes : la sociabilit&#233; et la musicalit&#233;. Consacr&#233; non plus aux musiciens mais aux orchestres, le deuxi&#232;me chapitre de cette partie propose leur r&#233;partition spatiale selon leur taux d'institutionnalisation (axe des abscisses) et musicalit&#233; ou sociabilit&#233; (axe des ordonn&#233;es). Quatre nouveaux p&#244;les apparaissent : sociable ouvert (forte institutionnalisation, forte sociabilit&#233;) ; sociable insulaire (faible institutionnalisation, forte sociabilit&#233;) ; musical ouvert (forte institutionnalisation, forte musicalit&#233;) et folklorique commercial (faible institutionnalisation, forte musicalit&#233;). Le r&#244;le structurant des &#233;coles de musique (les directeurs des unes &#233;tant souvent les chefs d'orchestre des autres) et la complexit&#233; des r&#233;seaux charg&#233;s d'encadrer ou de dynamiser les harmonies retiennent particuli&#232;rement l'attention.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie (&#171; &#201;cologie et &#233;conomie d'une pratique amateur &#187;) nous fait entrer plus avant encore dans la vie des orchestres : les modalit&#233;s et zones g&#233;ographiques de recrutement, l'orientation et la formation des musiciens, les diff&#233;rentes formes de sociabilit&#233;. La sous-partie &#171; L'orchestre fait le musicien &#187; (p. 133 et suivantes) montre notamment comment le choix de l'instrument est d'abord soumis aux besoins de l'orchestre accueillant un musicien novice : un pupitre &#224; compl&#233;ter ou un instrument mis &#224; sa disposition gratuitement (&#171; C'est tr&#232;s simple pourquoi j'ai fait de la trompette : c'est le seul bignou qui restait dans une armoire. Au d&#233;part je voulais faire du saxophone, mais il n'y en avait pas ! &#187;, p. 134). On choisit l'orchestre avant son instrument et le sentiment d'appartenance &#224; un groupe &#8211; amplifi&#233; par diff&#233;rents facteurs (sentiment d'avoir &#224; s'acquitter d'une dette, liens amicaux, associatifs voire familiaux) &#8211; est une force mais peut cr&#233;er des fragilit&#233;s dans la p&#233;rennisation d'un orchestre. L'exemple donn&#233; de la crise travers&#233;e par l'harmonie Concordia &#224; la suite de la retraite de son chef (en poste depuis une quinzaine d'ann&#233;es) est sur ce point tr&#232;s parlant (p. 186-188) : son d&#233;part entra&#238;ne une p&#233;riode de forte instabilit&#233; (une partie des musiciens quitte l'harmonie, des tensions naissent entre l'orchestre, la mairie et l'&#233;cole de musique, quatre nouveaux directeurs se succ&#232;dent en deux ans&#8230;). Une remise &#224; plat des objectifs artistiques et le soutien de nouveaux musiciens sont alors les seules issues possibles pour qu'une nouvelle direction prenne sa place. L'implication &#233;motionnelle des artistes amateurs dans leur orchestre brouille ainsi une lecture de l'&#233;volution des orchestres uniquement observ&#233;e par le prisme institutionnel ou politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Apr&#232;s s'&#234;tre longuement int&#233;ress&#233;s aux sociabilit&#233;s li&#233;es aux orchestres d'harmonie, les auteurs se penchent davantage, dans leur derni&#232;re partie (&#171; L'autonomie culturelle en perspectives &#187;), sur le champ musical. Sont ici abord&#233;es les questions du rapport des amateurs au monde musical professionnel ; est aussi pr&#233;sent&#233; ce que les auteurs nomment &#171; l'&#233;thique de l'harmonie &#187; (valeurs et modes de validations des parcours, passant notamment par l'attribution de m&#233;dailles) ; les auteurs s'int&#233;ressent enfin aux lieux et r&#233;pertoires des concerts. Le go&#251;t musical v&#233;hicul&#233; par ces structures est analys&#233; comme un &#171; &#233;clectisme conformiste &#187; (p. 223 et suivantes) et le monde des harmonies appara&#238;t comme partiellement pr&#233;serv&#233; &#171; de la d&#233;consid&#233;ration qu'occasionne l'imposition des crit&#232;res de la culture l&#233;gitime en lui permettant de fonctionner comme une zone culturelle franche &#187; (p. 229). Dans leur dernier chapitre qui fait office de conclusion, les auteurs reviennent sur les lignes de force du livre et s'interrogent sur le devenir des orchestres d'harmonie. Ils constatent d'une part que les &#171; bases sociales traditionnelles &#187; de leur recrutement ont subi de profonds bouleversements au cours de la p&#233;riode contemporaine et s'int&#233;ressent, d'autre part, aux dynamiques propres aux interm&#233;diaires culturels charg&#233;s de soutenir les harmonies : du personnel encadrant (davantage tourn&#233;s vers le &#171; mod&#232;le musical l&#233;gitime &#187; que les musiciens qu'ils dirigent) aux politiques men&#233;es par les structures f&#233;d&#233;ratives ou locales. L'absence de politique artistique coh&#233;rente dans ce domaine semble &#234;tre manifeste, la plupart des actions men&#233;es tendant avant tout &#224; pr&#233;server (plut&#244;t que r&#233;nover) l'existence d'orchestres devenus les symboles d'une forme de culture populaire.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'&#233;tude propos&#233;e par Dubois, M&#233;on et Pierru s'inscrit pleinement dans le d&#233;bat sociologique. L'un des enjeux principaux de l'ouvrage est d'ailleurs de discuter et de nuancer les th&#233;ories de la domination symbolique. Cet aspect ayant d&#233;j&#224; fait l'objet de plusieurs comptes rendus de lecture disponibles en ligne [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir notamment les comptes rendus de Philippe Cibois (in Socio-logos. Revue (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;], on proposera ici une lecture orient&#233;e par l'histoire de la musique. De celle-ci d&#233;coule un premier regret : que les auteurs n'aient pas (semble-t-il) eu l'occasion de consulter ou se faire relire par un sp&#233;cialiste des aspects musicaux qu'ils &#233;taient amen&#233;s &#224; traiter. Ce manque se remarque ponctuellement dans le livre : la date de cr&#233;ation du Conservatoire de Paris donn&#233;e page 29 est erron&#233;e (1796 au lieu de 1795) ; D&#233;sir&#233; Dondeyne est d&#233;sign&#233;, page 113, comme &#171; le premier instrumentiste &#224; vent &#224; int&#233;grer une classe de composition [au Conservatoire de Paris] &#187; ce qui semble particuli&#232;rement discutable [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='footnote' title='Voir notamment l'&#233;tude d'Anthony Bergerault, publi&#233;e dans le premier num&#233;ro de (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;] ; &lt;i&gt;Also Sprach Zarathustra&lt;/i&gt; de Strauss est pr&#233;sent&#233; comme une &#171; ouverture &#187; alors qu'il s'agit d'un po&#232;me symphonique (p. 217) ; enfin, ils analysent la pr&#233;sence physique des cuivres dans un orchestre symphonique (&#171; syst&#233;matiquement au fond &#187;) comme une &#171; convention &#187; qui ne serait pas v&#233;ritablement motiv&#233;e par des raisons acoustiques (p. 29).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;S'il s'agit l&#224; de d&#233;tails ayant plus ou moins d'importance, ils apparaissent n&#233;anmoins comme le sympt&#244;me d'un manque de communication entre les disciplines. La musicologie a effectivement &#233;t&#233; peu encline &#224; proposer de grandes synth&#232;ses sur l'histoire des orchestres d'harmonie depuis la publication des &lt;i&gt;Travaux d'Orph&#233;e&lt;/i&gt; de Philippe Gumplowicz, mais elle ne s'en est pas non plus totalement d&#233;sint&#233;ress&#233;e : la consultation du &lt;i&gt;Dictionnaire de la musique en France au XIX&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle &lt;/i&gt;dirig&#233; par Jo&#235;l-Marie Fauquet et publi&#233; chez Fayard en 2003 (six ans avant la publication des &lt;i&gt;Mondes de l'harmonie&lt;/i&gt;) aurait pu donner de nombreuses pistes permettant de ne pas consid&#233;rer le mouvement orph&#233;onique comme origine presque exclusive de ces orchestres (p.30). Il est fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'origine militaire des orchestres &#224; vent, mais la r&#233;flexion sur ce point occulte tout un pan de leur d&#233;veloppement historique. Harmonies, fanfares, orchestres de la garde nationale et &#171; Musiques municipales &#187; n'ont pas toujours &#233;t&#233; compos&#233;s de musiciens issus des classes sociales les plus modestes. Dans le nord de la France, les &#171; soci&#233;t&#233;s philharmoniques &#187;, dont le recrutement social se joue essentiellement au sein de l'&#233;lite urbaine, proposent des premiers mod&#232;les d'orchestres &#224; vent d&#232;s la Restauration. Les diff&#233;rentes politiques de d&#233;mocratisation artistique au cours du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle auront permis d'ouvrir aux classes populaires l'acc&#232;s &#224; des pratiques musicales jusqu'alors r&#233;serv&#233;es aux &#233;lites. Ces orchestres &#171; populaires &#187; h&#233;ritent alors non seulement de la composition de l'orchestre de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, mais aussi du type de r&#233;pertoire interpr&#233;t&#233; et des ambitions politiques de ce type de formation : repr&#233;senter une ville ou toute autre structure &#233;conomique, d&#233;montrer sa puissance financi&#232;re et mettre en sc&#232;ne &#171; l'harmonie &#187; existant entre les individus qui la composent. Quand on tient compte de cette histoire, peut-on v&#233;ritablement consid&#233;rer l'orchestre d'harmonie comme le simple reflet d'une forme de culture populaire ? Les nombreux parall&#232;les que l'on pourrait faire entre les orchestres contemporains &#233;tudi&#233;s dans &lt;i&gt;Les Mondes de l'harmonie&lt;/i&gt; et les orchestres fran&#231;ais de la Restauration et de la monarchie de Juillet [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='footnote' title='La p&#233;rennit&#233; du rapport amateurs-professionnels ; la place centrale de la (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;] remettraient sans doute en cause un certain nombre de postures adopt&#233;es dans l'ouvrage. Ils permettraient en outre de penser une histoire des pratiques amateurs sur le temps long.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Enfin, si l'objectif du livre de Vincent Dubois, Jean-Matthieu M&#233;on et Emmanuel Pierru est d'utiliser l'ensemble des donn&#233;es qu'ils ont collect&#233;es pour parler de ph&#233;nom&#232;nes qui d&#233;passent l'ancrage local de leur &#233;tude, on peut n&#233;anmoins s'&#233;tonner du fait qu'ils s'arr&#234;tent bien peu sur la sp&#233;cificit&#233; de leur terrain de recherche. L'absence du mot &#171; Alsace &#187; dans le titre ou sur la quatri&#232;me de couverture du livre pourrait passer pour un choix commercial : en 2002, le titre du livre de Sylvie Granger &#8211; &lt;i&gt;Musiciens dans la ville. 1600-1850&lt;/i&gt; &#8211; ne signalait pas non plus au lecteur qu'il s'agissait d'une &#233;tude sur Le Mans. On chercherait n&#233;anmoins en vain, en dehors d'un encadr&#233; plac&#233; en fin d'introduction, des &#233;l&#233;ments d'analyse relevant les aspects particuliers du d&#233;veloppement musical dans cette r&#233;gion afin de mettre en relief les conclusions plus g&#233;n&#233;rales de leur &#233;tude. On peut pourtant lire dans cet encadr&#233; :&lt;/p&gt; &lt;blockquote class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;p&gt;De nombreux orchestres ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s lors de l'annexion allemande de 1870-1918, participant &#224; la construction d'un r&#233;seau dense : pr&#232;s d'un tiers des soci&#233;t&#233;s actuelles ont plus de cent ans, plus de 70% plus de cinquante ans, et nombre des cr&#233;ations post&#233;rieures &#224; la Premi&#232;re Guerre mondiale prennent appui sur les formations constitu&#233;es dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente. Le facteur religieux doit &#233;galement &#234;tre pris en compte. La pratique religieuse reste comparativement forte en Alsace, o&#249; le r&#233;gime concordataire maintient par exemple l'enseignement religieux &#224; l'&#233;cole publique. (p. 21)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les rapports que la vie musicale fran&#231;aise entretient, depuis le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avec l'&#201;glise d'une part et l'Allemagne d'autre part ne sont pourtant pas des questions de second ordre.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Sans doute propre au champ disciplinaire des auteurs, le relatif manque d'assise historique et musicologique que l'on a ainsi pu relever &#231;&#224; et l&#224; au cours du livre ne doivent pas n&#233;anmoins d&#233;tourner historiens de la musique et musicologues de sa lecture. &lt;i&gt;Les Mondes de l'harmonie&lt;/i&gt; tendent, au contraire, &#224; donner une l&#233;gitimit&#233; aux &#233;tudes sur les orchestres amateurs et &#224; ouvrir un d&#233;bat interdisciplinaire : il revient d&#233;sormais aux autres disciplines de prendre le relai.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh1' id='nb1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='footnote'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; HENNION, Antoine, MARTINAT, Fran&#231;ois et VIGNOLLE, Jean-Pierre, &lt;i&gt;Les Conservatoires et leurs &#233;l&#232;ves : rapport sur les &#233;l&#232;ves et anciens &#233;l&#232;ves des &#233;coles de musique agr&#233;&#233;es par l'&#201;tat&lt;/i&gt;, Paris, La Documentation fran&#231;aise, 1983.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh2' id='nb2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='footnote'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; HONDR&#201;, Emmanuel, &lt;i&gt;L'&#233;tablissement des succursales du Conservatoire de musique de Paris de la Restauration &#224; la monarchie de Juillet, un exemple de d&#233;centralisation artistique&lt;/i&gt;, Th&#232;se de 3e cycle sous la direction de Michelle Biget-Mainfroy et Jean-Jacques Eigeldinger soutenue en 2001 &#224; l'universit&#233; Fran&#231;ois Rabelais de Tours.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh3' id='nb3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='footnote'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; RAVET, Hyacinthe, &lt;i&gt;Enqu&#234;te sur les femmes et la musique&lt;/i&gt;, Paris, Autrement, 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh4' id='nb4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='footnote'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; GUMPLOWICZ, Philippe, &lt;i&gt;Les Travaux d'Orph&#233;e : deux si&#232;cles de pratique musicale amateur en France, 1820-1900. Harmonies, chorales, fanfares&lt;/i&gt;, Paris, Aubier, 2001 ; RAULINE, Jean-Yves, &#171; Les soci&#233;t&#233;s musicales sous le Second Empire et la Troisi&#232;me R&#233;publique : entre sociabilit&#233; et propagande politique &#187;, in Ludovic TOURN&#200;S, &lt;i&gt;De L'acculturation du politique au multiculturalisme : sociabilit&#233;s musicales&lt;/i&gt;, Paris, Champion, 1999 ; CAMBON, J&#233;r&#244;me, &lt;i&gt;Les Trompettes de la R&#233;publique. Harmonies et fanfares en Anjou sous la Troisi&#232;me R&#233;publique&lt;/i&gt;, Rennes, PUR, 2011.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh5' id='nb5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='footnote'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Structure f&#233;d&#233;rative regroupant 300 associations musicales (&lt;a href=&quot;http://www.fsma.com/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://www.fsma.com/&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh6' id='nb6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='footnote'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir &lt;a href=&quot;http://www.observatoire-culture.net/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://www.observatoire-culture.net/&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh7' id='nb7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='footnote'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir notamment les comptes rendus de Philippe Cibois (in &lt;i&gt;Socio-logos. Revue de l'association fran&#231;aise de sociologie&lt;/i&gt;, 4, 2009, mis en ligne le 2 d&#233;cembre 2009, &lt;a href=&quot;http://socio-logos.revues.org/2337&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://socio-logos.revues.org/2337&lt;/a&gt;) ; Marie-Carmen Garcia (in &lt;i&gt;Lectures&lt;/i&gt;, 2009, mise en ligne le 21 d&#233;cembre 2009, &lt;a href=&quot;http://lectures.revues.org/870&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://lectures.revues.org/870&lt;/a&gt;) consult&#233;s le 27 f&#233;vrier 2013 ; Philippe Gumplowicz (in &lt;i&gt;Annales. Histoire, Sciences sociales&lt;/i&gt;, 6, 2010, p. 1491-1493) ; Bernard Lehmann in &lt;i&gt;Politix&lt;/i&gt;, 3, 2011, p. 233-238) ; Nicolas Azam et Nazli Nozarian (in &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de sciences politique&lt;/i&gt;, 62/1, 2012) et Marie Buscatto (in &lt;i&gt;Sociologie de l'art&lt;/i&gt;, 16, f&#233;vrier 2011), ces derniers textes &#233;tant disponibles sur le site de Vincent Dubois (&lt;a href=&quot;http://www.vincentdubois-socialscience.eu/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://www.vincentdubois-socialscience.eu&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh8' id='nb8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='footnote'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt; Voir notamment l'&#233;tude d'Anthony Bergerault, publi&#233;e dans le premier num&#233;ro de la revue &lt;i&gt;Transposition&lt;/i&gt;, dans laquelle il compte trois fl&#251;tistes inscrits dans la classe de contrepoint et fugue entre 1858 et 1900 (&lt;a href=&quot;http://transposition-revue.org/article/l-enseignement-du-contrepoint-et-30&quot; class='spip_out'&gt;http://transposition-revue.org/article/l-enseignement-du-contrepoint-et-30&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;span class=&quot;csfoo htmla&quot;&gt;&lt;/span&gt;[&lt;a href='#nh9' id='nb9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='footnote'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;span class=&quot;csfoo htmlb&quot;&gt;&lt;/span&gt;La p&#233;rennit&#233; du rapport amateurs-professionnels ; la place centrale de la sociabilit&#233; ; la programmation &#233;clectique ; l'omnipr&#233;sence des musiques de film chez les uns et des ouvertures ou transcriptions d'op&#233;ras chez les autres&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>47. Jean-Jacques Rousseau, Pygmalion suivi de Arlequin marchand de poup&#233;es ou Le Pygmalion moderne de Charles-Jacob Guillemain pr&#233;sentation et &#233;dition de Pauline Beauc&#233;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ta&#239;eb</dc:creator>


		<dc:subject>40. Comptes-rendus de lecture</dc:subject>

		<description>Jean-Jacques Rousseau, Pygmalion suivi de Arlequin marchand de poup&#233;es ou Le Pygmalion moderne de Charles-Jacob Guillemain pr&#233;sentation et &#233;dition de Pauline Beauc&#233;, Saint-G&#233;ly-du-Fesc, Espaces 34, 2012, 53 p. Ce petit volume (53 pages), l'un des plus brefs de la collection &#171; Th&#233;&#226;tre du dix-huiti&#232;me si&#232;cle &#187; de l'&#233;diteur Espace 34, met en application une grande id&#233;e. Celle qui consiste &#224; &#233;diter ensemble une &#339;uvre et ses doubles grima&#231;ants. Le principe &#233;ditorial a d&#233;j&#224; montr&#233; son int&#233;r&#234;t dans plusieurs (...)

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/Musique-et-theorie-queer" rel="directory"&gt;3. Musique et th&#233;orie queer&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/mot/comptes-rendus-de-lecture" rel="tag"&gt;40. Comptes-rendus de lecture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jean-Jacques Rousseau, &lt;i&gt;Pygmalion&lt;/i&gt; suivi de &lt;i&gt;Arlequin marchand de poup&#233;es ou Le Pygmalion moderne&lt;/i&gt; de Charles-Jacob Guillemain pr&#233;sentation et &#233;dition de Pauline Beauc&#233;, Saint-G&#233;ly-du-Fesc, Espaces 34, 2012, 53 p.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Ce petit volume (53 pages), l'un des plus brefs de la collection &#171; Th&#233;&#226;tre du dix-huiti&#232;me si&#232;cle &#187; de l'&#233;diteur Espace 34, met en application une grande id&#233;e. Celle qui consiste &#224; &#233;diter ensemble une &#339;uvre et ses doubles grima&#231;ants. Le principe &#233;ditorial a d&#233;j&#224; montr&#233; son int&#233;r&#234;t dans plusieurs autres volumes con&#231;us par le groupe de recherche nantais sur la parodie, le CETHELFI (Centre d'&#233;tudes des th&#233;&#226;tres de la Foire et de la Com&#233;die-Italienne, &lt;a href=&quot;http://cethefi.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://cethefi.org/&lt;/a&gt;). Apr&#232;s &lt;i&gt;Pyrame et Thisb&#233;&lt;/i&gt; (La Serre) et &lt;i&gt;M&#233;d&#233;e&lt;/i&gt; (Pellegrin), mais aussi &lt;i&gt;Atys&lt;/i&gt; (dont les sept parodies &#233;taient, h&#233;las, parues sans le livret de Quinault), voici donc une livraison qui &#233;largit le corpus parodique &#224; la deuxi&#232;me moiti&#233; du XVIIIe si&#232;cle. Elle place en vis-&#224;-vis le m&#233;lodrame de Rousseau (&lt;i&gt;Pygmalion&lt;/i&gt;, sc&#232;ne lyrique, p. 21-28) et l'&#339;uvre d'un parodiste prolixe des ann&#233;es 1780, Charles-Jacob Guillemain (1750-1799) : &lt;i&gt;Arlequin marchand de poup&#233;es&lt;/i&gt; (p. 31-52), cr&#233;&#233; le 24 mai 1779 sur le th&#233;&#226;tre du sieur L&#233;cluze (futur th&#233;&#226;tre des Vari&#233;t&#233;s-Amusantes).&lt;/p&gt; &lt;p&gt;En d&#233;pit de sa bri&#232;vet&#233;, le volume comporte une introduction de Pauline Beauc&#233;, auteur d'un doctorat consacr&#233; au genre parodique (&lt;i&gt;Po&#233;tique de la parodie dramatique d'op&#233;ra au &lt;/i&gt;&lt;i&gt;XVIII&lt;/i&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle en France [1709-1791]&lt;/i&gt;, dir. Fran&#231;oise Rubellin) qui resitue d'abord l'ouvrage de Rousseau dans la r&#233;flexion du philosophe sur le r&#233;citatif, puis son double parodique dans l'&#233;mergence d'un genre, le m&#233;lodrame. En quelques lignes et en deux &#339;uvres, le volume &#233;tablit un point de jonction entre une forme ancienne, la parodie sur des airs connus, et une autre, appel&#233;e &#224; prolif&#233;rer au XIXe si&#232;cle, suivant des voies distinctes, cette fois, du vaudeville.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;Les deux ouvrages ne sont pas trait&#233;s sur un pied d'&#233;galit&#233;. Les pages consacr&#233;es &#224; &lt;i&gt;Pygmalion&lt;/i&gt; contiennent le texte de l'&#233;dition de 1775, sans la musique &#8211; pour laquelle il est renvoy&#233; &#224; l'&#233;dition de Jacqueline Waeber (Gen&#232;ve : Edition Universit&#233;-Conservatoire de Musique, 1997). Sa parodie, sous-titr&#233;e &#171; Le Pygmalion moderne &#187;, est enti&#232;rement restitu&#233;e d'apr&#232;s le manuscrit de la biblioth&#232;que nationale de France (fr. 9252, fos 34 &#224; 41), qui ne comporte pas de musique. Mais &lt;i&gt;Arlequin marchand de poup&#233;es&lt;/i&gt;, bien qu'accueilli comme un m&#233;lodrame, est fond&#233; enti&#232;rement sur le recyclage d'airs connus et chant&#233;s avec des textes nouveaux. Outre l'argument, trait&#233; sur le mode de la d&#233;gradation comique, la parodie de Guillemain entretient avec son mod&#232;le la forme du monologue ponctu&#233; d'interventions musicales et d&#233;bouchant sur une br&#232;ve confrontation de l'arlequin avec sa cr&#233;ation, une Galath&#233;e de chiffon dansant et parlant, et arrachant &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; &#224; Arlequin une r&#233;plique graveleuse : &#171; Oh charmante Catin, comme je vas t'aimer&#8230; et puis nous gagnerons de l'argent ensemble, je te ferai voir &#224; la Foire Saint-Laurent, je n'aurai pas besoin de ressorts pour te monter ! &#187;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t majeur de l'&#233;dition propos&#233;e, outre la d&#233;couverte de cet ouvrage totalement inconnu jusqu'alors &#8211; de l'auteur du &lt;i&gt;Tarare r&#233;gnant ou l'&#238;le d'Ormus&lt;/i&gt;, suite du &lt;i&gt;Tarare&lt;/i&gt; (1787) de Beaumarchais et de Salieri, ainsi que d'un tr&#232;s grand nombre d'ouvrages con&#231;us pour les th&#233;&#226;tres secondaires &#224; la fin de l'Ancien R&#233;gime &#8211;, tient dans le parti pris, &#224; la fois &#233;rudit quant &#224; la restitution des airs employ&#233;s et pratique, suivant une pr&#233;sentation des airs imm&#233;diatement utilisable pour une lecture ou une repr&#233;sentation. L'introduction et les notes apportent des &#233;clairages complets sur les 22 interventions musicales qui ont fait l'objet d'une enqu&#234;te fine sur leur provenance, sur leur signification originelle et sur leur utilisation dans la pi&#232;ce. Les timbres musicaux sont ins&#233;r&#233;s dans le texte, sous les incipits qui ont permis de les identifier, ou bien ils sont joints en fin de volume lorsque la longueur et la formation instrumentale requi&#232;rent un peu d'espace, ou parce qu'une alternative est propos&#233;e. L'&#233;dition profite donc pleinement de l'exp&#233;rience acquise par l'ensemble de l'&#233;quipe qui alimente le site Theaville dont la base de donn&#233;es contient plus de 200 parodies d'op&#233;ras du XVIIIe si&#232;cle et plus d'un millier de vaudevilles (&lt;a href=&quot;http://www.theaville.org/&quot; class='spip_out' rel='external'&gt;http://www.theaville.org&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>49. Emmanuel Brandl, C&#233;cile Pr&#233;vost-Thomas et Hyacinthe Ravet (ed.), 25 ans de sociologie de la musique en France, tome 1</title>
		<link>http://transposition-revue.org/Emmanuel-Brandl-Cecile-Prevost,90</link>
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		<dc:date>2013-03-04T00:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rieu</dc:creator>


		<dc:subject>40. Comptes-rendus de lecture</dc:subject>

		<description>Article en cours d'&#233;dition

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/Musique-et-theorie-queer" rel="directory"&gt;3. Musique et th&#233;orie queer&lt;/a&gt;

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/mot/comptes-rendus-de-lecture" rel="tag"&gt;40. Comptes-rendus de lecture&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;Article en cours d'&#233;dition&lt;/div&gt;
		
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		<title>N&#176;4 : Musique et conflits arm&#233;s apr&#232;s 1945</title>
		<link>http://transposition-revue.org/No4-Musique-et-conflits-armes</link>
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		<dc:date>2012-06-21T09:34:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Comit&#233; de r&#233;daction</dc:creator>



		<description>Coordination : Luis VELASCO PUFLEAU Le r&#244;le de la musique pour contester, l&#233;gitimer, commenter, pacifier ou enflammer les conflits arm&#233;s contemporains a, jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#233;t&#233; relativement peu abord&#233; en musicologie &#8211; en regard notamment de la richesse des travaux traitant par exemple des deux guerres mondiales. Afin d'engager une r&#233;flexion interdisciplinaire sur cette question, en mobilisant tout autant des outils de l'analyse musicale, de la sociologie politique, de l'histoire sociale, de la (...)

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&lt;a href="http://transposition-revue.org/appels-a-participation" rel="directory"&gt;Appels &#224; participation&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Coordination : Luis VELASCO PUFLEAU&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le r&#244;le de la musique pour contester, l&#233;gitimer, commenter, pacifier ou enflammer les conflits arm&#233;s contemporains a, jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#233;t&#233; relativement peu abord&#233; en musicologie &#8211; en regard notamment de la richesse des travaux traitant par exemple des deux guerres mondiales. Afin d'engager une r&#233;flexion interdisciplinaire sur cette question, en mobilisant tout autant des outils de l'analyse musicale, de la sociologie politique, de l'histoire sociale, de la g&#233;opolitique et de l'anthropologie, le quatri&#232;me num&#233;ro de &lt;i&gt;Transposition. Musique et sciences sociales&lt;/i&gt; portera sur les rapports entre la musique et les conflits arm&#233;s de la deuxi&#232;me partie du XXe si&#232;cle : guerres de d&#233;colonisation, guerres civiles africaines, latino-am&#233;ricaines et asiatiques, conflit isra&#233;lo-palestinien, guerres de Cor&#233;e, Vietnam, Malouines, Kosovo, Liban, Afghanistan, Irak, Tch&#233;tch&#233;nie, Lybie, etc. Parmi les pistes de r&#233;flexions relatives aux rapports entre la musique, les pratiques musicales et ces conflits arm&#233;s peuvent &#234;tre mentionn&#233;es :&lt;/p&gt; &lt;ul class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;li&gt; l'utilisation de la musique pour raconter et m&#233;diatiser la guerre, &lt;/li&gt;&lt;li&gt; le r&#244;le des pratiques musicales dans l'enr&#244;lement des enfants soldats, &lt;/li&gt;&lt;li&gt; les apports de la technologie musicale dans les actions militaires, &lt;/li&gt;&lt;li&gt; les processus d'identification engag&#233;s par la musique dans le champ de bataille, &lt;/li&gt;&lt;li&gt; l'utilisation des m&#233;dias de masse pour diffuser la musique dans les conflits arm&#233;s, &lt;/li&gt;&lt;li&gt; la mobilisation de la musique dans l'ing&#233;rence humanitaire, &lt;/li&gt;&lt;li&gt; l'implication de la musique dans les processus de paix, &lt;/li&gt;&lt;li&gt; la place de la musique dans les recherches militaires sur la torture, &lt;/li&gt;&lt;li&gt; l'utilisation de la musique comme marqueur identitaire (notamment dans le but de d&#233;signer l'ennemi), &lt;/li&gt;&lt;li&gt; le r&#244;le de la musique dans les massacres de masse, &lt;/li&gt;&lt;li&gt; le rapport entre la musique et la m&#233;moire sociale des atrocit&#233;s ou de l'espoir soulev&#233;s par les conflits arm&#233;s contemporains. &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;L'approche comparatiste sera privil&#233;gi&#233;e et encourag&#233;e afin de d&#233;gager les processus mis en &#339;uvre par les diff&#233;rents acteurs (arm&#233;es, collectifs d'artistes, &#201;tats, musiciens, mouvements sociaux, ONG) dans des contextes historiques ou g&#233;opolitiques diff&#233;rents.
Le quatri&#232;me num&#233;ro de Transposition se donne ainsi pour objectif de t&#233;moigner, d'une part, de l'extr&#234;me diversit&#233; des formes d'appropriation et d'utilisation de la musique par les acteurs des conflits arm&#233;s contemporains et, d'autre part, d'&#233;tudier le r&#244;le de la musique dans les processus de d&#233;clenchement et d'arr&#234;t de la violence politique.&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles hors dossier&lt;/strong&gt; : Le comit&#233; de r&#233;daction encourage &#233;galement la soumission d'articles hors dossier portant sur les conflits arm&#233;s d'avant 1945. L'originalit&#233; des recherches et des approches, de pr&#233;f&#233;rence dans une perspective comparatiste, sera cependant un crit&#232;re d&#233;terminant pour leur publication.
Les propositions d'articles (en fran&#231;ais ou en anglais), incluant une pr&#233;sentation de la m&#233;thodologie de recherche et des principaux r&#233;sultats, devront &#234;tre adress&#233;es avant le &lt;strong&gt;15 octobre 2012&lt;/strong&gt; &#224; l'adresse suivante : transposition.submission@gmail.com
La date limite pour la r&#233;ception des articles retenus est le 31 janvier 2013 (protocole de r&#233;daction : &lt;a href=&quot;http://transposition-revue.org/article/protocole-de-redaction&quot; class='spip_out'&gt;http://transposition-revue.org/article/protocole-de-redaction&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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